En ce dimanche de la miséricorde, mon homélie d’aujourd’hui sera comme un jeu qui nous invitera à compter ensemble tous les signes de la miséricorde qui nous sont donnés dans le texte d’Evangile que nous venons d’entendre. Dans une 1° estimation, je ne sais pas combien vous diriez qu’il y a de signes, que chacun propose un nombre et le garde dans sa tête pour le comparer avec celui que je donnerai à la fin !

1/ Jésus vient avant la nuit, il a compris que ses apôtres n’avaient rien dormi ou si peu depuis la nuit de jeudi où il avait été arrêté. L’Evangile de Marc nous dit, en effet, que, sur le moment, les apôtres l’avaient TOUS abandonné. S’ils n’avaient rien dormi, c’était à cause de cette culpabilité qui les étouffait. Ils avaient été si lamentables avec celui qui, pourtant, leur avait tant donné au cours des 3 ans passés avec lui. Cette culpabilité, elle devait être à son comble chez Pierre qui l’avait renié 3 fois. Jésus vient donc les rejoindre avant la nuit pour qu’ils ne passent plus une nouvelle nuit blanche, pleine de cauchemars. Ceci dit, je ne suis pas sûr qu’ils aient bien dormi après l’avoir vu, ressuscité, mais si la nuit a été blanche ce n’était plus à cause des cauchemars mais de la trop grande joie ! Quelle délicatesse de Jésus qui veut leur éviter une nouvelle nuit de cauchemars !

2/ Il vient alors que les portes étaient fermées et il ne leur en fait pas le reproche. Il aurait pu leur dire : vous vous enfermez, ça commence mal ! Vous n’avez donc pas compris ? Au cours des 3 ans que j’ai passés avec vous n’avez-vous pas entendu que je rêvais d’une Eglise ouverte ? Ce n’est pas en vous enfermant que vous allez la construire cette Eglise ouverte ! Mais non, pas de reproche de Jésus, simplement, lui, il ne se laissera pas bloquer par les portes fermées, quelle miséricorde !

3/ La 1° parole qu’il leur adresse : la paix soit avec vous ! Aucun reproche sur leur attitude lamentable au cours de la passion, il leur offre la Parole qu’ils ont le plus besoin d’entendre : la paix soit avec vous. La paix, ça fait plus de 3 jours qu’elle a complètement déserté leur cœur, eh bien, c’est le 1° don que Jésus leur fait parce qu’il a perçu que c’était ce don qui leur était le plus nécessaire dans le moment. Quelle délicatesse de la part de Jésus, nouveau signe de sa miséricorde infinie.

4/ Après avoir prononcé cette parole qui leur fait tant de bien, il leur montre ses mains et son côté. Pourquoi ses mains et son côté ? Tout simplement parce qu’elles portent les stigmates, il y a sur ses mains et sur son côté les traces des terribles blessures qui l’ont conduit à la mort. Mais, désormais, ces stigmates seront les preuves de son amour pour les hommes, c’est comme si, sur chaque marque, ces mots étaient inscrits : c’est pour toi que j’ai accepté ces souffrances, c’est pour te sauver ! Donc non seulement Jésus ne fait aucun reproche à ses apôtres, non seulement il leur dit la Parole qu’ils ont besoin d’entendre, mais, en plus, il leur montre qu’il les a aimés jusqu’au bout.

5/ Il va prononcer une 2° fois la Parole qui leur avait fait tant de bien : la Paix soit avec vous. Mais, cette fois, il la complète d’une parole insensée : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Ils l’ont tous abandonné au moment où il aurait eu tellement besoin de leur présence, ils ont donc montré qu’ils n’étaient absolument pas fiables et lui, Jésus leur renouvelle sa confiance ! C’est insensé ! Qu’il ne leur fasse pas de reproche c’était déjà pas mal, mais de là à leur renouveler une totale confiance en ne changeant rien à ce qu’il imaginait quand il les avait appelés, ça parait fou ! Oui, c’est fou, mais notre Dieu est comme ça, fou d’amour ! Tel Père, tel Fils, Jésus est fou d’amour.

6/ Il leur renouvelle sa confiance, mais, attention, il ne les envoie pas au casse-pipe ! Jésus le savait, mais il en a encore eu une preuve cuisante au cours de la passion, ses apôtres sont des pauvres. Et Jésus a compris que, désormais, ses apôtres avaient tous conscience de leur infinie pauvreté et qu’ils risquaient d’en être paralysés, alors, il leur envoie l’Esprit-Saint, celui qu’on appelle justement « le Père des pauvres », « la force des faibles ». Quelle marque de miséricorde encore de leur offrir un tel « équipement » si je peux parler ainsi de l’Esprit-Saint pour être sûr que leur mission puisse être féconde.

7/ Ayant soufflé sur eux, il précise ensuite le cœur de la mission qu’il leur confie : À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. 

C’est-à-dire qu’il confie à des pécheurs le soin d’accueillir d’autres pécheurs pour leur manifester lka miséricorde du Seigneur. Ainsi ces pécheurs qui accueilleront d’autres pécheurs sauront les comprendre puisqu’ils ont, eux-mêmes, tellement souffert de leurs insuffisances. Et, en plus, Jésus leur annonce qu’il s’engagera dans les décisions qu’ils prendront en son nom. Quelle marque de confiance, quelle miséricorde.

8/ Thomas n’était pas là quand les autres ont vécu cette extraordinaire rencontre avec Jésus, quand ils ont entendu les paroles de consolation et de confiance qu’il leur avait adressées, quand ils ont vu les marques de l’amour de Jésus pour eux, quand ils ont reçu cet acompte d’Esprit-Saint. Alors, bien légitimement, Thomas dit : comment je vais faire pour être apôtre sans avoir pu vivre ce que vous avez vécu ? Thomas avait tout compris : on ne peut pas être apôtre, on ne peut pas être témoin de la miséricorde du Seigneur sans l’avoir expérimenté pour soi-même. Alors Jésus vient et il propose à Thomas, non seulement de faire cette expérience que les autres ont faites, mais il lui propose d’aller un peu plus loin. Aux autres, il avait juste montré ses mains et son côté, à Thomas, il propose de toucher. Non seulement il ne reproche pas à Thomas son absence, mais il lui propose une expérience encore plus forte : Jésus est désarmant de miséricorde.

9/ Dans cette apparition où Thomas se trouve au centre des préoccupations de Jésus, Jésus a aussi pensé à nous ! C’est du moins comme cela que je comprends la fameuse parole : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » C’est comme si Jésus disait à Thomas : il était normal que je vienne pour toi car nul ne pourra être mon disciple s’il n’a pas fait cette expérience d’une vraie rencontre avec moi, nul ne pourra être témoin de ma miséricorde s’il n’en a pas expérimentée la puissance pour lui. Toi, Thomas, tu as encore pu faire cette expérience de manière très sensible puisque je ne suis encore pas remonté vers mon Père mais viendra un jour où les hommes ne pourront plus faire cette expérience de manière aussi sensible parce que je serai retourné au ciel, vers mon Père. Alors ceux-là, c’est-à-dire nous, heureux seront-ils, s’ils arrivent à croire en s’appuyant uniquement sur le témoignage de ceux qui m’ont vu, sur le témoignage des apôtres. Oui, en prononçant cette parole, Jésus a pensé à nous, à tous ceux qui auront de la difficulté à croire. Quel signe de miséricorde encore !

10/ Parce qu’il savait que, pour certains, il serait dur de croire, Jésus a multiplié les signes de sa présence, de sa puissance, de son amour, de sa miséricorde. La fin de l’Evangile, pas la fin de ce texte, mais la fin de l’Evangile de St Jean, nous dit qu’il y a eu tellement de signes que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait ! Oui, c’est bien vrai parce qu’avant de remonter vers son Père, Jésus a multiplié les signes de sa présence, de sa puissance, de son amour, de sa miséricorde et, après être remonté vers son Père, de manière continue jusqu’à aujourd’hui, Jésus n’arrête pas de donner de signes de sa présence, de sa puissance, de son amour, de sa miséricorde. Ici, au sanctuaire de Laghet, nous sommes bien placés pour les voir ! C’est bien vrai le monde entier ne suffirait pas à contenir tous les livres si chaque homme avait voulu raconter son témoignage.

Je ne sais pas combien vous aviez imaginé de signes de miséricorde, vous l’avez vu, j’en ai trouvé 10. Dieu avait donné 10 Paroles pour que son peuple puisse vivre, en bon Fils de son Père Jésus a donné signes de miséricorde pour que ses apôtres puissent grandir dans la foi. Et, nous le savons, avec ses apôtres, il n’a pas épuisé son stock de miséricorde ! Sa miséricorde coule encore à flots pour purifier, restaurer tous les cœurs qui s’ouvrent à son action bienfaisante.

Alors, par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons la grâce de croire que cette infinie miséricorde, le Seigneur ne cesse de nous l’offrir pour que nous puissions la goûter, la laisser nous transformer pour que nous en devenions les témoins radieux.