Père Roger, le 10 juin prochain nous serons heureux de vous entourer de nos prières à l’occasion de vos 40 ans de sacerdoce (la Messe d’action de grâce aura lieu le 9 juin à 11h). Pourriez-vous nous dire ce que cet anniversaire représente pour vous ?

C’est une immense action de grâce pour la fidélité de Dieu ! Oui, je suis plein de gratitude à l’égard du Seigneur qui m’a donné de pouvoir vivre mon ministère dans une très grande joie. Je crois pouvoir dire qu’il n’y a pas eu un seul jour, ni même une seule minute où je me suis dit : je me suis trompé, j’aurais dû faire autre chose ! Et si je peux le dire c’est parce que le Seigneur m’a fait cet immense cadeau d’aimer me donner, d’aimer rencontrer les personnes, d’aimer les écouter, leur apporter le soutien de la foi. Je ne dis pas que tout a été toujours facile, mais la trajectoire de ma vie est claire et correspond bien à cette parole de Thérèse de Lisieux qui disait : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. » Cette parole, je l’avais choisie pour la mettre sur mon faire-part d’ordination et elle aura été ma ligne directrice. Mais, encore une fois, je rends grâce parce que le Seigneur m’a fait ce cadeau d’aimer me donner.

Cet appel de Dieu au sacerdoce, comment est-il entré dans votre vie ? Comment il est venu à maturité ?

J’aime bien raconter que, lorsque j’étais enfant, je voulais être Père Noël et quand j’ai compris qu’il y aurait peu de débouchés, j’ai voulu être prêtre ! Quel lien je faisais entre les deux ? Sans doute le bonheur, la joie, le père Noël apportait Bonheur et joie et je me suis dit que la meilleure manière de pouvoir apporter ce bonheur et cette joie, c’était d’être prêtre ! J’ai vérifié tant de fois dans mon ministère que, même dans des situations très douloureuses, ma présence apportait paix et réconfort. Et cela, évidemment, ce n’était pas à cause du qualités personnelles exceptionnelles, mais parce que j’étais prêtre. En étant là, c’est le Seigneur qui se rendait présent et forcément, sa présence était toujours bienfaisante. Évidemment, en grandissant, pendant mes études, des questions sont venues. Et puis, il y a eu un week-end dans un carmel avec des amis et ce prêtre (toujours le même !) qui nous a expliqué la parabole de l’enfant prodigue et la miséricorde du Père. En l’écoutant, je crois que ma décision a été prise : j’annoncerai ce Dieu d’amour et je donnerai sa miséricorde.

Les relations humaines façonnent notre vie, avez-vous rencontrer des « maîtres » qui vous ont aidé, dont la vie était un exemple pour vous ?

Oui, il y a un prêtre qui a énormément compté dans ma vie.

Mon père est mort, j’avais 9 ans, je venais d’arriver comme interne dans une école qui préparait au petit séminaire, école dirigée par ce prêtre qui a été un peu comme un père de substitution, mais il a été aussi vrai modèle. Il nous aimait tous comme ses propres enfants, il faisait un grand jardin, élevait des animaux pour qu’on puisse bien manger et que la pension ne coûte pas trop à nos parents.

Et, au-delà de tout ça, il avait une foi rayonnante.
Oui, je lui dois beaucoup … sur la photo, c’est lui m’impose les mains le jour de mon ordination.

40 ans cela fait 14600 jours et 350400 heures, dans tout ce temps qu’est-ce qui a été et qui reste le plus important ?

Il y a une parole dans le livre d’Isaïe que j’aime beaucoup, c’est Dieu qui dit : « si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas. » Is 7, 9. Jésus dit un peu la même chose : « En dehors de moi, vous ne pourrez rien faire. » Jn 15,5. Pour tenir dans le ministère pour ne pas s’user dans le don de nous-mêmes, pour rester enthousiaste, la fidélité à la prière, à la célébration quotidienne de la messe est absolument essentielle. Si on ne reste pas branché sur la source d’amour, on ne peut aimer en vérité, on ne peut distribuer qu’un amour frelaté. Cette conviction s’est gravée en moi grâce à ce prêtre qui a tant compté pour moi. J’ai vu aussi que, dans les premières années, j’étais parti un peu trop « tête baissée » dans le ministère, sans prendre le temps suffisant de la prière et je me suis vite rendu compte que je me vidais, que je perdais ma joie. Dieu soit loué, j’ai pu redresser le cap ! Et je peux dire que le Seigneur me fait cette grâce extraordinaire de ne pas m’habituer à ce que je célèbre, particulièrement dans la messe où j’ai toujours autant de joie à célébrer en y mettant toute ma foi !

Un moment particulièrement heureux ?

Il y en a eu beaucoup, mais, c’est vrai que le jour de plus grand bonheur a été le jour de mon ordination. Je m’en souviens comme si c’était hier ! Mais il y a eu tant d’autres moment de joie, particulièrement quand des jeunes qui ne pouvaient pas avoir d’enfants m’annonçaient une naissance à venir. Il y a eu aussi ces moments si intenses où j’ai accueilli des personnes qui vivaient leur retour vers le Seigneur après des années où elles lui avaient tourné le dos ; leur donner le pardon, recueillir leurs larmes a souvent fait jaillir de mes yeux des larmes de joie et d’émotion. Ici, au bureau d’accueil du sanctuaire, j’ai connu cette très grande joie d’être le pauvre serviteur que le Seigneur avait choisi pour permettre à des personnes de poser de pesants fardeaux. L’après-midi de Noël 2023 restera, de ce point de vue, à jamais gravée dans mon cœur.

Et celui qui a touché le plus votre âme de prêtre ?

Sans doute ce sont les dernières paroles de ma maman avant sa mort. J’avais décidé de passer la nuit à ses côtés. Vers 3h du matin, elle s’est réveillée et m’a vu, c’est alors qu’elle m’a demandé : « mais qu’est-ce que tu fais encore ici ? » Je lui ai répondu : « je veux rester à tes côtés toute la nuit ». Elle m’a dit : « il n’en est pas question, demain, tu vas avoir du travail dans ta paroisse, rentre te reposer pour être en forme ! » Elle est morte 2 heures plus tard ! Ses dernières paroles avaient été de me renvoyer à mon ministère. Quelle belle maman !

Il y avait aussi des « jours mauvais » : dites-nous ce qui a permis de les traverser ?

J’ai déjà parlé de la vie spirituelle, je ne reviens pas sur ce point. L’Amitié a toujours été importante pour moi, j’ai la chance d’avoir de vrais amis, leur maison est toujours ouverte, j’en ai même la clé ! J’ai une sœur jumelle, chez elle aussi, je sais que je suis comme « chez moi » d’autant plus qu’elle avait eu la bonne idée d’épouser l’un de mes meilleurs copains de l’époque. Il y a des amis que je vois moins souvent mais qui restent de très bons amis, quand on peut se revoir, c’est comme si on s’était quitté la veille, quelle chance ! Merci, Seigneur, pour ces belles amitiés !

Vous êtes recteur d’un sanctuaire marial, quelle place Marie tient-elle dans votre vie de prêtre ?

Mon cher Curé d’Ars disait : « C’est ma plus vieille affection, je l’ai aimée avant même de la connaître ! » Je n’oserai pas dire la même chose, mais j’aime beaucoup cette parole parce que, c’est vrai, la Vierge Marie m’accompagne depuis toujours. Le concile Vatican II a défini la vie de la Vierge Marie comme un « pèlerinage dans la foi », j’aime beaucoup cette expression. Ça signifie que lorsque notre pèlerinage de foi devient difficile, lorsque la foi devient difficile dans notre vie, nous pouvons nous tourner vers Marie qui nous prendra par la main pour nous encourager. Cette parole de l’ange à Joseph, je l’ai fait mienne depuis longtemps : « Ne crains pas de prendre Marie chez toi ! » Je suis donc très heureux de me retrouver dans un sanctuaire marial pour cette dernière partie de mon ministère actif..

Le point le plus important : votre être de prêtre, de pasteur, de l’homme de Dieu, comment pourriez-vous le définir ? Qu’est-ce qui vous fait Vivre ?!

St Augustin disait : « tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. » Ça signifie qu’évangéliser, permettre à toute personne de rencontrer le Seigneur, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire. Ce qui me fait vivre, c’est ça, évangéliser, annoncer la Bonne Nouvelle, créer les conditions pour que chaque personne, quelle que soit son histoire de vie, puisse reconnaitre en Jésus son Seigneur, son Sauveur. Il m’est donné, quelques fois, d’être là pour recueillir tout de suite les fruits, ce qui nourrit une grande action de grâce. D’autres fois et je dirai la plupart du temps, je ne vois rien des résultats de mon apostolat et c’est très bien car ça m’évite de croire que c’est moi qui suis le Sauveur ! J’aime bien la fable de La Fontaine, très peu connue, de l’âne qui porte les reliques. Je suis cet âne qui porte les reliques et si les gens font des signes de croix devant moi, ce n’est pas pour moi, mais pour Celui que je porte !

Une intention de prière à confier à tous ceux qui voudraient rendre grâce pour votre service sacerdotal ?

Depuis quelques années, mon ministère m’a mis en contact avec un certain nombre de personnes victimes d’abus sexuels de la part de prêtres. J’ai même reçu une mission au niveau de l’Église de France sur ce sujet. Je voudrais que nous puissions prier pour ces personnes dont la vie a été profanée par des prêtres. Elles sont toutes profondément blessées, il m’arrive de m’agenouiller devant ces personnes pour leur demander pardon. Je voudrais les confier à l’intercession de Notre Dame de Laghet pour qu’elle obtienne que ce qui a été profané en elle puisse être restauré.