Le sanctuaire de Laghet, « Le petit Lourdes du Midi ».
par Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi »
Depuis l’annonce, en juin dernier par le Cardinal Aveline, de la visite en France du Pape Léon XIV du 25 au 28 septembre, chacun sait que la rentrée 2026 ne sera pas une rentrée comme les autres.
Tous les baptisés se réjouissent et prient pour la venue du Saint-Père et de la grâce faite à notre nation. Trois étapes majeures pour ce voyage apostolique : Paris, Lourdes et Metz et un thème choisi par le pape : « POUR QUE LE MONDE AIT LA VIE ».
A Laghet nous sommes particulièrement unis à la joie de cette visite car, telle est bien la vocation du sanctuaire depuis le XVIIè siècle, avec Marie, accompagner le fidèle vers la vraie vie donnée en Jésus Christ.
Si Laghet attire chaque année des fidèles venus de Nice et région, de Monaco, du Var ou de la Ligurie voisine, ce sont des pèlerins du monde entier qui déferlent à Lourdes.
En majorité des malades en quête d’une guérison comme le confirment les nombreuses plaques de marbre de la Basilique de l’Immaculée Conception. Le père Marie-Antoine de Lavaur, frère capucin, à l’origine de l’essor des pèlerinages de Lourdes eut la grâce de rencontrer Bernadette Soubirous (1) juste avant la dernière apparition du 16 juillet 1858. Il prêcha de très nombreuses retraites dans le midi et en particulier à Nice, chez capucins de St Barthélémy, cathédrale sainte Réparate, à Menton, et bien sûr au sanctuaire de Laghet qu’il présentait comme « Le petit Lourdes du Midi » (2).
Laghet est un sanctuaire de dévotion qui accueille toutes les situations et difficultés de la vie et ce, depuis les « prodiges de 1652 » : un homme guéri de la lèpre, le retour au foyer d’un pêcheur enlevé par des Barbaresques et la libération/guérison d’une jeune épileptique. Les grâces accordées par la Vierge Marie à Laghet sont attestées par les milliers d’ex-voto de sa collection et illustrées par l’icône de Notre-Dame de Laghet dans le cloitre. Les tableaux votifs déposés par des malades ou des infirmes sont majoritaires en nombre et parmi ceux-ci, l’ex-voto du mois déposé en 1961.

La composition empreinte de modernité de cet ex-voto montre une scène éclatante de lumière entourant deux hommes en tenue sombre devant l’autel de Notre-
Dame des Grâces dans le cloître. Ce lieu très fréquenté encore de nos jours fut érigé, on s’en souvient, après le séisme du 23 février 1887 qui ébranla la Riviera italienne jusqu’à Menton et Laghet (3).
Notre regard est focalisé sur cette haie de flammes ardentes qui se dresse devant l’effigie de la Vierge à l’Enfant. Au centre de l’image un homme d’un certain âge, debout, mains jointes, tient sous son bras une paire de béquilles. Plus près de nous, se découpe la silhouette en buste d’un homme plus jeune vêtu de manière élégante. Voyons à présent la zone en haut à droite de la composition qui comporte la dédicace la dédicace. On peut lire : « MERCI à N.D. MAUPAS M.C.M.L.X.I ».
Cette offrande votive jusqu’ici ne présente pas de relief particulier, ce type de remerciement est un classique de Laghet. Mais, grâce à la fiche d’inventaire de la DRAC datée de 2003, on découvre l’existence d’une inscription au verso de cette huile sur toile : « Maupas, N°16 ex-voto pour le vicomte de Maupas terminé le… (espace laissé vierge), suivi d’une signature illisible. A la Palette, encadrements, 9 rue Gubernatis – Nice. Numéro d’inventaire topo numérique C3-6…. ».
Le donateur de cet ex-voto daté de 1961 serait donc le vicomte de Maupas, descendant d’une vieille famille de la noblesse française, qui comporte deux branches. Si nous n’en savons pas d’avantage sur le plan médical, l’interprétation de l’image se précise. Il semblerait que l’homme au premier plan soit le vicomte de Maupas bénéficiaire de la grâce et l’homme plus âgé qui l’accompagne et resté debout, béquilles sous le bras, son chauffeur ou son majordome. Il se trouve que, dans les années 60, le sanctuaire de Laghet acceptait les offrandes votives sous forme d’objets : béquilles, matériel orthopédique, volants de voiture, casques de moto… Alors on peut s’interroger… au-delà de l’offrande de cette peinture, le vicomte de Maupas aurait-il déposé ses béquilles au sanctuaire pour compléter son action de grâces ?
Sur une photo de la crypte datée de 2005 on peut voir un modèle très semblable aux béquilles représentées sur l’ex-voto ! A travers cette pratique « Le Petit Lourdes du midi », rejoint modestement un usage en vogue à Lourdes et tombé en désuétude depuis : l’entassement de béquilles à la grotte de Massabielle. Voici quelques clichés des deux sanctuaires…

Pour terminer cet édito, signalons un autre point de rapprochement entre notre sanctuaire et celui de Lourdes. En 1952, c’est le futur pape Jean XXIII, alors Nonce apostolique en France, qui vint célébrer les fêtes du Tricentenaire des « miracles de Laghet ». En 1958, alors Patriarche de Venise, le cardinal Giovanni Roncalli, présida également les fêtes du centenaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous à Lourdes, peu de temps avant son élection comme Souverain Pontife. Depuis le Ciel, le père Marie-Antoine de Lavaur a dû apprécier le clin d’oeil de la Providence qui confirmait son intuition !
Lourdes est connu pour sa « démesure » (4), une surface de 51 hectares, 3 basiliques empilées les unes sur les autres, des millions de pèlerins chaque année venus du monde entier. Rendons grâce aujourd’hui pour la présence de Marie à travers le monde, à Lourdes et ici à Laghet car, n’est-ce pas la même attention maternelle que la Vierge Marie réserve à chacun des frères et soeurs de son fils Jésus qui la prient ? Ici et là, les témoignages de reconnaissance laissés en actions de grâces n’évoquent-ils pas la Parole vivifiante de Notre Seigneur dans saint Jean ?
« Moi je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ;
il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr.
Moi je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance ».
Evangile de saint Jean 10, 9 -11
Commentaire : Patrizia COLLETTA, « Médiation, Art & Foi ».
Notes : (1) Bernadette Soubirous bénéficia d’une quinzaine d’apparitions de la Vierge Marie en 1858, à l’origine de guérisons et du pèlerinage de Lourdes, elle fut canonisée le 8 décembre 1933, en la fête de l’Immaculée Conception par le pape Pie XI ; (2) Nous devons cette expression au Père Marie-Antoine de Lavaur, dit le saint de Toulouse ou l’apôtre du Midi. Ce frère mineur capucin vint prêcher de multiples retraites à Laghet parmi les 700 prêchées dans le Sud de la France. On lui attribue de très nombreuses et parfois « retentissantes » conversions. Né en 1825 et rappelé à Dieu en 1907, il a été déclaré « Vénérable » par le pape François le 23 janvier 2020 ; (3) Librairie du sanctuaire : P. et G. Colletta, « Les ex-voto de Laghet. Un mémorial entre Ciel et terre, Serre Editeur, 2021 ; (4) Documentaire : « Lourdes, le sanctuaire de la démesure », durée 54’, signé Fabrice Buysschaert, daté de 2018, diffusé sur Canal +, TF1, à voir actuellement sur Novo.



