Un temps de guérison sous l’hospice de  la miséricorde

Introduction au temps de prière de guérison :  Vous le savez, cette année a été placée par notre évêque sous le signe de la miséricorde. Il a écrit une belle lettre pastorale sur le sujet et nous, au sanctuaire de Laghet, nous proposons aux pèlerins qui passent de faire tout un parcours, accompagné par les différents panneaux et aussi, éventuellement accompagnés par une sœur pour ceux qui le demandent. Le pape François avait dit, reprenant une expression de Jean-Paul II : la miséricorde est le nom de Dieu. Ce n’est pas l’une des qualités de notre Dieu, c’est son nom, c’est ce qui le définit le plus profondément. Jésus est venu pour nous révéler cette miséricorde du Père et cette révélation, on peut le dire, culmine dans la parabole du père et des deux fils qui a été si merveilleusement illustrée par Rembrandt. C’est pour cela que nous avons voulu commencer notre temps de prière devant ce panneau qui met sous nos yeux une représentation du tableau de Rembrandt. Aujourd’hui, c’est sur nous, sur chacun de nous que le Père veut poser ses mains comme il les a posées sur son fils si abîmé par la vie et par ses choix tordus. Nous sommes venus implorer le Seigneur parce que nous aussi nous pouvons être abimés par des épreuves douloureuses, par la maladie physique, psychique, spirituelle ou affective, abimés aussi par des choix tordus, les nôtres ou ceux des autres dont nous payons les conséquences.

Au cours de ce temps de prière, laissons le Seigneur poser sur nous ses mains qui vous le voyez sont si belles puisqu’il y a une main d’homme et une main de femme parce que Dieu est un Père qui sait aimer comme une mère ! Ses mains qui se poseront sur nous seront donc à la fois fermes et douces, fermes pour nous permettre de nous relever et douces pour nous consoler de nos épreuves.

Ensemble, nous voulons reprendre la prière au Père de toute miséricorde, prière composée par notre évêque.

 

Lecture de la Parole de Dieu : Lc 5,12-16

Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre ; voyant Jésus, il tomba face contre terre et le supplia : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour tous un témoignage. » De plus en plus, on parlait de Jésus. De grandes foules accouraient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Mais lui se retirait dans les endroits déserts, et il priait.

La lèpre était une maladie terrible et, hélas, elle n’a encore pas totalement disparu dans certains pays pauvres, alors qu’on aurait les moyens de la faire disparaitre. Cette maladie est terrible a un triple niveau : Vis-à-vis des autres, elle plonge dans l’exclusion car les autres se protègent de la contagion ; vis-à-vis de soi-même parce qu’on ne peut plus supporter de se regarder dans un miroir tant l’image que le malade lépreux donne de lui-même est dégradée pour ne pas dire monstrueuse, la lèpre rend honteux ; et vis-à-vis de Dieu car, à l’époque de Jésus, la lèpre était considérée comme un châtiment de Dieu infligé aux grands pécheurs. Vous comprenez donc que la lèpre a toujours été regardée comme une parabole du péché, parler de lèpre, c’est comme parler de péché parce que le péché, comme la lèpre, va perturber nos relations aux autres, dégrader l’image, l’estime que nous pouvons avoir de nous-mêmes, nous avons honte de nous-mêmes et, dans ces conditions, rendre bien compliquée la relation à Dieu.

Vous comprenez donc pourquoi j’ai choisi ce texte pour cette prière de guérison. Il permet bien de parler de guérison, cet homme a été réellement guéri par Jésus de cette maladie terrible. Et, en même temps, il permet de parler de miséricorde puisque la lèpre est comme une parabole du péché. Ce texte est donc parfait un temps de prière de guérison axé sur la miséricorde.

Nous le voyons cet homme qui s’approche de Jésus, il a eu un courage et une détermination absolument remarquables. Normalement cet homme n’aurait jamais dû s’approcher de Jésus, à cause du risque de contagion et parce qu’il était impur. D’ailleurs, les lépreux avaient une crécelle dont ils devaient se servir pour prévenir de leur passage et laisser le temps aux bien-portants de prendre leurs distances, ils devaient aussi, sur leur passage, crier : impur, impur, pour que personne ne puisse être contaminé tant par la maladie que par l’impureté. Les lépreux étaient aussi exclus de la vie religieuse non seulement à cause du risque de contagion, mais puisque leur maladie les rendait impurs, ils ne pouvaient pas fréquenter Dieu. Et, de toutes façons, comme je le disais, ils avaient tellement honte de ce qu’ils étaient devenus qu’ils se cachaient le plus possible.

Notre homme, il a eu l’audace et le courage de braver les interdits, de surmonter sa honte et de rejeter la condamnation religieuse. Il s’approche de Jésus et s’il le fait, c’est parce qu’il a compris que Jésus était Fils de Dieu et qu’il pouvait mettre fin à tous ses problèmes en le guérissant, en le purifiant. C’est pour cela qu’il ose s’approcher et se prosterner devant Jésus comme on le fait devant Dieu-seul en disant : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ! Et Jésus va répondre à cette audace folle par un geste fou, il ose toucher cet homme déclaré extrêmement contagieux et extrêmement pécheur. Ce geste a dû faire frémir d’horreur tous ceux qui assistaient à la scène, laissant entendre que Jésus avait complètement perdu la tête. Toucher un lépreux, c’est pure folie ! Oui, mais Jésus est fou de la folie de l’amour et il est prêt à tout pour purifier et guérir une personne qui a manifesté une telle foi en ne se laissant arrêter ni par le regard des hommes qui l’avaient exclu du monde des vivants, ni par la honte de se présenter devant le Fils de Dieu en étant aussi défiguré.

Et il en va ainsi encore aujourd’hui, sur ceux qui manifestent une grande foi, Jésus pose sa main consolatrice. Et c’est bien ce que nous sommes venus demander en participant ce matin à ce temps de prière de guérison.

Nous sommes venus demander à Jésus qu’il pose sur nous sa main consolatrice et il le fera si nous sommes établis dans la foi. Est-ce que ça veut dire que la guérison que nous sommes venus demander, nous sommes sûrs de l’avoir ? Je ne peux pas le savoir, mais ce dont je suis absolument sûr, c’est que sa main consolatrice se posera sur tous ceux qui s’approchent de lui avec foi, sur tous ceux qui, tout à l’heure, quand je passerai avec le Saint-Sacrement se laisseront approcher par lui.

Et il y a une condition que je veux développer en terminant. Cet homme, pour oser approcher Jésus, il a n’a pas laissé la honte le dominer. Sommes-nous vraiment prêts à nous présenter devant Jésus tels que nous sommes ? Je regardais une petite vidéo sur le site du Jour du Seigneur d’un prêtre qui disait cela et ça m’a tellement touché, je vous rapporte ses paroles.

Le psychanalyste Suisse, Carl Gustav Jung était agnostique mais respectait profondément la foi des chrétiens. Il écrivait à l’un d’entre eux, Je vous admire, vous les chrétiens, car non seulement vous aimez celui que vous appelez Dieu, mais vous aimez aussi ceux que vous appelez vos frères et vos sœurs, et ces frères et ses sœurs sont non seulement vos proches, mais aussi tous les autres humains, même ceux que vous ne connaissez pas. Et vous désirez aussi aimer même ceux qui ne sont pas d’emblée aimables, par exemple les pauvres ; et vous dites aussi que vous voulez aimer même vos ennemis ! Vous professez non-seulement d’aimer les pauvres, mais vous reconnaissez votre Dieu en chacun d’eux, vous êtes vraiment extraordinaires ! Tout ceci est hautement louable et pour moi digne d’une profonde admiration. Cependant, je me pose une question à votre sujet : pourquoi avez-vous tant de mal à aimer le pauvre qui est en vous-même ? Pourquoi ne reconnaissez-vous jamais le Christ dans ce pauvre-là ? S’aimer soi-même, au risque d’aller jusqu’à aimer le pauvre en soi, aimer peut-être cet enfant qui crie en nous. C’est la fameuse estime de soi dont tout le monde parle aujourd’hui et qui semble si difficile à acquérir.

C’est devant ces pauvres que nous sommes tous que Jésus va s’arrêter dans quelques instants, puissions-nous apprendre à poser sur nous le regard que Jésus va poser car c’est ainsi que nous saurons aimer tous les autres pauvres avec plus de compassion et de vérité.