Mot d’accueil et sens de la célébration par le Père Roger Hebert, recteur :
Nous voici arrivés à la veille du 3ème dimanche de Pâques au cours duquel nous entendrons le récit des pèlerins d’Emmaüs, ce récit qui, à sa manière nous dit la place centrale de l’Eucharistie dans notre vie de foi. Les deux disciples d’Emmaüs ont eu cette chance, je dirais même ce privilège, que Jésus vienne les rejoindre alors qu’ils étaient complètement désespérés. Pour eux, tout était fini, c’est pourquoi ils quittaient Jérusalem et rentraient chez eux. Et voilà que Jésus les a rejoints dans ce moment précis où ils n’en pouvaient plus. Il nous arrive sans doute, nous aussi, de traverser des moments difficiles, peut-être sommes-nous actuellement dans un de ces moments difficiles parce que la maladie nous accable ou accable ceux que nous aimons, parce que nous traversons une épreuve qui fait vaciller notre foi. Et c’est pour cela que nous sommes venus à ce temps de prière de guérison, nous avons tellement besoin que Jésus vienne nous rejoindre.
Rejoignant les deux disciples d’Emmaüs, il leur a expliqué les Ecritures et partagé le pain. Nous croyons que, dans chaque Eucharistie, Jésus nous explique ànous aussi les Ecritures et qu’il nous partage le pain de sa présence. C’est pour cela que nous avons choisi de nous rassembler devant l’autel de l’esplanade et devant l’ambon. Nous voulons, au cours de ce temps de prière de guérison, demander aussi la guérison de notre foi trop souvent infirme.
A chaque messe, Jésus nous rejoint de manière aussi forte qu’il a rejoint les deux disciples d’Emmaüs ; mais nos yeux, comme leurs yeux, ne le reconnaissent pas toujours, pas suffisamment vite. Oui, notre foi est bien souvent infirme alors que nous aurions besoin d’une foi ardente pour porter et supporter ce que nous avons à vivre. Nous aurions besoin d’une foi ardente pour conduire à Jésus ceux qui sont dans la désespérance. Au cours de cette prière de guérison, nous implorerons donc Notre Dame de Laghet lui présentant toutes nos intentions, toutes nos demandes de guérison physique, psychologique, spirituelle ou affective. Nous lui demanderons aussi la guérison de notre foi infirme. Avançons avec confiance à la rencontre de Notre Dame de Laghet qui nous conduira à Jésus pour que la victoire de sa résurrection se diffuse jusque dans nos corps, nos esprits, nos âmes et nos cœurs.
Lecture de la Parole de Dieu : Évangile selon St Jean :
Dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus enseignait en disant : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif … Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour … Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » … « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Je pense que ceux, qui sont là depuis le début de notre temps de prière de guérison, n’ont pas de mal à comprendre pourquoi j’ai ch
oisi ce texte d’Evangile. Je fais une rapide mise à niveau pour ceux qui seraient arrivés en retard ! Demain, à la messe dominicale, nous entendrons l’Evangile des disciples d’Emmaüs qui ont été rejoints par Jésus au cœur de cette douloureuse épreuve qu’ils traversaient : leur espérance était morte ou quasi-morte et pour leur foi, ce n’était guère plus brillant ! Patiemment, en chemin, Jésus leur a expliqué tout ce qui le concernait dans les Ecritures pour que les événements de la Passion prenne sens et, entrant, à leur demande, dans l’auberge, il a rompu le Pain. Cette rencontre avec Jésus ressuscité a littéralement ressuscité leur espérance et leur foi, leur permettant de repartir avec un cœur brûlant. C’est cette même expérience qu’il nous est proposé de faire à chaque fois que nous participons, avec foi, à l’Eucharistie. Et voilà pourquoi j’ai choisi cet Evangile tiré du discours sur le Pain de Vie que Jésus a prononcé à la synagogue de Capharnaüm juste après la multiplication des pains. Je pense que vous avez remarqué que le mot qui revenait le plus souvent, c’est le mot VIE et c’est pour cela qu’on appelle cette homélie de Jésus, « le discours sur le Pain de Vie ». En venant à cette prière de guérison, c’est bien ce que nous sommes venus chercher, un surcroit de vie, pour nous, pour ceux qui nous ont demandé de prier pour eux … ou qui ne nous l’ont pas demandé mais pour qui nous voulons prier car nous croyons que seul le ciel pourra intervenir en leur faveur.
Dans ces paroles que nous avons entendues, Jésus est clair, il nous dit que c’est par l’Eucharistie qu’il pourra réaliser cette transfusion de vie pour ceux qui en ont besoin. Plutôt que de vous commenter, verset après verset, ce texte en expliquant comment l’Eucharistie peut être le Pain de Vie, je voudrais vous raconter cette histoire. Peut-être certains l’ont-ils déjà entendu, mais elle est tellement belle et juste que je ne résiste pas.
J’ai eu la chance de faire un voyage en Afrique du Sud, il y a déjà pas mal d’années, puisque c’était juste après la libération de Nelson Mandela, c’est-à-dire en 1990. Ce n’était pas un voyage touristique, mais une visite des communautés chrétiennes confrontées à ce terrible problème de l’apartheid, cette horrible ségrégation raciale. Au cours de ce voyage, nous sommes allés célébrer la messe dominicale dans un « township » ces villes-ghettos dans lesquelles devaient vivre les noirs. La messe était longue, comme souvent en Afrique et les enfants pour passer le temps jouaient avec des oranges qu’ils avaient amenées. Certains faisaient pas mal de chemin pour venir à la messe, ils avaient donc prévu un fortifiant ! Je me rappelle bien, une sœur de mère Teresa était au milieu des enfants et confisquaient les oranges au fur et à mesure que les enfants les sortaient ! Quand le prêtre a commencé son homélie, je pensais que toutes les oranges avaient été confisquées, mais non, il en restait une ! Et l’enfant l’a sortie, voyant cela, le Prêtre l’appelle et lui demande son orange. Et c’est grâce à cette ultime orange confisquée que j’ai sans doute entendu la plus belle homélie sur l’Eucharistie ! Le prêtre montre donc l’orange aux enfants et leur demande : savez-vous ce qu’il y a dans une Orange ? Les enfants répondent : de la peau, de la pulpe, des pépins, du jus. Il manque encore quelque chose dit le prêtre c’est alors qu’une petite main se lève et dit au prêtre : il y a aussi de la Vitamine. Ah bon, dit le prêtre. Mais la vitamine, si je coupe l’orange, est-ce que tu la vois ? Non ! Répond l’enfant. Alors comment tu sais qu’il y a de la vitamine ? Parce que le docteur me l’a dit ! Et pourquoi tu crois le docteur qui te dit qu’il y a de la Vitamine qu’on ne peut pas voir ? L’enfant répond : je sais que c’est vrai car à chaque fois que j’en mange une ça me fait du bien ! Très bien dit le prêtre, il pose alors l’orange et va chercher une hostie sur l’autel et demande : et là-dedans, qu’est-ce qu’il y a ? Les enfants répondent : de la farine, de l’eau. Et dans un moment, qu’est-ce qu’il y aura en plus dans ce morceau de pain ? Le même enfant répond : il y aura Jésus ! Si je coupe l’hostie, tout à l’heure, est-ce que tu verras Jésus ? Non ! Alors comment tu sais qu’il va y avoir Jésus ? Parce que c’est vous qui nous l’avez dit ! Et pourquoi tu me crois quand je te dis qu’il y aura Jésus alors que tu ne le vois pas ? Parce que ça le fait du bien quand je vais communier ?
Merveilleux enfant qui avait tout compris ! Merveilleux prêtre qui a su tirer parti de cette situation ! Merveilleuse homélie qui en dit aussi long que de grands traités savants sur l’Eucharistie. C’est exactement cette expérience qu’ont pu faire les disciples d’Emmaüs ; cette même expérience, nous pourrons, nous aussi, la faire et la refaire, après la prière, en participant à la messe. Mais avant la messe, c’est déjà cette même expérience qui nous sera proposée quand Jésus-Eucharistie se rendra présent au milieu de nous pour que nous puissions l’adorer, pour qu’il puisse nous bénir. Sa puissance de vie jaillira du rayonnement de son amour et viendra nous guérir d’une manière ou d’une autre.



