Chaque dimanche du temps de l’Avent, nous avons, au cours des Vêpres un partage spirituel sur le thème de l’espérance puisque c’est le thème choisi pour le jubilé de cette année qui se termine. Ce sont des voix de femmes qui témoignent.
Saint Benoît, Jeanne Jugan, le jubilé et Saint Bernard vous racontent l’Espérance.
En ce dernier dimanche de l’Avent, nous entrons dans l’Espérance avec Saint Bernard. Mère Aline-Marie, mère abbesse de l’abbaye cistercienne de Castagniers, nous en parle. Nous savons que la nuit de Noël est une nuit de grâces! Saint Bernard l’a vécu: il a eu un songe enfant la nuit de Noël où Marie lui apparait mettant au monde son Fils, Jésus. Cette expérience le marquera toute sa vie et écrira ses sermons sur l’Avent mettant en avant les 3 venues du Christ: il y a 200 ans, à la fin des temps et aujourd’hui dans notre cœur. En effet, chaque âme est appelée à être épouse du Christ en l’accueillant comme un petit enfants dans la crèche de sa vie. Mais écoutons Mère Aline-Marie…
Après les petites sœurs des pauvres, d’autres sœurs témoignent de l’Espérance: En ce troisième dimanche dimanche de l’Avent, Sœur Marie-Estelle et Sœur Danuta-Maria, bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre en mission au sanctuaire de Laghet, témoignent du parcours jubilaire proposé aux pèlerins de Laghet en cette année. Pour illustrer leur propos, elles ont apporté un des panneaux du parcours jubilaire. Que de beaux gestes et de grâces durant cette année grâce à ce parcours !
Petits pas après petits pas, entrons dans l’Espérance de Dieu aux côtés de Notre Dame de Laghet.

En 1862, les Petites Sœurs des Pauvres arrivent à Nice et s’installent provisoirement dans une petite maison située route de Turin avant d’acquérir en avril 1863 une maison pouvant contenir 200 personnes âgées, route de St Pons, actuelle rue de la Gendarmerie. Cette construction, plus que centenaire, a fait place à un nouvel ensemble qui, fin 1977, a ouvert aux résidents la porte de ses locaux confortables et fonctionnels.
Les Petites Sœurs des Pauvres ont un nouveau projet un peu fou pour cette année: Elles vont faire revivre l’ancien monastère des Sœurs Clarisses à Nice. Les travaux sont imminents pour l’habitat inclusif pour personnes âgées démunies porté par les religieuses qui s’inspirent du charisme de Jeanne Jugan pour donner à ce lieu devenu monastère en 1924.
La premier dimanche de l’Avent s’ouvre avec Saint Benoît et l’Espérance. Soeur Marie-Agathe et Soeur Marie-Antoine, soeurs bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre en mission au sanctuaire Notre Dame de Laghet, nous en parlent:
En ce premier dimanche de l’avent, c’est Saint Benoît qui va nous introduire à l’Espérance. Ce n’est pas
une explication de notre vocation que vous allez entendre mais plutôt un partage sur quelques flammes d’Espérance contenues dans la règle bénédictine qui nous a été donnée par celle qui est à l’origine de notre congrégation : Mère Marie de Saint Pierre.
Le chapitre 4 de la règle commence par ces mots : « Mettre en Dieu son espérance et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. » La conclusion de la règle, au chapitre 72 nous le redit : « Que les moines ne préfèrent absolument rien au Christ ; que celui-ci nous fasse parvenir tous ensemble à la vie éternelle. »
Le ton est donné : Espérance, Miséricorde, Vie éternelle sont la substance de la vie bénédictine tout simplement parce que le visage de Dieu présenté par Saint Benoît est un visage d’Amour, Dieu est pour nous, un tendre Père, comme il le dit dans le prologue de la règle : « Écoute, ô mon fils, les préceptes du maître et incline l’oreille de ton cœur ; reçois volontiers les conseils d’un tendre père. »
Que le mot « règle » ne nous effraie pas, ce mot n’est pas synonyme de rigidité mais plutôt de « régulation », de rythme ajusté pour notre marche vers la vie éternelle. Il s’agit de recevoir volontiers des conseils, de marcher ensemble vers un même but, sans s’essouffler, et ce but n’est autre que la vie éternelle où Dieu nous attend comme un tendre Père.
Pour nourrir notre réflexion ce soir nous allons chercher comment la règle de Saint Benoît constitue une formidable Espérance pour notre temps :
1/ A l’heure où chacun revendique son autonomie et son bien être personnel, Benoît nous montre un chemin de bonheur : écoutons un passage du prologue de la règle. « Le Seigneur, se cherchant un ouvrier dans la multitude du peuple, adresse à tous cet appel : Quel est l’homme qui veut la vie, et désire connaître des jours heureux ? Que si, à cette demande, tu réponds : « C’est moi », Dieu te dit alors : Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et que tes lèvres ne profèrent pas de paroles trompeuses. Détourne-toi du mal et fais le bien ; cherche la paix et poursuis-la. Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières et avant même que vous m’invoquiez je dirai : « Me voici. » Quoi de plus doux pour nous, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur lui-même nous montre le chemin de la vie. » Toute la règle bénédictine est un chemin de vie, de bonheur à condition de se décider à choisir la vie en se détournant de tout ce qui conduit à la mort et ce chemin n’est autre que celui de notre baptême.
2/ A l’heure où la performance, l’efficacité et le succès sont des moteurs qui régissent notre société et où chacun doit écraser l’autre pour s’imposer dans son travail, saint Benoît parle de mesure, d’équilibre et d’aide. Ecoutons-le au chapitre 35 de la règle au sujet des semainiers de la cuisine : « On procurera de l’aide à ceux qui sont faibles, afin qu’ils accomplissent leur besogne sans tristesse ; d’ailleurs, tous les frères en charge auront de l’aide, selon les conditions de la communauté ou la situation du lieu. Si la communauté est nombreuse, le cellérier sera dispensé du service de la cuisine ; il en ira de même pour ceux qui, comme nous l’avons dit, vaqueraient à des occupations plus importantes ; mais les autres se serviront mutuellement avec charité. » Saint Benoît veille à ce qu’aucun moine ne puisse avoir de motif de tristesse parce qu’il serait trop chargé dans son travail. La communauté bénédictine est une communauté où l’on s’entr’aide et se sert mutuellement. Le mot entraide vient du latin « Invicem » qui se retrouve dans le terme « chemin vicinal ». Autrefois les chemins vicinaux permettaient de joindre les villages les uns aux autres. Ceci est une belle image pour traduire le besoin de créer entre nous des « chemins vicinaux » pour nous rejoindre et éviter ainsi de laisser quelqu’un dans l’isolement.
3/ A l’heure où les personnes malades ou plus faibles sont mises à part, saint Benoît parle de priorité à cause du Christ lui-même qui s’est identifié aux pauvres et aux faibles : « Avant tout et par-dessus tout, on prendra soin des malades, et on les servira comme le Christ en personne, car il a dit lui-même : J’ai été malade et vous m’avez visité. Et encore : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi-même que vous l’avez fait. De leur côté, que les malades considèrent que c’est en l’honneur de Dieu qu’on les sert : qu’ils évitent de contrister les frères qui les servent par des exigences superflues. Il faudrait cependant les supporter avec patience, parce qu’on acquiert auprès d’eux un mérite plus grand. Que l’abbé veille donc avec le plus grand soin à ce que les malades ne souffrent d’aucune négligence. » Rien ne sera négligé et c’est à l’Abbé lui-même d’y veiller. Mais l’équilibre est réciproque car les malades eux aussi doivent apprendre à ne pas contrister ceux qui les servent.
4/ A l’heure où l’étranger ou le pauvre sont repoussés comme indésirables, Saint Benoît place l’accueil au centre de sa règle comme une nécessité inscrite dans la vie du moine. « Les pauvres et les pèlerins seront reçus avec la plus grande sollicitude, car c’est principalement en leur personne qu’on reçoit le Christ. Pour les riches, en effet, la seule crainte de leur déplaire porte d’elle-même à les honorer. » En la personne du pauvre, du pèlerin ou de l’hôte qui se présente, c’est Jésus lui-même qui frappe à notre porte. La spiritualité bénédictine est une spiritualité de la communion et de la présence qui rejoint le mystère de l’Eucharistie. Baptême et Eucharistie sont toujours intrinsèquement liés, c’est la vie du Christ qui doit couler dans les veines, dans le cœur et la tête du moine.
5/ A l’heure où notre réflexion est souvent polluée par les opinions véhiculées par les médias, les réseaux sociaux et les rumeurs, saint Benoît parle de silence, d’éducation du langage. Ecoutons ce qu’il nous dit à propos de l’oratoire du monastère : « L’oratoire sera ce qu’indique son nom. On n’y fera et on n’y déposera rien d’étranger à sa destination. L’Œuvre de Dieu étant terminée, tous les frères sortiront dans un profond silence et témoigneront de leur grand respect envers Dieu. Si un frère voulait rester pour prier en son particulier, qu’il ne soit pas dérangé par l’importunité d’un autre. De même, si, à d’autres moments, un frère désire se recueillir dans le secret de l’oraison, qu’il entre simplement et qu’il prie, non pas avec éclats de voix, mais avec larmes et ferveur du cœur. » Le respect envers Dieu, l’intimité avec Lui, requièrent le silence comme ici à Laghet où tant de personnes cherchent ce climat de paix, d’apaisement pour le cœur. Et au chapitre sur le silence saint Benoît précise plus concrètement :
« Faisons ce que dit le Prophète : J’ai dit : « Je surveillerai mes voies, pour ne pas pécher par ma langue. J’ai placé une garde à ma bouche ; je me rends muet, je m’humilie et je garde le silence, même sur les choses bonnes. » Le Prophète nous montre par-là que, si la pratique du silence doit parfois nous retenir à l’endroit des bons discours, combien plus la crainte du châtiment que mérite le péché doit-elle nous faire éviter les paroles mauvaises ! » L’usage de la Parole est au cœur de la vie bénédictine car elle touche au Verbe de Dieu lui-même et transmet le trop plein du cœur. Si le respect dû à Dieu demande le silence, le respect vis-à-vis du frère demande la retenue dans le langage pour éviter tout ce qui peut nuire ou blesser, c’est tout le message de Saint Paul qui nous montre la force positive du langage : « dites une parole bienveillante et constructive ».
6/ A l’heure où tant d’hommes et de femmes risquent de se laisser fasciner par le « Pouvoir » Saint Benoît introduit une façon de gouverner le monastère qui tient compte de tous les frères et il l’explicite dans le chapitre 3 qui traite « du conseil des frères » : « Toutes les fois qu’il y aura dans le monastère quelque affaire importante à traiter, l’abbé convoquera la communauté tout entière, puis il exposera lui-même ce dont il s’agit. Après avoir entendu l’avis des frères, il examinera la chose à part soi, et agira ensuite selon ce qu’il jugera le plus expédient. Or, si nous avons prescrit qu’il faut consulter tous les frères, c’est que souvent le Seigneur révèle à un plus jeune la meilleure solution. Les frères donneront leur avis avec toute la soumission qu’inspire l’humilité, et ils n’auront pas la présomption de soutenir avec opiniâtreté leur manière de voir ; mais il dépendra de l’abbé d’adopter le parti qu’il jugera le plus salutaire, et tous devront se soumettre. » L’abbé ne gouverne pas seul il prend conseil de tous les frères et laisse à l’Esprit Saint la possibilité de créer la surprise en inspirant une bonne solution à un frère plus jeune. La question est d’être ensemble à l’écoute de l’Esprit, de recueillir ce que chacun juge le plus utile, puis de laisser l’abbé prendre sa décision.
7/ A l’heure où se développe la culture du déchet saint benoît parle de la nécessité de prendre soin de tous les objets du monastère. Voilà comment il présente les qualités que doit avoir le cellérier c’est-à-dire l’intendant du monastère : « Qu’il considère tous les objets et tous les biens du monastère comme s’il s’agissait des objets sacrés de l’autel. Qu’il ne tienne rien pour négligeable. Qu’il ne soit ni enclin à l’avarice, ni trop dépensier ; qu’il ne dilapide pas les biens du monastère, mais qu’il fasse toute chose avec mesure, et conformément aux ordres de l’abbé. » Si tout est considéré avec le même soin que les vases sacrés du monastère cela veut dire que tout est utile et respectable, la culture du déchet ne s’infiltre pas dans la règle bénédictine. Et cela est très important car des objets nous passons aux êtres humains qui demandent un respect bien plus grand.
8/ A l’heure où l’homme chercher à être maître de son travail, de son temps Saint Benoît donne la priorité absolue au travail que Dieu lui-même accomplit dans le monde par le chant de l’office divin : « A l’heure de l’Office divin, dès qu’on entendra le signal, on quittera ce à quoi on s’employait, et on accourra en tout empressement, en gardant néanmoins la gravité, afin de ne pas donner prise à la dissipation. Qu’on ne préfère donc rien à l’Œuvre de Dieu. » L’œuvre de Dieu est donc mise au-dessus de tout, c’est elle qui est la mesure du travail et de toutes les autres occupations de l’homme. En effet, pour saint Benoît, comme pour toute la bible, l’importance du travail ne consiste pas dans la productivité mais dans la fécondité. C’est ce que nous chantons dans le psaume 89 pour la fête de Saint Joseph, artisan, le premier Mai : « Rends fructueux Seigneur, le travail de nos mains. » Si l’office divin a tant d’importance dans la vie bénédictine c’est pour laisser toute la place à Dieu qui est la source de toute activité humaine et lui donne son plein achèvement.
9/ A l’heure où tout veut être calculé, programmé et commandé par la technique, Saint Benoît place en priorité le temps de l’attente, du mûrissement, au service de la liberté véritable. Et il place cet aspect fondamental dans le chapitre 58 sur la manière de recevoir les frères. « On n’accordera pas facilement l’entrée à celui qui se présente pour s’engager dans la vie monastique, mais on suivra cet avis de l’apôtre : Eprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu. On examinera soigneusement si le novice cherche vraiment Dieu, s’il est empressé à l’Œuvre de Dieu, à l’obéissance et aux humiliations. » La liberté de celui qui demande l’entrée au monastère est fondamentale car il s’agit de vérifier si son appel vient vraiment de Dieu et pour cela saint Benoît laisse le temps nécessaire au mûrissement. La vie intérieure se vérifie à la préférence de celui qui demande son admission : où réside son choix ? Dans la satisfaction de son propre désir ou dans l’attachement sans partage au Christ ? Pour le savoir il convient de répondre à la seule question que Jésus lui-même nous pose : « M’aimes-tu ? »
Toute la vie bénédictine est une école de l’amour, un apprentissage de cet amour donné jusqu’au bout dans la confiance car : « Rien ne peut faire obstacle à l’Espérance, même les épreuves qui surviennent peuvent nous faire entrer plus profondément dans l’Amour de Dieu. » le moine qui a fait sa profession sait que toute sa vie est une pâque et qu’il attend la résurrection dans l’allégresse de l’Esprit.
Petit mot de conclusion : « Cet héritage est élargi pour nous par mère Marie de Saint Pierre qui a placé notre famille religieuse dans le Cœur du Christ avec la vie bénédictine comme fondement et l’adoration de Jésus Hostie comme son rayonnement au service de l’Eglise et du monde. »



