
Prière de Jean XXIII devant la crèche :
« Ô doux enfant de Bethléem, accorde-nous de communier de toute notre âme au profond mystère de Noël. Mets dans le cœur des hommes cette paix qu’ils recherchent parfois si âprement, et que toi seul peux leur donner. Aide-les à se connaître mieux, et à vivre fraternellement comme les fils d’un même Père. Découvre-leur ta beauté, Ta sainteté, ta pureté. Éveille dans leurs cœurs l’amour et la reconnaissance pour ton infinie bonté. Unis-les tous dans ta charité et donne-nous ta céleste paix. »
Prière d’intercession : Seigneur Jésus, en notre nom et au nom de nos frères et sœurs blessés, malades ou éprouvés, nous venons nous présenter à Toi : que vienne en nous ta grâce afin que nous retrouvions la paix, le réconfort et la guérison.
Refrain : Seigneur, viens nous sauver, Dieu avec nous, Emmanuel, Seigneur, viens nous sauver, Viens Seigneur Jésus !
Dans le mystère de ta naissance tu as vécu la pauvreté et le dénuement : accorde-nous, ainsi qu’à tous les malades et les personnes éprouvées qui nous entourent, de savoir que jamais nous ne sommes seuls car tu n’abandonnes personne.
Fortifie-nous, sois avec nous en cette période de Noël, permets-nous et à tous ceux qui nous entourent de trouver des personnes aimantes et attentives qui soient des relais de ta tendresse en notre monde blessé et anonyme.
En notre nom et au nom de nos frères et sœurs, nous faisons monter vers toi notre supplication : Viens, Seigneur, la terre a tant besoin d’être sauvée ! Viens, Seigneur, nous avons tant besoin d’être libérés et guéris ! Viens, Seigneur, nous avons tant besoin de la Paix.
Dans le mystère de ta Naissance tu viens sans bruit au cœur de la nuit de notre monde : Viens, Seigneur, ôter des mains humaines les armes chargées de guerre et de mort. Viens poser la réconciliation dans nos cœurs ! Viens, Seigneur, mettre nos cœurs troublés sur le chemin de la bonté ! Viens, ô Sauveur, viens et sois notre Prince de la Paix !
Liturgie de la Parole
Lecture de la Parole de Dieu : Elie chez la veuve de Sarepta 1R 17,8-16
« La parole du Seigneur fut adressée au prophète Élie, de Tishbé en Galaad : Lève-toi, va à Sarepta, dans le pays de Sidon ; tu y habiteras ; il y a là une veuve que j’ai chargée de te nourrir. Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie. »
J’imagine volontiers que, lorsqu’Elie a entendu les paroles du Seigneur, il n’a pas dû être plongé dans un enthousiasme délirant ! En effet, le Seigneur l’envoyait chez une pauvre veuve alors qu’une terrible famine ravageait le pays, c’est sûr, elle n’aurait donc pas grand-chose à lui proposer. Remarquez, quand cette pauvre veuve a vu arriver ce bonhomme qui s’est pointé chez elle sans prévenir au si mauvais moment et qui, sans gêne, lui a demandé à boire et encore à manger alors qu’elle n’avait presque plus rien, ça n’a pas dû l’amuser cette pauvre dame ! D’autant plus que le Seigneur avait dit à Elie qu’il chargerait cette femme de le nourrir, mais quand le prophète arrive, elle ne semble pas bien au courant, le Seigneur n’avait pas fait passer la consigne !
Nous pouvons donc légitimement nous demander pourquoi le Seigneur a choisi une pauvre veuve pour nourrir son prophète. En ce temps de sécheresse et de famine, il y avait sûrement des gens plus aisés qui, eux, avaient fait des réserves et qui auraient donc pu nourrir son prophète sans s’appauvrir eux-mêmes. Mais non, ce n’est pas le choix du Seigneur, il a décidé que ce serait une pauvre veuve qui n’avait plus rien qui devrait nourrir son prophète. Vous ne trouvez pas étonnant quand même qu’un prophète soit envoyé comme pour racketter une pauvre veuve ! En méditant sur ce texte, je me suis dit qu’il y avait au moins deux raisons fondamentales pour expliquer ce choix déconcertant du Seigneur et vous verrez que nous allons vite nous sentir concernés par ce que ce vieux texte, en apparence si éloigné de nous veut nous enseigner.
La première raison, elle est assez paradoxale mais elle se vérifie tellement souvent, c’est que les pauvres sont souvent généreux, parfois plus généreux que les riches, au moins en valeur absolue si on fait le rapport entre ce que chacun donne au regard de ce qu’il possède, de ce qu’il garde. Le Seigneur envoie donc Elie chez cette femme parce qu’il veut prendre soin de son prophète et ne pas le mettre dans cette situation difficile où il serait obligé de frapper à une multitude de portes avant qu’on ne lui offre quelque chose. Chez cette femme, il sait que son prophète sera bien traité parce qu’une pauvre ne laissera jamais quelqu’un dehors.
La deuxième raison, c’est que le Seigneur voulait aussi prendre soin de cette pauvre femme et c’est donc pour cela qu’il lui a envoyé son prophète. Pourtant, le texte nous dit le degré de dénuement de cette femme : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. En plus, pour affronter cette situation difficile, étant veuve, elle n’a pas d’homme sur qui elle pourrait compter. Vraiment sa situation est catastrophique.
Mais, vous connaissez cette belle parole du livre de l’Exode dans laquelle Dieu dit : « J’ai vu la misère de mon peuple et j’ai entendu ses cris, oui, je connais ses souffrances » Ex 3,7. Parce que Dieu voit tout, non pas parce qu’il nous surveillerait mais parce qu’il veille sur nous, il a vu la misère de cette femme, il a entendu le cri de sa souffrance et il a donc décidé d’aller la visiter parce que Dieu ne se contente pas de voir, d’entendre, il agit, il réagit. Oui, mais comment fait-on quand on est Dieu pour visiter une personne ? Dieu a bien des manières différentes de s’y prendre ! Mais, dans ce cas, il a choisi un moyen très simple : il va envoyer Elie, parce que, avec le prophète, c’est Dieu lui-même qui visiterait cette femme. A travers Elie, c’était donc Dieu qui cherchait à se rendre proche de cette pauvre veuve parce qu’il avait vu sa souffrance, entendu son cri. Quand j’ai écrit cela, j’ai mesuré un peu mieux quelle était ma responsabilité de prêtre, quelle est notre responsabilité à nous tous les prêtres : quand nous recevons une personne ou quand nous allons la visiter, à travers nous, c’est Dieu qui veut se rendre proche. A travers nos regards, nos paroles, nos attitudes, ces personnes doivent pouvoir reconnaître Dieu qui se fait proche d’elles, quelle responsabilité ! Remarquez, il n’y a pas que les prêtres qui sont envoyés, vous aussi, le Seigneur vous envoie !
Très bien ! Mais alors, pourquoi Elie n’est-il pas venu les mains chargées de provisions pour justement attester que, par sa présence, c’était Dieu qui allait visiter cette maison ? Il me semble qu’en demandant, par la bouche d’Elie, à celle qui n’avait plus rien ou presque plus rien de donner, Dieu voulait lui faire comprendre deux points essentiels et au-delà de cette femme, c’est à nous qu’il veut les faire comprendre aujourd’hui.
- 1° point : Dieu ne trouvera jamais que ce que tu lui offres est minable, dérisoire si tu as mis tout ton cœur. C’est sûr que si tu donnes une petite pièce à la quête alors que ton compte en banque est très bien garni, tu te fiches vraiment de sa figure. Mais si tu as donné ce que tu pouvais, même si c’est très peu, Dieu ne le refusera jamais ! Rappelons-nous Jésus qui fait justement l’éloge d’une pauvre vieille qui n’avait mis que deux piécettes dans le tronc du temple. Donner en y mettant tout son cœur, c’est ce qui touche le plus notre Dieu. Comme des parents vont être touchés par le dessin que leur offre leur enfant, un dessin qui, objectivement est moche, mais qui est tellement plein d’amour qu’il touche profondément les parents.
Ainsi en va-t-il avec nous ! Notre prière, objectivement, elle est souvent moche, pleine de distractions, mais si tu as mis tout ton cœur dans ta prière, elle touchera le cœur de Dieu. A Noël, en Jésus, Dieu est venu comme un pauvre pour que notre pauvreté, quelle qu’en soit la nature, ne nous fasse plus jamais honte.
- Le 2° point que Dieu veut nous faire comprendre est tellement beau, tellement important. Voilà ce qu’il nous dit : ce que tu m’as donné en y mettant tout ton cœur, je saurai le multiplier, le rendre éternel. C’est bien ce que le prophète a eu mission d’annoncer à la pauvre veuve : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra !

Aujourd’hui, en venant à cette prière de guérison, vous êtes venus, nous sommes venus comme des pauvres. En effet, si nous sommes là, c’est parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas bien dans notre vie qu’il s’agisse de notre vie physique, psychologique, spirituelle, affective. Et, même si nous sommes avant tout venus pour prier en faveur de quelqu’un qui nous est cher, il reste vrai que nous avons tous nos fêlures, nos pauvretés, moi le premier ! Alors, ce matin, le Seigneur nous demande : qu’est-ce que tu es prêt à me donner ? Sachant cela, nous aurions envie de lui répondre comme la pauvre veuve : Seigneur je n’ai vraiment rien d’intéressant à te donner, rien qui soit à ta hauteur ; peut-être aurions-nous envie de rajouter comme la veuve : je suis au bout du rouleau et tu me demandes encore de te donner quelque chose ?
Si nous répondons ainsi, je suis à peu près sûr que le Seigneur nous dira : ce que je veux ce n’est pas ceci ou cela, ce que je veux, c’est toi, parce que c’est toi que j’aime, c’est ton amour que je veux parce que rien ne me touche autant que lorsque tu m’offres ton cœur. Alors nous pourrions encore rétorquer : mais Seigneur, comment t’offrir mon cœur, il est si pauvre, il est si souvent brisé, empli de doutes, plongé dans les ténèbres ? Et lui nous dira : donne-le quand même ! Retrouve ton cœur d’enfant quand il offrait un dessin ! Et il rajoutera : tu sais bien qu’une fois passé entre mes mains, tout ce que tu m’as donné deviendra éternel, te permettant de ne plus jamais manquer de l’essentiel.
Frères et sœurs tout ce qui est dans notre cœur et que nous retenons encore parce que nous avons honte de le présenter au Seigneur ou parce que nous ne voulons pas nous en séparer, résistant à la conversion à laquelle nous sommes appelés, tout cela continuera à nous pourrir la vie, à pourrir nos relations avec notre entourage et avec Dieu. Le chemin le plus court pour parvenir à une guérison profonde passe donc par le don de nous-mêmes, l’offrande confiante de nos vies, telles qu’elles sont.
Que Notre Dame de Laghet qui pose son regard bienveillant sur notre assemblée nous encourage, tous et chacun, à offrir notre cœur, à nous offrir dans la confiance, à n’en point douter, si nous le faisons, nous serons tous étonnés de découvrir la fécondité de notre don. Pour nous aussi : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra !



