Mot d’accueil et sens de la célébration par le Père Roger.

Nous sommes à la veille du dimanche consacré à l’accueil de toutes les formes de pauvreté, c’est pourquoi nous avons voulu nous rassembler devant la statue de Saint François Marie de Camporosso qui fut un bel apôtre auprès des pauvres. Je redis quelques mots pour le présenter à ceux qui ne le connaissent pas bien. Il est né en 1804 à Camporosso, un petit village juste après Vintimille. Après avoir été lui-même guéri par l’intercession de Notre Dame de Laghet, quand il avait 14 ans, il décide de donner sa vie au Seigneur et entre chez les Capucins. Il deviendra infirmier puis frère quêteur puisque les frères vivaient comme des pauvres en ne comptant que sur les aumônes qui leur étaient données. Partout où il passait, il rayonnait la bonté à tel point que, très vite, on l’appellera le « padre santo ».  On peut dire qu’il s’est fait pèlerin de la charité pour porter la bonne nouvelle aux pauvres et leur redonner l’Espérance en leur parlant tout simplement de son amour envers Notre Dame de Laghet, elle qui conduit toujours à son Fils Jésus. Il distribuait quantité de médailles de Notre Dame de Laghet à ceux qu’il visitait en donnant le témoignage de sa guérison pour les inviter à une prière fervente et confiante.
En 1866, une épidémie de choléra va sévir, le frère François-Marie fera le choix de rester au contact des pauvres et des malades, ce qui devait arriver arriva, il va mourir emporté par cette épidémie. Il sera canonisé par le bon Pape Jean XXII le 9 décembre 1962. Le bon pape Jean était venu, ici, à Laghet alors qu’il n’était que nonce apostolique, c’est-à-dire, représentant du pape en France. A Laghet, on lui parlera de la cause de canonisation de François-Marie qui n’avance pas. On lui demande d’en parler au Pape. Alors, quand il est élu Pape il s’en souvient et ça sera la 1° canonisation de son pontificat.
A la veille de cette journée mondiale des pauvres, nous qui sommes venus, comme des pauvres, participer à ce temps de prière de guérison, nous nous confions à l’intercession du frère François-Marie. Mais nous voulons aussi lui confier tous les pauvres, tous les malades que nous connaissons et qui nous ont demandé de prier pour eux ce matin ; nous voulons prier pour tous ceux qui portent seuls le poids de leurs épreuves.

Nous allons, maintenant, nous diriger vers la chapelle. A l’entrée de la chapelle, une sœur tiendra le reliquaire contenant des reliques du frère François-Marie de Camporosso, nous pourrons toucher le reliquaire en demandant que la charité débordante de celui qui a mérité d’être appelé « le padre santo » passe en nous. Nous le touchons avec notre main pour qu’à son image, nous ayons le cœur sur la main !
Le Pape Léon XIV nous a donné une lettre pour vivre la journée consacrée à toutes les formes de pauvreté. Le fait que nous sommes venus à ce temps de prière de guérison est le signe que nous reconnaissons faire partie du peuple des pauvres. Alors, méditons le message du Pape qui nous invite à chercher notre véritable trésor ici-bas en mettant toute notre confiance dans le Cœur de Jésus.
Cœur de Jésus, puisque, d’une manière ou d’une autre, nous appartenons au peuple des pauvres, enseigne-nous que Dieu est notre première et unique Espérance, enseigne-nous à faire la différence entre les espérances éphémères et l’Espérance durable. Donne-nous le désir d’avoir Dieu comme compagnon de route, apprends-nous à relativiser les richesses, aide-nous à découvrir le trésor dont nous avons réellement besoin.
Cœur de Jésus, Toi qui de riche, t’es fait pauvre pour nous, aide-nous à comprendre que les pauvres sont nos frères et sœurs les plus aimés de Dieu, car chacun d’eux, par son existence et aussi par les paroles et la sagesse dont il est porteur, nous invite à toucher du doigt la vérité de l’Évangile. Cœur de Jésus donne-nous des yeux pour voir, un cœur pour comprendre. Guéris-nous de l’indifférence.
Cœur de Jésus rempli de toutes les grâces et miséricorde, donne-nous ta charité. Donne-nous cette Charité qui engage et oriente toutes nos décisions vers le bien commun. Aide-nous à comprendre que Celui qui manque de charité non seulement manque de foi et d’espérance, mais enlève l’espérance à son prochain. Garde-nous de mépriser un seul de ces petits qui sont tes frères.  Guéris-nous de l’égoïsme.
Cœur de Jésus abandonné à la volonté du Père, fais-nous comprendre que Dieu donne à tous les biens de la terre : nous te confions les populations qui souffrent de la faim à cause de l’opulence de ceux qui accaparent les richesses pour eux-mêmes. Cœur de Jésus apprends-nous à partager. Soutiens l’espérance de ceux et celles qui n’ont pas de travail ou qui l’ont perdu.
C
œur de Jésus totalement tourné vers le Père, découvre-nous ton visage dans celui des pauvres car tu as pris leur pauvreté pour nous rendre riches à travers leurs voix, leurs histoires, leurs visages. Cœur de Jésus sois toi-même dans notre voix, dans nos mains, dans nos yeux pour aller à la rencontre de nos frères.
Cœur de Jésus rempli de Paix et d’Amour, apprends-nous à remercier, à accueillir les dons de Dieu. Lorsque la Porte Sainte sera fermée, aide-nous à garder et à transmettre les grâces qui ont été déversées dans nos mains, dans nos cœurs tout au long de cette année sainte de l’Espérance, année de prière, de conversion et de témoignage.

Père très saint, pose ton regard d’amour sur nous tous qui sommes rassemblés ici, au sanctuaire de Laghet, ce matin pour ce temps de prière de guérison. Nous reconnaissons que nous appartenons tous au peuple des pauvres. Fais-nous la grâce de connaître et reconnaître toutes nos pauvretés. Donne-nous de vivre en vérité sans chercher à les cacher puisque que nous croyons qu’elles sont la seule ouverture par laquelle tu pourras venir en nous pour accomplir un travail de guérison. C’est ce que nous te demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet que nous implorons ensemble.

Lecture de la Parole de Dieu : 1 Jn 4,7-20
« Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné part à son Esprit. Quant à nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Voici comment l’amour atteint, chez nous, sa perfection : avoir de l’assurance au jour du jugement ; comme Jésus, en effet, nous ne manquons pas d’assurance en ce monde. Il n’y a pas de crainte dans l’amour, l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte implique un châtiment, et celui qui reste dans la crainte n’a pas atteint la perfection de l’amour. Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. »

Exhortation du Père Roger
Quand on entend cette lettre de St Jean, on peut avoir l’impression qu’il rabâche un peu. St Jean écrit cette lettre au soir de sa longue vie, alors certains diront : comme les vieux le font souvent, il rabâche ! Et ça semble ne pas être qu’une impression puisqu’on trouve 27 fois le mot amour ou le verbe aimer dans les 13 versets que je viens de lire ! En fait, ni le vieux St Jean, ni les autres vieux ne rabâchent ! Au soir de leur vie, ils aiment simplement dire et redire ce qui leur tient le plus à cœur pour être sûrs que personne ne l’oublie après leur départ de ce monde. En écoutant ce texte, on comprend vite ce qui tient le plus au cœur de St Jean, le vieil apôtre parvenu au soir de sa vie. Ce qui lui tient le plus à cœur, c’est ce qui tenait aussi le plus au cœur de Jésus, son Sacré-Cœur, c’est l’amour. Vous savez qu’on résume parfois la vie et le message de Ste Thérèse de Lisieux par ces mots : mettre un maximum d’amour dans chaque instant de sa vie. Thérèse est bien dans la ligne de St Jean qui était lui-même dans la ligne de Jésus comme le seront aussi tous les grands saints dont St François-Marie de Camporosso avec qui nous avons commencé cette matinée.
Pour ce temps de prière de guérison, si j’ai choisi ce texte de St Jean, avec ce message à la fois simple et merveilleux concernant la puissance de l’amour, c’est parce que l’amour a un véritable pouvoir de guérison. Bien sûr, l’amour que nous recevons du Seigneur, de la tendre Vierge Marie et de tous ceux qui nous entourent nous fait du bien, nous console et nous guérit. Mais je crois qu’il faut aller plus loin : si l’amour que nous donnons fait du bien à ceux qui le reçoivent, il nous fait aussi beaucoup de bien à nous qui le donnons. Il y a un texte de prière que j’aime beaucoup parce qu’il l’exprime si bien, permettez-moi de vous le lire. Quand j’aurai faim, donne-moi quelqu’un à nourrir. Quand j’aurai soif, donne-moi quelqu’un à abreuver. Quand j’aurai froid, donne-moi quelqu’un à vêtir. Quand je serai dans la tristesse, donne-moi quelqu’un à consoler. Quand je serai à terre, donne-moi quelqu’un à relever. Quand mon fardeau me pèsera, charge-moi de celui des autres. Quand j’aurai besoin de tendresse, que l’on fasse appel à la mienne. Parce qu’en voulant vivre de l’amour, je me décentre, alors l’amour que je donne a un vrai pouvoir de guérison sur moi.
Cela je l’ai découvert dans la dernière paroisse où j’ai été curé, dans mon diocèse d’origine, celui du St Curé d’Ars mais aussi de nombreux autres saints et saintes. L’une des paroisses qui m’étaient confiées, était le village natal d’une religieuse, fille de la Charité, congrégation fondée par St Vincent Depaul, lui-même grand apôtre de la charité. Cette religieuse n’est pas connue du tout, il s’agit de la bienheureuse Sr Rosalie Rendu. Ceci dit, il y a quand même une avenue de Paris qui porte son nom et sa tombe au cimetière du Montparnasse est continuellement fleurie. Rosalie a voulu devenir religieuse très très jeune comme Thérèse de Lisieux. Quand elle y parvient, toujours comme Thérèse, elle rêve de devenir une sainte. Mais elle va très mal mettre en œuvre cette très belle préoccupation !
Elle veut devenir sainte, il n’y a donc que cela qui l’intéresse ; les autres sœurs la fatiguent parce qu’elles ralentissent sa marche vers la sainteté, c’est du moins ce qu’elle estime ! Vous le comprenez, elle va vivre totalement autocentrée alors que sa congrégation devait la tourner vers le soin des pauvres, l’amour des pauvres et Dieu sait s’ils sont nombreux à Paris en ce début de 19° siècle. Ce qui devait arriver, arriva, elle tombe malade. On ne peut pas bien aller quand on est à ce point autocentré et qu’on tourne le dos à l’essentiel de sa vocation. Le médecin qui est appelé estime que c’est le mauvais air de Paris qui est responsable de son asthénie, le pauvre, il ne pouvait pas comprendre que sa maladie était spirituelle ! Il y en a un qui va le comprendre, c’est son parrain, un célèbre prêtre parisien avec qui son grand-père avait été militaire. On le consulte et ce qu’il préconise est étonnant : changez-la de communauté et mettez-la dans la communauté de la re Moufertard. Ce quartier était l’un des plus industriels de Paris, donc le plu pollué où l’on respirait un air épouvantablement pollué ! Drôle de marque d’amour d’un parrain à l’égard de sa filleule ! En fait, c’est lui, le parrain qui avait tout compris et qui va donner le conseil qui sauvera sa filleule et qui lui permettra enfin de grandir en sainteté.
La communauté des sœurs de la Charité de la rue Moufetard était sans doute la communauté le plus en contact avec des pauvres, ce quartier étant essentiellement peuplé de pauvres. Le parrain s’est dit : immergée au milieu des pauvres, elle n’aura plus le temps de penser à elle ! Mis au contact de tant de lourdes détresses, elle ne pourra plus penser à ses bobos spirituels. Et c’est bien ce qui va arriver ! Alors qu’elle a beaucoup de travail, que l’air est irrespirable à certains moments de la journée quand les usines tournent à fond, Rosalie va très bien. Elle a été sauvée par l’amour qu’elle devra donner et qui la sortira de son autocentrement mortifère. Quand j’aurai faim, donne-moi quelqu’un à nourrir. Quand j’aurai soif, donne-moi quelqu’un à abreuver. Quand j’aurai froid, donne-moi quelqu’un à vêtir. Quand je serai dans la tristesse, donne-moi quelqu’un à consoler. Quand je serai à terre, donne-moi quelqu’un à relever. Quand mon fardeau me pèsera, charge-moi de celui des autres. Quand j’aurai besoin de tendresse, que l’on fasse appel à la mienne.
Dans un instant, Jésus va venir au milieu de nous dans sa présence eucharistique, il passera ensuite auprès de chacun de nous, implorons-le pour que sa charité touche nos cœurs et nous guérisse de tout autocentrement. Qua sa charité nous donne un élan nouveau pour aimer ceux qui nous entourent, ceux que personne n’aime. Qu’il réalise pour chacun de nous ce miracle qu’il a réalisé pour Sr Rosalie Rendu parce que nous croyons que l’amour guérit à la fois celui qui le reçoit mais aussi celui qui le donne.