« Si quelqu’un a soif … », Jean 7, 37-39

par Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi »

L’ex-voto du mois nous emmène jusqu’à la Citadelle de Villefranche-sur-Mer, construite au XVIème siècle par le Duché de Savoie, qui s’assurait ainsi un débouché stratégique sur la mer. Villefranche constituait alors un des éléments majeurs du dispositif défensif autour du port royal de la Darse. L’histoire raconte que la forteresse, qui abritait les casernes et logements des officiers et du gouverneur, fut érigée en lieu et place de la Chapelle Saint Elme (1) dont elle prit le nom : Fort Saint Elme comme on peut le voir sur la plaque surmontée des armes des Ducs de Savoie du pont-levis, porte d’accès au Fort.

A noter le drapeau français qui flotte au-dessus de l’immense porte en bois, rappelant que cette petite histoire d’ex-voto se situe après le rattachement en 1860 du Comté de Nice à la France. La Citadelle dont les nombreux visiteurs peuvent admirer les bastions et les épais remparts surmontés de créneaux fut démilitarisée en 1967 suite au départ du 24è bataillon de Chasseurs alpins. Classé depuis « Monument Historique », ce haut lieu chargé d’Histoire constitue un pôle culturel attractif fort visité. De vastes salles voutées abritent des collections d’Art dont la Fondation-Musée Volti (2). Le célèbre sculpteur et enfant du pays aux origines italiennes repose dans le cimetière de Villefranche pour l’éternité.

Ce tableau votif donne à voir une scène d’accident qui témoigne de la difficulté de circulation dans les ruelles étroites de la Citadelle il y a un siècle et demi. La composition très maîtrisée de cette aquarelle sur papier montre l’arrivée d’une charrette, menée par un paysan, remplie de bottes de foin, nourriture destinée aux chevaux des officiers et des soldats. Alors que la charrette aborde la descente, le chargement de foin déborde brusquement, projetant un homme par-dessus le parapet en contre-bas, alors qu’un autre se retrouve en équilibre précaire sur le parapet. Les passants s’affolent. Attirés par les cris des habitants de la caserne accourent sur le balcon d’un immeuble. La scène, cadrée en contre-plongée, comme dirait de nos jours un cameraman, accentue la dramaturgie de l’instant et donne à voir clairement le contexte vertigineux de la chute et le danger encouru par la victime. L’homme projeté au sol qui dévala la pente jusqu’à tomber dans la ruelle inférieure, s’en sortit vivant. Il faut dire que deux protecteurs veillaient sur lui depuis le ciel. On distingue en effet au registre supérieur de l’ex-voto Notre-Dame de Laghet avec l’Enfant Jésus et Saint Roch et son chien. Ce saint, un des plus populaires du pays niçois, est fêté le 16 août. Sa présence, peu fréquente sur les peintures votives de Laghet, permet donc de dater la scène à l’été 1871. Rendons grâce pour la vie sauve de cet homme qui, en hommage à la Vierge de Laghet, fit réaliser cette action de grâces au format généreux de 58 X 71 centimètres. Si la date apparait au bas du tableau, le cartouche avec l’identité du donateur se sont estompés avec le temps.

Cette scène estivale, pleine d’émotions, nous ramène à notre été caniculaire et à la soif que la chaleur accablante suscite toutes générations confondues ! Soif… soif de créer comme Volti (1915-1989) qui, ne pouvant plus sculpter suite à un accident vasculaire cérébral, dessina sans relâche jusqu’à la fin au pastel gras… une série appelée « Ecce Homo », Voici l’Homme », qui dit tout de la foi discrète qui l’avait accompagné toute sa vie. L’Art et la Foi, des thèmes proposés cette année encore durant l’été au Sanctuaire de Laghet : conférences et visites, partages de la Bible, concert, nuit d’adoration, semaine mariale qui inclut la solennité de Notre-Dame du Mont Carmel le 16 juillet fête patronale du sanctuaire, la Transfiguration début août et l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie le 15 du mois (3).

Soif aussi pour le visiteur, qui « monte Laghet », qui apprécie une halte rafraîchissante à la Fontaine des Pèlerins comme le montrent les deux photos prises à 120 ans de distance. La fontaine et son bassin sont agrémentés d’une statue de la Vierge à l’Enfant, copie en marbre blanc de la Vierge dite d’Overbeck, la statue sommitale du clocher du sanctuaire. On peut lire la mention « Eau potable » en français et en italien de part et d’autre de la fontaine. Au centre, le pilastre qui supporte la statue de la Vierge l’Enfant porte une inscription gravée en latin (3) qu’on peut traduire ainsi :

Restaurée et agrandie en 1872.

Pèlerins vous avez en ces lieux deux sources,
L’une descend du Ciel, l’autre des montagnes.
La première est un trésor que la Vierge vous offre ;
la seconde a été canalisée par les Niçois.
Buvez à chacune d’elles si vous avez soif.

L’an du Seigneur 1654, Honoré Isnardo, chevalier de l’Ordre des saints Maurice et Lazare, comte et coseigneur de Gorbio – Amédée Palmiero, Etienne Faites, Jean-Baptiste Pino, conseillers et André de Albertis,

Si la Fontaine des Pèlerins permet dans un premier temps de nous rafraichir l’inscription appelle à entrer ensuite tout naturellement dans l’Evangile à la rencontre de Jésus et de la Samaritaine au bord du puits. L’Evangile, la Bonne nouvelle proclamée au peuple de Dieu, « Parole qui dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit ». Source rafraichissante pour l’éternité c’est depuis l’ambon et l’autel de la Chapelle que nous pouvons la recueillir… La Parole nous invite à rejoindre « les réalités d’en haut », avant de nous convier à recevoir dignement le pain de l’autel… Voilà l’eau descendue du Ciel, la vraie nourriture qui donne la vie éternelle. Car notre soif physique ne se double-t-elle pas dans notre âme d’une vraie soif spirituelle ? Soif de vérité et d’Amour, soif de Dieu pour la vie ici-bas et pour l’éternité qui, comme chacun sait, dure plus longtemps !

 En cette période caniculaire que nous soyons visiteur, pèlerin d’un jour ou fidèle du sanctuaire de Notre-Dame de Laghet, approchons-nous de la sourcedésaltérante, eau qui ne tarit jamais et apaise toute soif comme Jésus vient de l’annoncer à la Samaritaine au bord du puits. On les voit représentés ici sur le plafond peint de l’église Saint- Martin à Zillis en Suisse. La symbolique du puits est double. Elle répond d’abord au besoin d’étancher la soif, besoin vital chez tout être vivant. Ensuite elle invite à nous approcher du mystère du Salut proposé par Jésus comme le rappelle saint Paul aux Ephésiens : « Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur » de la paternité du Père. Promesse de vie éternelle par la grâce du baptême, de la Parole et des sacrements à travers lesquels notre « Magnifique humanité » (4) trouvera, entre-autre, les réponses à la question climatique. Celle-ci, engendrée depuis des décennies par l’esprit de prédation, et le consumérisme effréné qui tue la planète en même temps que ses habitants. Avec un fait nouveau de nature statistique : à l’été 2026 la canicule a tué sans discrimination d’âge ! C’est le constat accablant des Services d’Accueil des Urgences et des Pompiers à l’oeuvre sur le terrain ! 74 morts par noyade en 10 jours, dont une majorité de jeunes, 109 personnes décédées en 24 heures à Paris (5). La côte d’alerte est dépassée ! Au-delà de l’été caniculaire, pour la Paix et le Salut de tous et de chacun, il est l’heure de se tourner résolument vers la Miséricorde de Dieu. Méditons et partageons la Parole de Jésus à la Samaritaine venue puiser de l’eau au puits de Jacob :

« Jésus lui répondit :
« Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive »…
« Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;
mais, celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai,
n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source
d’eau jaillissant pour la vie éternelle ».

Jean 4, 7-14 

Commentaire : Patrizia COLLETTA, « Médiation, Art & Foi ».

Notes : (1) Saint Erasme de Formia, dit saint Elme, patron des marins ; (2) Antoniucci Voltigerno (1915-1989), enfant de Villefranche sur Mer où son propre propre père, originaire de Pérouse en Italie, exerça comme tailleur de pierre. Naturalisé français en 1905, il se forma en France (villa Arson de Nice, académies d’art de Paris) et fut prisonnier en 1940, successeur spirituel de Maillol il a laissé une oeuvre d’une grande originalité aux lignes très épurées ; (3) « Session Art et Prière avec Marie, Mère de Jésus », conférences et sorties du 20 au 24 juillet, détail programme : sanctuaire-laghet.fr ; (3) Librairie du Sanctuaire : P. et G. Colletta, « Les ex-voto de Laghet. Un mémorial entre Ciel et terre » ; (4) « MAGNIFICA HUMANITAS », Encyclique du Pape Léon XIV, Librairie du sanctuaire ; (5) Chiffres donnés par le J.T. de France 2 le 27 juin 2026.