LES PREMIERS « PRODIGES DE LAGHET » : « QUEST-CE QUE LHOMME POUR QUE TU PENSES A LUI » ? (Hébreux 2, 6-8).

par Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi »

En cette période de Carême qui prépare le coeur du chrétien à la solennité de Pâques, nous vous proposons de poursuivre notre relecture des « prodiges de Laghet » survenus en l’an de grâce 1652… (1). Nous évoquerons ce mois-ci deux guérisons qui firent grand bruit : un homme souffrant de la lèpre et une adolescente qui présentait les symptômes de l’épilepsie considérée à l’époque comme une « possession ». En guise d’illustration nous avons choisi parmi la collection de Laghet l’ex-voto déposé au décours des années 1970 par un donateur anonyme vivant douloureusement des séjours en hôpital psychiatrique. Ce sujet est rarement présent parmi les thèmes votifs, comme le rappelait Pierre Diaz, dans sa thèse de Médecine en 2003, après avoir enquêté sur les ex-voto de malades déposés au Sanctuaire de Laghet (2).

Découvrons cette huile sur toile des années 1970 de bonne facture, à la palette éclatante déclinée en bleu et vert aux tons très vifs en dépit de l’austérité du cas. La composition se présente comme un grand V ouvert. De part et d’autre du tableau deux gracieuses collines verdoyantes. Celle de droite complantée de pins parasols dont la silhouette se découpe allègrement sur le fond du ciel bleu azur. On distingue à flanc de colline, au milieu de cyprès, deux groupes de maisons aux toits de tuiles évoquant le mas provençal. Tout au bas du V on aperçoit la mer Méditerranée, à peine visible. La colline de gauche dans un vert beaucoup plus sombre ne montre aucune trace de vie… Seule l’effigie de la Vierge à l’Enfant de Laghet vient éclairer cette partie du tableau. L’inscription au registre supérieur de l’image exprime, en termes très sobres, une immense détresse et la foi placée en la Vierge Marie dans cette prière de demande :

« N-D de LAGHET – Exaucez mes prières : Libérez-moi de l’internement de la psychiatrie ».

On ne saurait être plus clair ! L’absence de vie humaine dans la partie gauche de la composition exprime bien l’isolement, la solitude, la déréliction des malades souffrant de pathologies psychiatriques. Si l’effigie de la Vierge à l’Enfant semble fort réussie avec la représentation des attributs de la Vierge du Carmel, l’expression de la Mère à l’Enfant, pose la question du regard de notre société envers les malades du secteur psychiatrique, de la relégation sociale et la limitation de vie que représente ce genre de pathologie. Au XXIè siècle si la prise en charge se fait à partir de traitements médicamenteux et parfois des hospitalisations, au XVIIè siècle, les parents de la jeune Marie Aicard de la Turbie, en désespoir de cause, emmenèrent leur fille jusqu’à la modeste chapelle rurale de Laghet pour une bénédiction. Don Jacques Fighiera s’acquitta de sa mission et confia dans ses notes qu’il n’aurait pu dire « s’il s’agissait de folie ou de maléfice ». En effet, la petite âgée de 14 ans se roulait par terre et jetait des pierres dès qu’on tentait de l’approcher. De nos jours l’appel à un exorciste n’est pas le recours le plus fréquent, en cause une baisse de la pratique religieuse et une époque qui met sa confiance dans les progrès de la Science. Or, psychiatre et exorciste officiel nommé par l’Evêque du Diocèse, sont appelés à collaborer. De manière plus générale le Sanctuaire de Laghet propose une fois par mois « La prière des malades » et on peut lire à ce sujet le mot d’accueil de janvier 2026 du père Roger Hébert, Recteur du sanctuaire (3).

A l’issue de la bénédiction donnée en 1652 par Don Jacques Fighiera, la petite se calma, se laissa approcher par la famille devant la foule de curieux ébahie… Il semble que son état se stabilisa dans les temps qui suivirent car le brave curé nota avec modestie dans ses carnets : « elle reçut la grâce de guérison ». Fut-il le premier surpris de ce miracle qui déclencha la venue en foule de malades, de boiteux, d’estropiés et de souffrants jusqu’à la petite chapelle de Laghet ? C’est probable !

Ci-contre: tableau La Transfiguration de Raphaël, détail sur le fils épileptique.

Ce récit de miracle de 1652 n’évoque-t-il pas la confiance du père de l’enfant épileptique dans l’Evangile : « Seigneur aie pitié de mon fils : il est lunatique et souffre beaucoup il tombe souvent dans le feu ou dans l’eau. Je l’ai bien amené à tes disciples mais ils n’ont pas pu le guérir ». Jésus dit : « Génération incrédule et pervertie jusqu’à quand serai-je avec vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi ici ». Jésus menaça le démon qui sortit de l’enfant et celui-ci fut guéri dès cette heure-là… ». A ses disciples qui se demandaient pourquoi ils avaient échoué Jésus dit : « A cause de la pauvreté de votre foi. Car, en vérité je vous le déclare, si un jour vous avez la foi, gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : Passe d’ici là-bas, et elle y passera. Rien ne vous sera impossible. Et puis ce genre de démon ne peut s’en aller, sinon par la prière et le jeûne » (Mathieu 17, 14-21). 

Souvenons-nous que « les prodiges de Laghet » avaient débuté par une guérison tout aussi spectaculaire. Celle d’un monégasque, Hyacinthe Casanova, qui souffrait de la lèpre. Guérison qui suivit sa venue à Laghet en toute discrétion, car cette maladie reste très invalidante sur le plan social. Il vint en personne témoigner dans la petite chapelle de rurale de sa guérison. La nouvelle se répandit dans toute la région, épisode qui n’est pas sans rappeler la guérison des dix lépreux de l’Evangile de Luc dont un seul revint sur ses pas pour rendre grâce. Jésus salua en ces termes le courage de cet homme, un Samaritain, qui avait franchi l’opprobre et la honte : « Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! Jésus lui dit : Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ! »(4).

En ce temps qui précède l’exaltation de la Croix et la liesse de la Résurrection accueillons avec compassion et Espérance les situations difficiles vécues par certaines de nos familles touchées par les problèmes psychologiques ou d’addiction. Les cas sont légion de nos jours lorsqu’on songe à la dépendance aux écrans, à la drogue, aux névroses, à la violence, le manque de paix et de sens dans notre vie d’enfants repus de technologie triomphante ! Ce temps béni de Carême est une chance : une invitation à la conversion et à l’Espérance. Si nous sommes éprouvés, en ce moment, reprenons courage en écoutant les paroles de saint Paul aux Hébreux :

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,

n’endurcissez pas vos coeurs comme au temps de l’exaspération ! »

Lettre aux Hébreux 3, 15

Commentaire : Patrizia COLLETTA, « Médiation, Art & Foi ».

Notes : (1) P. et G. COLLETTA, « Les ex-voto de Laghet. Un mémorial entre Ciel et terre », Serre Editeur, 2018. Uniquement à la Librairie du sanctuaire ; (2) DIAZ, Pierre, « Anthropologie, ethnologie et sociologie de la santé : les représentations populaires », Faculté de Médecine, Université de Nice Sophia-Antipolis, 2003 ; (3) Prière de guérison de janvier 2026, présentation de la démarche de demande à lire sur sanctuaire-laghet.fr ; (4) Luc 17, 12-19.