A l’intercession de MARIE, « Dieu guérit, libère, sauve » !
par Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi »
En cette rentrée 2025, avec la fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie le 8 septembre et le mois d’octobre dédié traditionnellement au Rosaire, l’ex-voto du mois nous appelle à envisager la place de la Vierge Marie dans l’Eglise et son rôle dans l’ordre du salut. Orientée dès son enfance selon la volonté de Dieu, son « Oui » éternel à l’Annonciation permit l’Incarnation qui elle-même ouvrit les portes du salut à tous les hommes. Comme le suggère l’ex-voto que voici, daté des années 1850, à l’intercession de Marie, « Dieu guérit, libère, sauve ».

Ce tableau votif, une huile sur toile, montre une scène unique en son genre à Laghet. Dans un cadre domestique très dépouillé un jeune homme, est soutenu par un homme plus âgé, alors qu’une femme, sans doute sa mère, implore à genoux les mains jointes pointées vers Celle qui lui obtiendra la grâce : la libération de l’alcool de son enfant bien aimé. Car en effet tout semble indiquer ici que le jeune homme est malade de boire : la table sur laquelle sont posés une bouteille à moitié vide, le petit bol, l’unique chaise dont on vient de retirer l’homme semi-conscient… l’absence d’objets familiers qui constituent le décor d’une vie heureuse, le sentiment de solitude et de détresse qui nous étreint en regardant cet intérieur… le clair-obscur qui objective les nuages sombres qui ont envahi l’homme alcoolisé, l’inquiétude de ses proches seuls auprès de lui … Mais quelle ne fut pas notre surprise de découvrir au registre supérieur de cette scène de détresse, non pas une effigie de la Vierge à l’Enfant de Laghet, mais une scène du Couronnement de la Vierge, éclatante de lumière… La couronne que le Père et le Fils élèvent au-dessus de la Vierge toute donnée à Dieu, l’élévation spirituelle conférée par le mouvement joyeux de la colombe symbole du Saint Esprit et surtout… la petite bougie, signe d’Espérance, que Marie tient dans sa main droite alors que son regard plonge avec bonté vers la mère du malade. Oui, tout montre que la victoire fut donnée ; victoire sur l’alcool, la maladie de la dépendance dont les causes varient d’un sujet à l’autre. De plus, comment ne pas remarquer l’immense Croix tenue par le Christ, présence et signe absolu de la victoire de la vie sur la mort !
Oui car il s’agit bien de cela, cet ex-voto unique à Laghet, indique bien une « libération », dans le sens le plus prosaïque qui soit, la libération d’un homme encore jeune de son addiction à l’alcool. Voyant cette scène, combien de parents, de familles en cet instant peuvent se projeter dans cette histoire … Combi
en de nos jours luttent pour des proches en proie au démon de l’alcool, ceux de la drogue, une addiction aux écrans et ce, dès le plus jeune âge. Les astuces de l’ennemi à l’esprit de mort sont multiples et viennent se fixer sur des blessures intimes, des fragilités personnelles, des ratés d’éducation, une génétique parfois… Mais « rien n’est impossible à Dieu » surtout lorsque, dans un mouvement de confiance totale, la personne victime d’addiction ou son entourage s’adresse à la meilleure avocate du genre humain : la Vierge Marie !
Le terme « EX VOTO » inscrit au bas de l’image dans un parchemin, semi voilé par un repli du papier, est le signe de la victoire, car la prière adressée à Notre-Dame de Laghet par cette famille, montre que le jeune homme fut libéré de ce penchant, à l’instar de cas plus récents de personnes venues confier un proche à la Vierge laghetane. A lui seul, ce modeste ex-voto exprime le rôle et la place de la Vierge Marie dans l’histoire du salut. Présente dès avant la naissance, durant l’enfance, la prédication et jusqu’à la mort de son fils Jésus, elle se tint debout au pied de la Croix d’où le Christ lui confia l’humanité pour laquelle Marie intercède depuis.
La grande peinture religieuse n’a eu de cesse de représenter Marie dans toutes les étapes de sa vie. A sa mort, entourée des disciples du Christ, accueillie au ciel corps et âme par le Christ. Si la Renaissance, et les dévotions nées après la Contre-réforme catholique, se sont attachées à représenter son Assomption glorieuse, le « Couronnement de la Vierge » est quant à lui un épisode apocryphe qui se place précisément après l’Assomption. La Vierge est représentée entourée par le Père et le Fils la couronnant, la colombe qui domine la scène représente symboliquement le Saint Esprit comme chacun sait.
Hormis la valeur de cette image à propos de la puissance de la prière mariale, nous avons eu la surprise de découvrir deux possibles sources d’inspiration pour l’auteur de cet ex-voto. Deux tableaux représentant le Couronnement de la Vierge : l’un se trouvant dans l’église paroissiale de La Trinité, un tableau (fin XVIIè) restauré (fin XVIIIè) et encore tout récemment et un autre dans l’église paroissiale de La Turbie, l’autel-retable des Ames du Purgatoire daté de 1770. Les donateurs de l’ex-voto étaient-ils originaires de l’une ou l’autre de ces petites villes ? Vu l’objet de la demande la discrétion fut de mise : pas de nom, pas de signature pas même celle du peintre de l’ex-voto.
Pour la petite histoire, le tableau de l’église de La Trinité objet d’une restauration il fut remis en pl
ace lors de la Solennité de la Sainte Trinité le 14 juin dernier, devant la population invitée, avec les honneurs des édiles du lieu, des mécènes ayant permis la restauration et, la restauratrice elle-même. A ce propos nous voudrions souligner l’absence de la « Croix » sur le tableau restauré alors qu’elle y figurait jusque-là. La restauratrice expliqua longuement avoir découvert grâce à la technique des Rayons X (1) que la Croix avait été rajoutée lors d’une restauration fin XVIIIè siècle… Sur le plan de la Conservation des Oeuvres d’Art cet action est parfaitement licite. Toutefois, sur le plan de la foi chrétienne, cette absence se fait sentir. Car c’est bien par la Croix que le Christ est venu nous sauver. A travers le don ultime de sa vie Il est venu briser les arcanes du péché, briser la mort elle-même, nous rendre la liberté par son oeuvre de Rédemption. Le chemin du chrétien ne passe-t-il pas nécessairement par la croix ? Celle des épreuves qui jalonnent la vie de toute personne, quelle que soit par ailleurs sa philosophie de l’existence ?

Le tableau de la chapelle latérale dite des Ames du Purgatoire de La Turbie semble confirmer notre propos. Sous la représentation du Couronnement avec un Christ tenant une immense Croix, on voit sur la droite la Vierge Marie implorante et, au bas du tableau, une représentation des âmes du purgatoire grouillant dans une fournaise avec au-dessus l’Archange Saint Michel, à gauche saint Odilon de Cluny (2) et un pèlerin anonyme intercédant pour les âmes du purgatoire.
Pour l’histoire de l’Art la représentation dite du « Couronnement de la Vierge » a suivi depuis la fin du Moyen Age des modes diverses selon les époques et les lieux. Le chef d’oeuvre d’Enguerrand Quarton pour la Chartreuse de Villeneuve les Avignon en 1454 est un modèle du genre (1). A lui seul il résume la place émérite de la Vierge Marie dans le Salut. Ce tableau montre la symétrie parfaite entre le Père et le Fils, « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14,9) ; le lien établi par la colombe de l’Esprit Saint entre la Parole du Père et celle du Fils, « Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi ..; » (Jean 6,45) ; les différentes strates d’élus qui de part et d’autre encadrent la scène, «Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Jean 14,2) ; la représentation de la ville de Jérusalem et celle de Rome, siège de la Catholicité, à égale distance de la Croix, la représentation des enfers où grouillent les bannis du Royaume…Le rouge sur le bleu signifiant la royauté sur la virginité, tandis que la forme sphérique du manteau de la Vierge s’étend sur la terre et dénote sa dimension céleste et universelle.
A l’issue de ce beau voyage à travers l’histoire de l’Art et surtout de la pédagogie divine sous-jacente,
louons Notre-Dame de Laghet pour toutes les grâces qu’elle a accordées ici, au fil des siècles (3). Dans un contexte où le monde semble avoir perdu ses repères… laissons monter vers notre Mère du Ciel, Reine des hommes et Reine des anges, notre ardente prière. Laissons se dérouler notre chapelet, présentons-lui nos intentions, demandons lui d’entrer, à son exemple et lui de Jésus, dans la volonté de Dieu pour nous. Et qu’à son intercession maternelle Dieu nous guérisse, nous libère et nous sauve. Amen !
« O mort, où est ta victoire ?
O mort, où est-il ton aiguillon ?
L’aiguillon de la mort c’est le péché ; ce qui donne la force au péché, c’est la Loi.
Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par Notre Seigneur Jésus Christ ».
Première épitre aux Corinthiens, 15, 55-56
Commentaire : Patrizia COLLETTA, « Médiation, Art & Foi ».
Notes : (1) L’analyse à la lumière noire (U.V.C) ou aux rayons X permet d’étudier les différentes couches picturales et de vernis d’un tableau, les retouches, restaurations successives voire l’état initial d’une oeuvre ; (2) Saint Odilon (962-1049), cinquième abbé de Cluny durant plus de 50 ans, fondateur, excellent témoin de la doctrine mariale en particulier appliquée à la vie monastique. Sa vie et ses sermons attestent de sa foi, sincérité, chasteté et pauvreté intégrale. Il se consacra à la Mère de Dieu à Notre-Dame du Puy en prononçant la prière suivante : « O Vierge très pieuse, Mère du Sauveur de tous les siècles, à partir de maintenant prends moi à ton service. En chaque circonstance, reste toujours avec moi, ô miséricordieuse avocate. En effet je ne mets au-dessus de toi personne sauf Dieu ; et comme ton serviteur, je me mets sous ta maîtrise » ; (3) Temps de prière de guérison proposé par le Sanctuaire de Notre-Dame de Laghet une fois par mois. Renseignements : Site du Sanctuaire, Accueil des Chapelains ou au 04 92 41 50 50).



