23 juin : 12° dimanche temps ordinaire

Par Père Roger Hébert

J’aime tellement les mots par lesquels commençait l’Evangile : Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque. Ils prennent Jésus avec eux dans la barque et ils le prennent tel qu’il est, c’est-à-dire immensément fatigué, la preuve : à peine installé, il s’endort ! Pourquoi Jésus est-il si fatigué ? Tout simplement parce qu’il n’arrête pas de mouiller la chemise pour accomplir sa mission. Le Père l’a envoyé sur terre pour aller chercher et sauver ceux qui s’étaient perdus, eh bien, on peut dire qu’il a pris au sérieux cette mission : il a arpenté son pays en long, en large et en travers et non seulement son pays, mais aussi les territoires proches. Là, il venait de parler toute la journée et, en plus, il y avait sûrement cette fatigue accumulée pour aller et chercher ceux qui étaient perdus, sans compter les nuits passées à prier, on comprend très bien qu’il se soit très vite endormi et que la tempête ne le réveille même pas !

Mais si les apôtres prennent Jésus comme il est, Jésus prend aussi ses apôtres comme ils sont ! Et l’Evangile nous les montre souvent « bruts de décoffrage » comme on dit. Jésus nous prend, nous aussi, comme nous sommes, c’est-à-dire souvent pas mieux que les apôtres ! Vous savez que je dis souvent, sous forme de boutade, que j’aimerais que le Pape négocie avec MacDo la reprise de leur slogan qu’on voit sur tous leurs établissements : venez comme vous êtes ! Oh comme ça serait bien si ce slogan était affiché sur toutes les portes de nos églises, de nos sanctuaires : venez comme vous êtes ! Ceci dit, il y a une grande différence entre une église et un MacDo : c’est que, dans une église, si on y entre comme on est, on n’en ressort pas comme on y était entré, comme on était ! Il n’est pas sûr qu’on ressorte autant transformé d’un repas chez MacDo !

Maintenant, entrons dans le cœur de cet Evangile. On entend bien que les apôtres ne sont pas contents du tout. Au début, ils étaient peut-être très contents de voir Jésus qui dormait ; ils aimaient Jésus, ils étaient donc heureux de voir qu’il profitait à plein de ce temps de récupération. Mais quand la tempête se lève, ils le réveillent et on entend bien qu’ils ne sont pas contents du tout : Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? Et moi, je crois qu’il y a deux raisons pour lesquelles ils ne sont pas contents : d’abord, ils estiment que Jésus ne semble pas mesurer la gravité de la situation et ensuite, ils ne comprennent pas qu’une tempête ait pu se lever alors que Jésus était avec eux ! Reprenons ces deux éléments.

1° raison : Les apôtres ne supportent pas cette espèce de désinvolture de Jésus qui dort alors qu’il y a péril en la demeure. Avouez que ça peut nous arriver, à nous aussi, de rouspéter auprès du Seigneur : mais enfin, Seigneur, que fais-tu, ça va si mal pour moi et Toi, j’ai l’impression que ça ne te fait ni chaud ni froid ! Combien de fois avons-nous l’impression que le Seigneur dort alors que nous, nous galérons et parfois-même, ça nous parait encore plus grave, on a l’impression qu’il s’occupe des autres, mais jamais de nous !

La 2° raison pour laquelle les apôtres haussent la voix, c’est qu’ils ne comprennent pas pourquoi cette satanée tempête s’est levée alors que Jésus était avec eux. Là encore, nous pouvons nous reconnaître dans cette rouspétance ! Quand nous sommes en galère, nous pouvons, nous aussi, dire ou penser : mais si le Seigneur était vraiment avec moi, il ne m’arriverait pas tout ça !

Et voilà bien le problème : nous estimons que, parce que nous sommes croyants, nous devrions être épargnés par les tempêtes. Mais le Baptême n’installe pas au-dessus de la tête de ceux qui l’ont reçu une sorte de bouclier anti-missile qui dévierait les problèmes, les galères sur les autres ! Nous rêvons tous d’une vie sans galère, sans tempête, mais, ça, le Seigneur ne nous le promet pas ! En revanche, ce qu’il nous promet, c’est d’être avec nous quand nous serons en galère, quand nous affronterons des tempêtes. Peut-être qu’il nous semblera dormir, mais peu importe, il est là et c’est l’essentiel parce que, tant qu’il est là, aucune tempête ne nous engloutira, la barque de nos vies peut être chahutée, elle peut même commencer à prendre l’eau, si nous gardons le Seigneur à nos côtés, nous ne serons pas engloutis ! Une vie sans galère, ni tempête, le Seigneur ne peut pas nous la promettre, mais d’être avec nous dans nos galères et nos tempêtes, là il s’y engage vraiment.

Maintenant, il y a peut-être une question qui vous brûle les lèvres et qui est LA question, celle qui arrive à faire douter ceux qui croient et qui éloigne encore un peu plus de la foi ceux qui n’arrivent pas à croire. Cette question, LA question, c’est celle-là : Pourquoi devons-nous traverser des épreuves ? Pourquoi un mal injuste s’abat à certains moments sur nous ou sur ceux que nous aimons ? Bref, puisque Dieu est bon, pourquoi le mal existe-t-il et d’où vient-il ? Sur ce sujet, je crois que la Bible nous dit trois choses essentielles.

1/ Dieu n’est pas responsable du mal, la preuve, il était absent du jardin des origines au moment du déclenchement de la 1° galère. Ce n’est donc pas Lui qui peut en être tenu responsable.

2/ C’est le serpent, l’esprit du mal, Satan qui est responsable. C’est lui qui vient suggérer aux hommes de se détourner de Dieu et de faire ce dont ils ont envie, sans se soucier de ce que Dieu leur a dit. Et, lui, c’est un escroc, il promet que la transgression apportera le bonheur alors qu’elle nous plonge dans des galères de plus en plus dramatiques et une tristesse morbide.

3/ Et puis, surtout, il faut que, sur cette question du mal, nous acceptions de ne pas tout comprendre. C’est justement ce que disait la 1° lecture. Job, dans la Bible, est la figure-même de l’homme accablé injustement, qui collectionne les galères alors que son attitude est exemplaire. Il se tourne vers Dieu et, avec beaucoup de franchise et d’audace, lui reproche de très mal s’y prendre, de très mal gérer les affaires des hommes ! Dieu ne fait pas taire Job, il ne nous fera jamais taire quand nous crions vers lui, même si, de manière bien injuste, nous le rendons responsable de tout ce qui nous arrive. Cette première Lecture était très belle car c’est comme si Dieu disait à Job : il faut que tu acceptes, pour le moment, de ne pas tout comprendre, il y a tellement de choses qui te dépassent ! Et, c’est dans cette perspective que Dieu va énumérer des prodiges sur lesquels la science, aujourd’hui encore a du mal à donner des explications.

Oui renonçons à tout comprendre et plutôt que d’être dans une révolte permanente, demandons au Seigneur qu’il nous fasse cette grâce de sentir sa présence à nos côtés quand nous traversons de fortes tempêtes. Peut-être est-ce par la présence de personnes bienveillantes dans notre entourage que le Seigneur nous donnera cette grâce, peut-être aussi que ça sera par une grâce spirituelle plus forte et plus exceptionnelle que nous le comprendrons. L’essentiel est que nous soyons de plus en plus sûrs qu’Il est avec nous et que, tôt ou tard, il se lèvera pour siffler la fin de la partie en commandant aux satanées tempêtes par ces mots : Silence, tais-toi ! C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.