19 avril : 3° dimanche de Pâques : Emmaüs, c’est un peu comme la source de la Loire !
Je pense que vous avez appris à l’école que la Loire prend sa source au Mont Gerbier des Joncs. Mais, si vous y allez, vous serez confrontés à un vrai problème, il n’y a pas un seul lieu qui permettrait de voir les débuts de ce grand fleuve, mais trois lieux. Chacun a d’ailleurs reçu un nom qui tend à prouver qu’il est bien le véritable emplacement de la source, on a un panneau indiquant qu’ici se trouve « la source authentique » baptisée ainsi par le Touring club de France, un 2° panneau à quelque distance indique « la source géographique », elle a ainsi été baptisée car c’est ce lieu qui était mentionné dans les anciens manuels de géographie et un 3° encore un peu plus loin, « la source cadastrale » car c’est elle qui figure sur le relevé cadastral ! Finalement, il faut renoncer à savoir exactement où se trouve la source de la Loire.
Eh bien, quand on va faire un pèlerinage en Terre Sainte, on est un peu confronté au même problème avec le village d’Emmaüs dont il était question dans l’Evangile. C’est un des rares lieux bibliques qu’on ne peut pas situer avec exactitude. Actuellement, il y a au moins quatre lieux qu’on peut visiter et qui sont tous présentés comme le véritable village d’Emmaüs. On pourrait, comme pour les sources de la Loire, les baptiser : Emmaüs authentique, Emmaüs géographique, Emmaüs cadastral et le 4° Emmaüs pourrait porter celui d’Emmaüs véritable ! Cette difficulté de localisation est parfois passée sous silence par les guides qui laissent croire que le lieu où ils nous conduisent est le bon et que, par conséquent, il ne peut pas en exister d’autres … en fait, souvent, ils ont choisi ce lieu parce que, dans le circuit organisé, ça les arrangeait de passer par là !
C’est dommage d’agir ainsi car, finalement, cette impossibilité de localiser avec certitude Emmaüs peut aussi devenir riche de sens si on y réfléchit un peu. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait, en son temps, le pape Benoît XVI dans une petite homélie, je le cite : La localité d’Emmaüs n’a pas été identifiée avec certitude. Il y a différentes hypothèses, et ceci n’est pas dépourvu de signification, parce que cela nous fait penser qu’Emmaüs représente en réalité chaque lieu : le chemin qui y conduit est le chemin de chaque chrétien, bien plus encore, de chaque homme. Sur nos chemins, Jésus ressuscité se fait compagnon de voyage, pour rallumer dans nos cœurs, la chaleur de la foi et de l’espérance et rompre le pain de la vie éternelle. Plutôt que de commenter ce texte qu’on connait bien, je veux tirer 3 conséquences de cette affirmation de Benoit XVI qui dit que : le chemin qui conduit à Emmaüs est le chemin de chaque chrétien.
1° conséquence : Aujourd’hui encore, le Christ veut nous rejoindre quand nous sommes découragés. Avez-vous remarqué comment s’y prend Jésus avec ces deux hommes ? Il ne leur fait pas la leçon, il ne leur dit pas : allez secouez-vous ! Il les écoute, il leur laisse vider leur sac. Puisqu’ils ont beaucoup souffert, Jésus les laisse beaucoup parler, ils en ont tellement besoin. Ceux qui sont confrontés à un profond découragement qui les plonge dans une douloureuse désespérance ont besoin de trouver une oreille attentive qui les écoute jusqu’au bout. Toutes ces idées noires font une œuvre de destruction, il faut pouvoir les sortir. Mais peut-être avons-nous fait cette triste expérience qu’il n’est pas si facile que ça de trouver des oreilles vraiment attentives et bienveillantes capables d’écouter jusqu’au bout. Ce n’est pas facile non plus de devenir ces oreilles qui écoutent sans se lasser et qui ne cherchent pas à tout expliquer. A chaque fois que nous y parvenons, nous sommes vraiment à Emmaüs !
2° conséquence : Aujourd’hui encore, le Christ veut ouvrir notre esprit à l’intelligence des Écritures. Je ne pense pas que Jésus ait fait une leçon de catéchisme aux disciples découragés. Quand on est découragé, désespéré, les leçons que nous font les autres ont bien du mal à passer. Je pense plutôt que ce recours à l’Écriture lui a permis de chercher du sens avec eux. En faisant appel à l’Écriture, Jésus leur montre que les épreuves n’ont pas manqué dans l’histoire du peuple juif, elles ont même souvent été rudes. Mais, au cours de cette histoire douloureuse, jamais on n’a pris Dieu en défaut. Il a toujours été présent, accompagnant son peuple et réalisant même des coups d’exploit pour les sortir de situations impossibles. Jésus leur explique sans doute que ce que Dieu a fait hier, il peut et il veut le faire aujourd’hui.
En parlant de Dieu en ces termes, Jésus a opéré un miracle extraordinaire : il a permis au cœur de ces deux hommes de devenir à nouveau des cœurs brûlants de foi et d’espérance. Ce n’est pas si facile que ça de trouver des personnes capables de réchauffer nos cœurs, de susciter à nouveau, pour ne pas dire ressusciter en nous la foi et l’espérance. Ce n’est pas facile non plus de devenir ces personnes. A chaque fois que nous y parvenons, nous sommes à Emmaüs !
3° conséquence : Sur le chemin d’Emmaüs, il est venu rejoindre ces deux hommes en grande difficulté, mais il ne pourra pas revenir de cette manière à chaque fois que des personnes en difficulté auront besoin d’être réconfortées. C’est pour cela que Jésus a institué l’Eucharistie, c’est pour qu’il puisse rejoindre tous les hommes, de tous les temps, sur toute la terre et apporter le soutien de sa présence à tous ceux qui sont découragés. Mais ce n’est pas si facile que ça de vivre toutes les messes avec une telle foi pour reconnaître Jésus qui nous rejoint et qui vient ressusciter l’espérance en nos cœurs. Quand on y parvient, on expérimente encore la paix et la joie d’Emmaüs.
Finalement, c’est bien qu’on n’ait pas pu identifier avec précision où se trouvait Emmaüs. Ainsi nous comprenons mieux que l’Emmaüs authentique, l’Emmaüs géographique, l’Emmaüs cadastral et l’Emmaüs véritable sont chez nous, ici à Laghet et dans chacun de nos lieux d’Eglise ! Ce qui signifie que c’est à nous, aujourd’hui, que Jésus veut faire vivre l’expérience des cœurs brûlants pour nous établir dans l’espérance et pour rallumer cette espérance dans le cœur de tous ceux qui en manquent. Que Notre Dame de Laghet nous obtienne cette grâce de reconnaître Jésus quand il nous rejoint.



