5 avril dimanche de Pâques : 3 regards posés sur un même événement, 3 réactions différentes !

Par Père Roger Hébert

Pour que ce texte puisse devenir vraiment parlant pour nous, je vous propose que nous nous intéressions au regard que vont poser chacun des 3 personnages qui nous sont présentés dans ce texte. Parce que, je pense que vous avez déjà dû vous en rendre compte : le regard que nous portons sur les personnes, sur les choses, et sur les événements est très important et conditionnera notre comportement par la suite.

Commençons par Marie Madeleine. Le texte nous dit qu’elle se rend au tombeau de grand matin et qu’elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée. Son regard à elle, il est donc posé sur la pierre, qui normalement devait fermer le tombeau, et qui, là, ne remplissait plus cette fonction puisqu’elle avait été roulée, laissant le tombeau ouvert. Ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’entre pas mais qu’elle repart vite, en courant, pour prévenir Pierre et Jean. Et qu’est-ce qu’elle leur dit ? « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Nous pouvons être surpris par ce « nous » qu’elle emploie, elle dit : nous ne savons pas, alors qu’elle était seule ! En fait, ce « nous » signifie que les autres femmes, mentionnées dans les autres Evangiles ont dû la rejoindre assez vite et ont fait le même constat qu’elle : la pierre a été roulée. Mais pourquoi en tirer la conclusion qu’on a enlevé le corps du Seigneur ? Elle n’en sait absolument rien puisqu’elle n’est pas entrée !

Oui, mais voilà, cette pierre roulée, elle vient complètement chambouler les plans de Marie-Madeleine. Partant avant la fin officielle du Sabbat, que les autres femmes ont dû attendre pour pouvoir marcher sans restriction d’un nombre de pas, Marie-Madeleine a dû courir pour aller au tombeau. Et si elle était si pressée, c’est parce qu’elle avait un lien particulier avec Jésus. Oh pas ce lien ambigu, imaginé par certains esprits mal tournés, mais elle devait tout à Jésus qui, l’ayant libéré de 7 démons, lui avait rendu sa dignité de femme. Elle était trop impatiente de retrouver Jésus, même s’il était mort, elle est partie sans respecter les règles pour s’occuper de ce corps, tellement maltraité pendant la passion. Elle voulait prodiguer des soins d’embaumement qui tenteraient d’effacer les marques du supplice. C’était le dernier témoignage d’amour reconnaissant qu’elle pouvait lui manifester. Toute la nuit, elle avait dû se faire son film pour savoir comment prodiguer ces soins. Et voilà qu’en arrivant, rien ne se passe comme elle l’avait prévu, alors, elle se fait un autre film, scénario catastrophe : On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé.

Pierre, à l’annonce de Marie-Madeleine, il est parti, en courant, mais à cause de son âge et sans doute du poids de la culpabilité qu’il traine depuis son reniement, il n’arrive pas à suivre le rythme imposé par Jean. D’ailleurs, Jean avait toujours été meilleur que lui, et il l’avait manifesté ces derniers jours en restant fidèle à Jésus. Essoufflé, Pierre finit quand même par arriver et il retrouve Jean qui l’a attendu. Même si Jean a été meilleur que Pierre, il n’en profite pas pour essayer de rentrer en 1° comme pour manifester à Pierre qu’il avait, par son comportement lamentable, perdu sa primauté. Très beau comportement de Jean qui a dû mettre un peu de baume au cœur de Pierre. Quand Pierre entre, que voit-il ? Le texte dit : Il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Tous ces détails nous sont donnés pour montrer que la version de Marie-Madeleine ne tient pas, si on avait volé le corps, les linges n’auraient pas été aussi bien rangés et rangés de manière aussi mystérieuse. Mais ce qui est intéressant, c’est le verbe qui est utilisé pour exprimer ce que Pierre a vu. En grec, il y a plusieurs mots pour traduire le verbe « voir », là, l’Evangile, utilise le verbe « theorei » qui, en français a donné : théorie. Pierre, quand il voit tous ces détails qui l’interrogent, il commence à échafauder des théories, « theorei », il raisonne, il cherche comment rendre compte rationnellement de l’irrationnel.

Jean, lui, il n’était pas entré, mais il s’était quand même penché pour voir et il a constaté, forcément avec moins de détails que Pierre, puisqu’il n’était pas entré, que les linges étaient posés à plat. Mais, une fois qu’il est entré, et qu’il voit tous les détails, lui, il ne se fait pas, comme Marie-Madeleine, un film, scénario catastrophe, il n’échafaude pas des théories comme Pierre, lui, le texte dit : il voit et il croit. Et c’est peut-être pour le féliciter que, quelques jours plus tard, comme nous l’entendrons dimanche prochain, Jésus dira : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Parce que, finalement, il n’a rien vu ou presque rien, mais, comme il se sentait dépassé, il a osé la foi, la confiance.

On peut imaginer que, pour laisser cette foi confiante grandir en lui, il a laissé remonter dans son cœur quelques paroles de Jésus. Des paroles, qui, comme pour les autres apôtres, sur le moment, lui avaient semblé bien mystérieuses, c’était quand Jésus annonçait son relèvement, son réveil de la mort, des mots auxquels ils n’étaient pas habitués et que Jésus prononcé sans les expliquer. En tout cas, devant tout ce qui était en train de le dépasser, la seule attitude qui lui a paru juste, c’était la foi confiante : il voit et il croit.

Alors, finalement, de qui vous sentez-vous plus proche ?

  • De Marie-Madeleine, parce que vous reconnaissez que votre affectivité et votre sensibilité débordantes vous joue des tours ? Vous aussi, dès que les événements ne se passent pas comme vous voulez, comme vous l’avez prévu, vous vous faites des films, scénarios catastrophe ?
  • Ou est-ce que vous vous sentez plus en affinité avec Pierre, parce que, comme lui, vous vous sentez fatigués, peinant à suivre le rythme et phosphorant trop vite pour toujours chercher une explication logique et rationnelle à tout ?
  • 3° hypothèse, est-ce que, sans fanfaronner, vous osez ou vous aimeriez adopter l’attitude de Jean ? Parce que, vous aussi, de nombreuses fois, dans votre vie, vous avez été confrontés à l’incompréhensible et, refusant de vous faire des films et d’échafauder des théories, ce que certains esayaient de vous vendre, vous avez préféré oser la foi confiante, faisant l’expérience qu’elle vous ouvrait des chemins de vie insoupçonnables.

Vous l’aurez compris, si nous voulons goûter à la joie de Pâques, il nous faut demander la grâce d’entrer dans la foi confiante. Marie-Madeleine et Pierre entreront, à leur tour dans cette foi confiante, pas aussi vite que Jean, mais la grâce leur sera donnée, le Seigneur respectant le rythme de chacun. En tout cas, si vous, vous trouvez que, pour vous, ça a assez duré et que vous voulez arrêter les films catastrophes et les théories vaseuses, tournez-vous vers Notre Dame de Laghet ! Demandez-lui d’intercéder pour vous afin que la grâce de cette foi confiante vous soit accordée parce que vous voulez goûter enfin à la joie de la résurrection de Jésus, vous voulez qu’elle vous entraine dans sa victoire sur toute forme de mort. Notre Dame de Laghet, écoute nos prières !