12 avril : 2° dimanche de Pâques : dimanche de la miséricorde. Voir ceux qui ont vu doit suffire pour croire !

Par Père Roger Hébert

Pour méditer avec vous sur l’Evangile d’aujourd’hui, je suis obligé de revenir à l’Evangile de dimanche dernier et au commentaire que j’en avais fait. Rappelez-vous nous avions trois personnes qui étaient mises en présence du tombeau vide, tombeau dont était sorti Jésus par sa résurrection. Et chacune a eu un regard particulier. Marie-Madeleine, arrivée la 1° avait juste constaté que la lourde pierre qui devait fermer le tombeau avait été roulée ; elle n’était pas entrée mais s’était fait un film, scénario catastrophe : on a enlevé le corps du Seigneur. Pierre a bien peiné pour parvenir au tombeau et, lui, il voit les linges disposés d’une manière très mystérieuse et le texte nous dit qu’il échafaude toute une théorie. Jean, lui, quand il entre, il voit, la même chose que Pierre, mais lui, il ne se fabrique ni film, ni théorie, l’Evangile nous dit : il vit et il crut. Et j’avais expliqué que c’était peut-être pour le féliciter que Jésus, en rejoignant les apôtres, 8 jours plus tard, à la demande de Thomas, qui n’était pas là le 1° soir, Jésus avait dit : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! 

En effet, je le redis, à propos de Jean, il est écrit, qu’entré dans le tombeau, il vit et il crut. Or, qu’est-ce qu’il a vu ? Rien ou presque rien : juste des linges disposés de manière étonnante. En tout cas, il ne voit pas Jésus qui se serait fait reconnaitre pour faciliter sa démarche de foi. Du coup, si mon hypothèse est juste, si c’est en pensant à Jean, si c’est pour le féliciter en contrepoint de l’attitude de Thomas, que Jésus prononce ces paroles : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Alors, il me semble que, sans trahir la parole de Jésus, on pourrait la comprendre ainsi : heureux ceux qui sont capables de croire à partir de ce qu’ils ont vu, même quand ce qu’ils ont vu pourrait être considéré comme presque rien par certains. Jean est entré, il a vu presque rien et il a cru, Heureux ceux qui croient sans avoir vu ou du moins Heureux ceux qui sont capables de croire à partir de ce qu’ils ont vu.

De cette manière, il me semble qu’on comprend mieux le reproche que Jésus fait à Thomas. Ce pauvre Thomas, il n’était pas là, le soir de la résurrection quand Jésus avait rejoint ses disciples pour se manifester à eux afin qu’ils puissent fermement croire que la mort n’avait pas eu raison de lui, que le Père l’avait ressuscité, comme point d’orgue de sa vie donnée jusqu’au bout dans l’amour. Les autres ont vu, pour eux, il était vraiment plus facile de croire, même si Jean, lui, n’avait pas eu besoin de voir pour croire ; oui mais, Jean, il s’est toujours comporté comme un 1° de classe au sein de ce groupe des apôtres. Thomas n’a pas vu, alors on aurait envie de le défendre auprès de Jésus en lui disant : c’est normal qu’il ait plus de difficultés à croire. Ça nous arrange toujours de défendre Thomas, parce que ça nous permet de justifier nos propres lenteurs, nos propres difficultés à croire. D’où ce fameux : moi, je suis comme St Thomas, je ne crois que ce que je vois ! Oui, mais on a beau défendre Thomas, Jésus n’en démord pas : Heureux ceux qui croient sans avoir vu !

Et puis, si on réfléchit bien, Thomas, on ne peut pas dire qu’il n’a rien vu puisque, quand il est revenu au cénacle, il a vu ceux qui avaient vu Jésus ! Et ça n’a pas dû être rien de voir leurs visages de les entendre parler. Alors, oui, c’est pour cela que je traduis le reproche de Jésus par ces mots : Heureux ceux qui sont capables de croire à partir de ce qu’ils ont vu ! De voir ceux qui avaient vu Jésus, ça aurait dû suffire à Thomas parce que j’imagine qu’ils ne ressemblaient plus du tout à ceux qu’il avait laissés au moment où il s’était absenté. J’oserais presque dire que leurs visages transfigurés portaient comme les stigmates, mais des stigmates positifs, de Celui qu’ils avaient vu.

Pour vous aider à mieux comprendre, je voudrais vous raconter une partie de l’histoire de l’apparition de la Vierge à Pontmain, je ne sais pas si vous connaissez. Je passe sur de nombreux détails que vous pourrez chercher parce que cette histoire est très belle. En tout cas, la Vierge apparait un soir dans le ciel de Pontmain comme une réponse à la prière du curé de Pontmain. Mais lui, il ne la voit pas, ni les adultes qui finissent par se regrouper devant cette grange où des enfants avaient commencé à la voir. Et leur visage avait été tellement saisissant que les parents puis tous ceux qui passaient n’avaient aucun doute sur la réalité de l’apparition, même, si eux, les adultes, le curé, les religieuses ne la voyait pas. Ils voyaient ceux qui voyaient et ça leur suffisait pour croire ! Et le clou, c’est quand une maman est arrivée portant son bébé de quelques mois, tout de suite son visage s’est transformé et il montrait le ciel du doigt, il voyait, lui aussi !

Tous les adultes, déjà bien convaincus, voyant, en plus, ce bébé qui voyait, n’ont eu plus aucun doute. Eh bien, Thomas, en voyant les apôtres qui avaient vu, aurait dû, comme plus tard, les habitants de Pontmain, n’avoir aucun doute sur la vérité de ce que les apôtres disaient quand ils lui partageaient leur joie en disant : Nous avons vu le Seigneur ! Thomas n’aurait pas dû avoir besoin de plus, de voir et même de toucher ; voir ceux qui avaient vu aurait dû lui suffire. Heureux ceux qui sont capables de croire à partir de ce qu’ils ont vu ! 

Du coup, vous me voyez venir, et je terminerai par-là ! Est-ce que ceux qui doutent, quand ils nous rencontrent, peuvent voir des personnes qui ont vu ? Est-ce que nous portons sur nos visages les stigmates positifs de ce que nous avons vu ? Alors peut-être que certains sont en train de se dire : mais, moi, je n’ai rien vu ! Si c’est le cas je vous plains ! Rassurez-vous, je n’ai jamais eu de vision ! Mais ce que Thomas réclamait de voir, je l’ai vu et même touché du doigt ! Thomas demandait à voir et même à toucher les stigmates laissés par les clous et la lance, autrement dit, il demandait à voir les traces indélébiles de l’amour miséricordieux de Jésus qui a vécu tout cela pour lui, pour le sauver. Eh bien, moi, j’ai déjà eu beaucoup d’occasions de voir et j’oserais même dire de toucher du doigt les marques de la miséricorde infinie du Seigneur pour moi. Je le vis à chaque fois que je vais me confesser et que j’entends le Seigneur me dire, par l’intermédiaire d’un confrère : je te pardonne tous tes péchés !

En ce dimanche si particulier, je vous souhaite de refaire encore l’expérience de la miséricorde du Seigneur pour vous, de toucher du doigt combien il vous aime. Et alors ceux qui vous verront, ceux qui nous verront, verront ceux qui ont vu et ça leur suffira pour désirer faire la même expérience.

C’est la grâce que je demande par l’intercession de Notre Dame de Laghet.