25 décembre : Noël, messe du jour. Il s’est fait petit pour que tu n’aies plus peur que ta petitesse soit un obstacle pour L’accueillir !

Par Père Roger Hébert

Je ne sais pas si vous vous couchez tous les soirs en étant totalement satisfaits de ce que vous avez fait dans la journée, totalement satisfaits de ce que vous avez été dans la journée. Moi, ce n’est pas le cas tous les soirs, je vois tellement ce que j’aurais pu mieux faire, les personnes que j’aurais pu mieux accueillir, les encouragements que j’aurais pu mieux prodiguer. Dans ces moments-là, j’aime me rappeler une phrase que j’avais lue : Dieu n’habite pas nos journées idéales, il habite nos journées réelles.

On peut dire que cette phrase résume admirablement bien le sens de cette fête de Noël. Quand St Jean proclame : Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. C’est bien ce qu’il veut nous faire comprendre : en Jésus, Dieu ne s’incarne pas dans un monde idéal i dans une vie rêvée, non ! Il est venu partager la vie des hommes de son temps qui, comme nous, n’étaient pas tous des lumières, à un moment de l’histoire où la vie avait été rendue très difficile à cause de l’occupation romaine. Et d’ailleurs, quand St Jean dit : Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, pour respecter vraiment le grec, il faudrait traduire : Le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous. Cette expression qui pourrait nous sembler bizarre est un clin d’œil à ce qui s’était passé dans le désert, après la libération d’Egypte, où Dieu a accompagné son peuple dans la traversée du désert en habitant sous une tente, la tente de la rencontre.

Noël n’est pas un beau conte pour enfants racontant seulement l’histoire d’un enfant couché dans une mangeoire. Noël, c’est l’histoire d’un Dieu qui, en Jésus, choisit de planter sa tente parmi nous pour nous accompagner dans toutes les traversées de nos déserts. Et, à certains moments de nos vies, les déserts ne manquent pas ! Désert de la mésentente dans un couple, désert dans l’éducation des enfants qui connaissent de graves problèmes, désert relationnels faits de solitude, désert des fins de mois difficiles, désert des échecs professionnels ou affectifs et tant d’autres encore ! Saint Jean, en utilisant cette expression, le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous, veut donc nous dire que le Seigneur a choisi de venir comme un pauvre pour tous les pauvres, pour qu’aucune de nos pauvretés nous fassent imaginer que, tels que nous sommes, le Seigneur ne peut venir chez nous.

D’ailleurs, St Jean rajoute que Jésus est venu comme la Lumière qui brille dans les ténèbres. Il ne dit pas que Jésus est la lumière qui brille au-dessus des ténèbres, ou à côté, non ! Il brille dans les ténèbres. Et il rajoute même cette phrase bouleversante : Cette lumière qu’est Jésus, les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. N’allons jamais croire que nos traversées du désert, nos passages à vide, nos moments de ténèbres repoussent Jésus. Oh non ! C’est même l’inverse : Jésus est la Lumière qui brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. On pourrait même dire, les ténèbres ont attiré sa lumière pour que sa présence les rende moins insupportables. La Lumière de la présence de Jésus n’attend pas que tout soit clean en nous ! Elle n’attend pas que nous soyons parfaitement prêts, que nous ayons réglé tous nos problèmes, supprimer toutes nos médiocrités. La lumière de la présence de Jésus, elle est venue dans le désordre de l’étable de Bethléem, dans la nuit, dans le froid, dans la pauvreté. Alors, jamais le désordre dans nos vies, nos ténèbres, notre froideur, notre pauvreté, qu’elle qu’en soit la nature le repousseront. Le Seigneur ne demande pas que tout soit rangé en nous pour planter sa tente dans nos cœurs, il demande seulement que nous soyons ouverts.

Saint Jean dit encore : À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. Être enfant de Dieu, ce n’est pas avoir une foi héroïque, sans failles, sans doute, sans faux pas, c’est se savoir accueilli, voulu, aimé de manière inconditionnelle. Un enfant n’a pas besoin d’être parfait pour être porté dans les bras de son père ; il a seulement besoin de se laisser prendre. La bonne nouvelle de Noël, c’est que, si Dieu a choisi de se faire si petit, c’est pour que personne ne puisse dire : ce n’est pas pour moi, c’est trop grand et moi je suis si petit. Mais c’est pour te rejoindre que Dieu a décidé de se faire petit, c’est pour que sa grandeur ne t’écrase pas. Noël est pour chacun de nous, pour toi, là où tu es, là où tu en es, comme tu es. Une seule question t’est posée : acceptes-tu que ton cœur devienne comme une crèche pour que le Seigneur vienne y établir sa demeure ?

Evidemment, la Vierge Marie, que nous aimons tant prier dans ce sanctuaire, la mère de tous les pauvres, de tous ceux qui osent reconnaître leur pauvreté, est là pour t’encourager car elle n’a pas de plus grand désir pour toi que de te voir accueillir joyeusement son Fils bien-aimé. Elle te rassurera toujours en te redisant qu’au 1° Noël, elle a donné Jésus au monde dans une étable pour que personne ne puisse penser que son cœur n’est pas digne de l’accueillir. C’est à nous de décider si nous voulons que ce Noël soit un vrai Noël et pas seulement un doux souvenir folklorique. Ouvrons nos cœurs, car ça ne sera jamais fait une fois pour toutes, ouvrons nos cœurs et la lumière de la présence du Seigneur viendra les rendre, peu à peu, rayonnants. C’est ce que nous confions à l’intercession de Notre Dame de Laghet. Joyeux Noël à vous, vos familles et au monde entier.