7 juin : Sacré-Coeur de Jésus

Par Père Roger Hébert

Quelqu’un qui est super-bon en sport, on va dire de lui qu’il est un sacré champion. Un enfant particulièrement espiègle, on dira de lui que c’est un sacré numéro. Une personne qui fait divinement bien à manger, on dira que c’est un sacré cuisinier ou une sacrée cuisinière ! Eh bien moi, c’est dans cette ligne d’interprétation que je comprends les mots qui désignent cette fête. En effet, pour moi, le Sacré Cœur de Jésus, ce n’est pas un cœur avec 1000 auréoles le rendant totalement inaccessible, non ! Parler du Sacré-Cœur, c’est dire de Jésus ce qu’on dit de quelqu’un qui a tellement de talents que c’est un sacré champion. Oui, Jésus est champion de l’amour toutes catégories. En matière d’amour, il pulvérise tous les records, précisément parce qu’il a un sacré Cœur ! Il faut dire qu’il a de qui tenir : tel Père, tel Fils ! Ce petit dicton nous aide à comprendre la 1° lecture, tirée du prophète Osée, choisie pour cette fête du Sacré-Cœur.

Cette 1° lecture nous décrivait Dieu, j’ose utiliser cette expression, sous les traits d’un papa-poule ! Ce portait de Dieu que brosse le prophète Osée est tellement étonnant ! Le jeu de mots est facile mais c’est vrai qu’il est osé ce portait que brosse Osée. Rappelons-nous que dans le judaïsme, on avait un tel sens de la grandeur de Dieu qu’on ne prononçait jamais son nom. Et voilà qu’Osée nous le décrit sous les traits d’un papa qui apprend à marcher à son fils. Il en faut de la patience pour apprendre à marcher à un enfant. Il faut accepter de se casser le dos pour le tenir pas ses petits bras. Voilà qui est notre Dieu ! Et comme si ça ne suffisait pas, il est encore décrit comme celui qui soulève un nourrisson pour l’embrasser sur les joues. Oui, elle est bien vraie cette formule si belle qui dit que Dieu est un Père qui nous aime comme une mère. La suite du texte le prouve encore, quand le prophète nous dit que Dieu est comme incapable de punir, son cœur se retourne contre lui et c’est la miséricorde qui sera toujours prodiguée aux misérables que nous sommes.

Tel Père, tel Fils, disais-je, pas étonnant qu’avec un Père comme celui-là, Jésus ait un Sacré-Cœur !

Ce Sacré Cœur de Jésus, Paul, même s’il n’utilise pas l’expression, essaie d’en parler dans l’extrait de la lettre aux Ephésiens que nous avons lu dans la 2° lecture. Je dis qu’il essaie d’en parler car on sent bien que les mots lui paraissent trop faibles pour permettre aux chrétiens d’Ephèse de goûter à ce grand mystère d’amour. C’est pourquoi il parle de l’insondable richesse du Christ comme pour prévenir qu’aucun mot ne suffira à rendre compte de ce mystère d’amour qui est insondable, c’est-à-dire que c’est un puits sans fond ! Lui-même semble comme renversé devant tant d’amour, nous l’entendons bien à travers ces mots : je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. Tel Père, tel Fils voilà qui explique comment le Cœur de Jésus est ce puits d’amour sans fond dont on ne pourra jamais connaitre ni la largeur, ni la longueur, ni la hauteur, ni la profondeur, précisément parce que son amour est infini. Paul conclut en suggérant que seul l’amour infini du Cœur de Jésus de Jésus pourra répondre à notre désir infini d’amour : Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu.

Du coup, ne nous étonnons pas de ce que nous dit l’Evangile, quand le soldat a percé le cœur de Jésus avec sa lance, aussitôt, il en est sorti du sang et de l’eau. C’est absolument merveilleux d’entendre cela, ça signifie que, sur la croix, son cœur était encore rempli d’amour. Après tout ce que les hommes venaient de lui faire subir, son cœur aurait pu être vide parce que vidé à cause de la haine qui s’était déchainée contre lui. Mais non, son cœur est tellement plein d’amour que dès qu’il est transpercé, l’eau et le sang jaillissent. L’image est peut-être osée, mais elle est suggestive, sur la croix, Jésus perd les eaux comme une femme perd les eaux quand elle est prête à enfanter. Sur la Croix, Jésus enfante l’Eglise, preuve que son cœur est tellement rempli d’amour qu’il ne peut que donner la vie, une vie qu’il engendre aussi dans le sang, c’est-à-dire en étant allé jusqu’au bout du don de lui-même. Quelle puissance d’amour jaillit de ce Sacré-Cœur !

Dès lors, on comprend pourquoi, le pape Jean-Paul II a voulu faire de cette fête du Sacré-Cœur une journée de prière pour la sanctification des prêtres. Par tout leur ministère et particulièrement en offrant les sacrements, les prêtres doivent permettre à ceux qui leur ont été confiés d’être directement branchés sur le Sacré-Cœur du Seigneur.

St Vincent Depaul aimait dire : l’amour est imaginatif à l’infini. Eh bien, en cette fête du Sacré-Cœur, en cette journée de prière pour la sanctification des prêtres, demandons à Notre Dame de Laghet que l’Esprit-Saint inspire cette imagination à tous les pasteurs afin que tous ceux qui viennent se confier à leur ministère repartent avec cette certitude qu’ils sont aimés, sauvés parce que Jésus a versé son sang précieux pour eux. Demandons-lui aussi de permettre à tous les chrétiens de ne jamais manquer d’imagination pour savoir comment conduire au Cœur Sacré de Jésus celles et ceux qui leur demandent plus ou moins explicitement ce service fraternel.

Cœur Sacré de Jésus, rend nos cœurs et le cœur de tous tes prêtres semblables au tien !