8 juin: fête de Pentecôte: l’Esprit-Saint un cadeau à déballer de toute urgence !

Par Père Roger Hébert

Le jour de Pentecôte 1984, quand je me suis réveillé, je me suis dit : c’est aujourd’hui le grand jour ! C’est aujourd’hui que, par l’imposition des mains de mon évêque et le don du Saint-Esprit, je vais devenir prêtre. Oui, j’ai été ordonné à Ars, un jour de Pentecôte, mais c’était le 10 juin ! Croyez-vous que le matin du jour de Pentecôte de l’an 33, quand les apôtres se sont réveillés, ils se sont dit : ça y est, c’est le grand jour, nous allons recevoir le Saint-Esprit et nous pourrons ainsi devenir les témoins audacieux et ardents de Jésus ? Évidemment, non ! A l’Ascension, Jésus leur avait demandé de retourner à Jérusalem pour y attendre le don du Saint-Esprit. Mais il ne leur avait pas donné de date et il ne leur avait pas expliqué comment ça allait se passer et ce que le Saint-Esprit réaliserait, transformerait en eux.

Je n’y étais pas, mais on peut imaginer que lorsqu’ils se sont réveillés, ils s’apprêtaient à célébrer, de manière particulière, la fête traditionnelle de Pentecôte, qui était une fête du judaïsme, au cours de laquelle les croyants faisaient mémoire du don de la Loi au Sinaï. Avaient-ils prévu d’aller au Temple ? Avaient-ils prévu de rester au Cénacle et de faire une liturgie domestique ? Nous n’en savons rien. Ce qui est sûr, c’est que le Seigneur est venu tout bousculer en répandant largement son Esprit-Saint sur eux dans un scénario qui n’était pas sans rappeler ce qui s’était passé au Sinaï. En effet, au Sinaï, le Seigneur était descendu pour s’entretenir avec Moïse dans un feu, un peu comme au buisson ardent, mais de manière encore plus spectaculaire car toute la montagne était en feu et il y avait aussi des coups de tonnerre. Au cénacle, la lecture nous disait qu’il y avait eu aussi du bruit, du vent et du feu et ces manifestations ont dû étonner pour ne pas dire secouer les apôtres.

Peut-être n’ont-ils commencé à comprendre que lorsqu’ils ont vu ce feu se partageant en différentes langues et que chacune de ces langues de feu se posait sur eux. Là, ils ont vraiment dû réaliser que c’était enfin le don promis par Jésus qui les envahissait. Et ils n’ont plus eu de doute quand ils ont mesuré les effets de ces langues de feu posées sur chacun d’eux, parce que, chacun d’eux s’est senti totalement envahis par la puissance d’un feu d’amour qu’ils n’avaient jamais expérimenté jusque-là. Plus de doute, Jésus était en train d’accomplir sa promesse et c’était certainement bien plus grand, bien plus fort, bien meilleur que tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Désormais, pour eux et pour tous les chrétiens, à leur suite, lors de la fête de Pentecôte, il ne sera plus question de faire mémoire du don de la Loi, mais du don surabondant et si bienfaisant du Saint-Esprit.

Ceci dit, le fait que le Seigneur ait décidé d’envoyer le Saint-Esprit le jour de la fête de la Pentecôte juive n’est pas sans importance et ceci pour deux raisons au moins.

  • La 1° raison, c’est que Pentecôte est fêté 50 jours après Pâques, c’est d’ailleurs ce nombre de 50 qui a donné son nom à la fête. Le Seigneur a donc laissé 50 jours aux apôtres pour digérer tout ce qui s’était passé et se préparer à ce qui allait arriver. Dieu travaille toujours dans le temps, il nous laisse du temps, ne soyons donc pas trop impatients !
  • La 2° raison, c’est que, comme je l’ai dit, cette fête juive faisait mémoire du don de la Loi. La loi, elle avait été donnée pour aider l’homme à faire le bien, à refuser le mal, mais elle le faisait en s’imposant comme une contrainte extérieure. Le don de l’Esprit-Saint, venu en cette fête juive, manifestait que, désormais, l’homme ne serait plus poussé à faire le bien par une contrainte extérieure, mais par un désir intérieur. C’est la prophétie annoncée dans le livre de Jérémie qui s’accomplit : Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Jér 31,33 De fait, ceux qui ont vécu une expérience forte de la venue du Saint-Esprit en eux, les catéchumènes notamment, expliquent qu’ils se sont sentis poussés à aimer, à servir et qu’ils en ont été les 1° étonnés.

Mes amis, cet Esprit-Saint, nous l’avons reçu, nous aussi, nous en avons tous eu un acompte à notre baptême, puis il nous a été donné en plénitude à la confirmation et régulièrement, je l’espère, nous avons pu être revisités, envahis, relancés, réchauffés, restaurés par le feu de son amour. Mais le drame, c’est qu’il y a trop peu de chrétiens qui ont vraiment conscience d’être habités par cette force d’amour, il y en a tant d’autres qui ne sollicitent pas. C’est tellement dommage de constater que la plupart des chrétiens n’ont pas déballé le cadeau, l’immense cadeau du Saint-Esprit.

C’est dommage parce qu’ils se débattent trop seuls dans leurs difficultés ; ils galèrent, ils doutent, ils s’épuisent mais sans jamais faire appel à l’Esprit-Saint qui, pourtant, habite leur cœur et ne demande que de pouvoir déployer sa puissance dans leur faiblesse. La foi des chrétiens serait tellement plus puissante, notre témoignage serait tellement plus percutant, si nous comptions vraiment tous et tout le temps sur le Saint-Esprit.

Alors, parfois quand je dis cela, on me rétorque : mais vous ne croyez pas que c’est un peu trop facile ? On fait appel au Saint-Esprit et, hop, tout va mieux ! Eh bien, puisque c’est facile, raison de plus pour l’essayer ! Si je vous disais que, pour que le Saint-Esprit soit actif, il faut être capable de réciter la somme théologique de St Thomas en latin et en marchant sur les mains, je comprendrais que vous ne soyez pas tentés d’essayer. Mais c’est tellement plus simple avec le Saint-Esprit ! Il suffit de l’invoquer pour qu’il vienne à notre secours. Attention, ça ne veut pas dire qu’il va tout régler, comme par miracle, non ! Mais comme le dit St Paul, l’Esprit se joint à notre esprit (Rm 8,14) c’est-à-dire qu’il va agir, en nous éclairant, en nous fortifiant, en nous inspirant pour que nous puissions agir en faveur du bien, réagir contre le mal, sans nous décourager.

Dans la 2° lecture que je vous invite à méditer plus longuement aujourd’hui, Paul a insisté pour dire que, l’Esprit que nous avons reçu, c’est un Esprit qui fait nous des Fils. C’est-à-dire que l’Esprit nous transforme jour après jour pour que nous ressemblions chaque jour un peu plus au Fils unique, Jésus. Vous vous rendez compte comme le monde serait beau s’il n’y avait que des Jésus sur terre ? Eh bien, ça pourrait devenir possible si les chrétiens qui représentent déjà 2 milliards 200 millions de l’humanité vivaient plus de l’Esprit-Saint, car l’Esprit, sa mission, c’est de faire de nous des Fils, de nous configurer au Fils, Jésus. En cette fête de Pentecôte, c’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.