30 mars : 4° dimanche de carême : guérir nos regards pour ne pas confondre ce qui brille avec la lumière
Aujourd’hui, comme dimanche dernier, alors que nous sommes dans l’année C, les textes qui ont été lus sont ceux de l’année A. Je l’ai expliqué dimanche dernier, c’est ce que l’Eglise nous demande de faire quand il y a des catéchumènes qui vivront leurs scrutins. Il en sera encore ainsi dimanche prochain. Dimanche dernier, j’ai pris le temps d’expliquer ce qu’étaient les scrutins que vivaient les catéchumènes au cours des dimanches de carême. Je résume rapidement, le mot « scrutin » vient du latin « scrutinium » qui signifie « fouiller », « visiter. » C’est-à-dire qu’à l’approche de leur Baptême, Dieu veut continuer de visiter les cœurs de ces catéchumènes, les aider à fouiller dans le tréfond d’eux-mêmes pour qu’ils puissent faire advenir à la lumière ce qui ne serait encore pas très net afin de le purifier et de le guérir. Evidemment, nous tous qui les entourons, nous sommes invités à fouiller aussi en nous et à nous laisser visiter par la miséricorde du Seigneur.
La semaine dernière, avec l’Evangile de la Samaritaine, nous étions invités à débusquer les sources trompeuses auxquelles nous allons nous abreuver pour étancher notre soif d’amour infinie alors que c’est Dieu et Dieu, seul, qui peut répondre à cette soif infinie d’amour. Les lectures de ce dimanche nous invitent encore à fouiller en nous pour débusquer ce qui reste à purifier. Et clairement, ce dimanche, l’accent est mis sur tout ce qui est tordu dans notre regard.
A cet égard, l’épisode de Samuel devant donner l’onction au futur roi d’Israël est très instructif. Vous avez entendu, il se précipite vers Eliab qui était sans doute celui qui présentait le mieux dans cette famille. Mais Dieu lui donne une bonne leçon en lui disant : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Je pense que ni vous, ni moi, nous n’avons de mal à accueillir la leçon que dieu a donnée à Samuel. Il nous arrive encore si souvent de juger selon les apparences.
Je me rappelle, personnellement, la leçon reçue quand je faisais le chemin de Compostelle. Un jour, mon téléphone n’avait pas chargé dans la nuit et, le matin, alors que je marchais déjà, quand j’ai voulu m’en servir j’ai découvert le problème. J’ai prié en disant : Seigneur, permets-moi de rencontrer une bonne personne qui me fera entrer chez elle et m’autorisera à charger mon téléphone. A ce moment-là, alors qu’il n’y avait que 2 ou 3 maisons le long du chemin, arrive un homme qui rentre chez lui, mais voyant son look, j’ai dit : Seigneur, ça ne peut pas être lui que tu m’envoies et j’ai continué mon chemin ! Mais découvrant que j’entrais dans une zone désertique, j’ai fait demi-tour et j’ai sonné. L’homme est sorti, je lui ai expliqué mon problème, il m’a fait entrer et non seulement il m’a permis de recharger mon téléphone, mais il m’a fait une omelette et il est allé chercher avec sa voiture un ami rencontré sur le chemin qui s’était perdu et qui était découragé. Pardonne-moi Seigneur, j’ai été tellement stupide et je le suis encore si souvent quand je juge sur les apparences ! En fouillant bien comme nous y invite la célébration des scrutins, j’imagine que vous aussi, vous pourriez confesser avoir trop souvent jugé sur les apparences.
Ce sont bien de ces regards si mal ajustés, si loin de la manière dont Dieu nous regarde que Jésus veut nous guérir et c’est ce qui nous était dit dans l’Evangile.
Il a d’abord voulu guérir ses disciples qui, voyant cet homme handicapé, n’ont aucun regard de compassion puisqu’immédiatement, ils projettent sur lui l’interprétation horrible de la religion de l’époque : s’il en est là, c’est qu’il a péché, à moins que ça ne soit ses parents ! Jésus ne laissera pas passer cette réaction qui est tellement loin de sa manière à lui de voir cet homme. Il montre ainsi qu’il y a des aveuglements qui sont encore pires que le fait d’être aveugle ! Et, c’est vraiment étonnant de constater qu’avant même de guérir cet homme, Jésus a voulu guérir ses disciples. Il a voulu montrer que nul ne peut vivre en disciple s’il n’est pas guéri de sa manière de regarder les autres car, c’est bien vrai, un regard mal ajusté peut avoir tellement de conséquences désastreuses. Que de personnes souffrent aujourd’hui des regards qui sont posés sur eux, les personnes handicapées, les personnes migrantes, les personnes exclues qui finissent par douter de leur dignité puisqu’elles ne la voient dans aucun des regards stigmatisants qui se posent sur elles.
A l’inverse, Jésus, lui, quand il pose son regard sur une personne, tout de suite cette personne se sent respectée et aimée. La mère Térésa aimait dire à ses sœurs : ne laissez personne venir à vous et repartir sans être devenu meilleur ! Tous ceux qui ont croisé le regard de Jésus sont repartis en devenant meilleurs parce que ce regard a su réveiller en eux ce qu’il y avait de meilleur.
Cette guérison de notre regard nous permettra aussi de ne pas confondre tout ce qui brille avec la lumière. Nous n’avons pris que la lecture brève de l’Evangile mais dans la lecture complète, Jésus affirme : Je suis la lumière du monde et c’est cette Parole que les sœurs ont choisi d’illustrer dans le décor devant l’autel. Un des drames, c’est qu’aujourd’hui, beaucoup de gens sont attirés par ce qui brille et très peu cherchent la lumière. Il y a une explication, c’est que la lumière éclaire tout, y compris ce que nous aimerions tenir caché, ce dont nous ne sommes pas fiers. Mais dans ce qui brille et qui nous attire si souvent, la plupart du temps, il y a une escroquerie qui se cache. Choisissons plutôt Jésus, lumière du monde, en débusquant nos zones d’ombre, il nous permettra d’avoir une vie de plus en plus lumineuse, d’être de plus en plus rayonnants et nul doute que ça fera envie.
Chers catéchumènes, c’est sans doute parce qu’à un moment ou à un autre, vous avez senti le regard du Seigneur se poser sur vous que vous êtes là aujourd’hui. C’est parce que vous avez décidé de ne plus vous laisser séduire par ce qui brille que vous avez choisi de suivre Jésus, lumière du monde. Posez sur les autres, sur tous les autres ce même regard que Jésus a posé sur vous et vous réveillerez l’amour dans leur cœur. Rayonnez la lumière de Jésus qui a déjà commencé à inonder vos cœurs. C’est ainsi que vous encouragerez beaucoup d’autres à se lever, à leur tour, pour partir à la rencontre du Seigneur qui, seul, peut redonner sens à leur vie.
Merci de nous permettre, à nous tous qui vous entourons, en ce jour, de présenter à la miséricorde du Seigneur tous nos regards mal ajustés, toutes nos zones d’ombre. C’est la grâce qu’avec vous, nous demandons à Notre Dame de Laghet.



