1° février : 4° dimanche année A : Le secret du bonheur !

Par Père Roger Hébert

Je n’ai pas l’habitude de le faire, mais j’aimerais commencer mon homélie de manière inter-active, j’espère que vous allez jouer le jeu !

Je commence donc par poser une question : j’aimerais que tous ceux qui, parmi vous, ont envie d’être heureux, lèvent la mai … Merci, je vois qu’il y a pas mal de candidats !

Je pose maintenant une 2° question : j’aimerais que tous ceux qui, parmi vous, ont envie d’être pauvre, ont envie de pleurer, ont envie de connaître la faim et la soif, ont envie d’être persécutés et autres réjouissances semblables lèvent la main … Je vois qu’il y a moins de candidats !

Merci de vous être prêtés au jeu … je ne vous solliciterai plus jusqu’à la fin !

Je pense que vous avez tous compris pourquoi j’ai fait ce petit test. C’est bien évidemment en raison de cet Evangile des béatitudes dans lequel, justement, Jésus déclare heureux et même bienheureux ceux qui sont pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif, ceux qui sont persécutés. Le test nous fait tout de suite prendre conscience d’un grand décalage entre Jésus et nous : nous voulons tous être heureux, mais personne n’a envie de prendre le chemin que Jésus propose. Alors, peut-on être heureux en dehors du chemin que Jésus propose ? Le chemin du bonheur que Jésus propose est-il un chemin réservé à des personnes complètement déconnectées qui n’auraient déjà plus les pieds sur terre ? Essayons d’y voir plus clair et l’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de trouver le secret du Bonheur, ce bonheur auquel nous aspirons tous.

Pour comprendre ce que Jésus veut nous dire, pour mesurer la pertinence du secret du Bonheur que Jésus nous livre, je crois qu’il faut d’abord éviter un terrible contresens. Vous avez remarqué que chaque Béatitude est composée de deux parties et il ne faudrait pas passer trop vite pardessus la 2° partie qui donne sens à la première partie. Pour que ce soit clair, Jésus ne dit pas : Heureux ceux qui pleurent parce que c’est tellement génial de pleurer que ça vous rendra forcément heureux ! Non ! Il dit : Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. Autrement dit, ce qui rend heureux, ce n’est pas de pleurer mais de pouvoir être consolé quand on pleure. Et il en va de même pour toutes les béatitudes. Donc, vous avez plutôt bien fait de ne pas lever la main quand je demandais : qui parmi vous a envie de pleurer !

Et vous aurez peut-être remarqué que chaque béatitude est comme incomplète. Pour reprendre la même béatitude : Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. On a envie de demander : par qui seront-ils consolés ? De même pour ceux qui ont faim et soif, par qui seront-ils rassasiés ? Beaucoup de ces béatitudes sont au passif, si vous vous rappelez vos cours de grammaire à l’école, le vrai sujet d’un verbe passif, c’est le complément d’agent. Je serai instruit par un maitre. Le complément d’agent, c’est le maitre qui est le vrai sujet, c’est lui va m’instruire. Eh bien, dans aucune des béatitudes, quand elles sont à la forme passive, il n’y a de complément d’agent, donc de vrais sujets. Ça, c’est une tournure très fréquente dans la Bible, c’est ce qu’on appelle le « passif divin ». Le complément d’agent n’est pas nommé quand il est trop évident que c’est Dieu.

Ainsi donc, avec les deux précisions que je viens de donner, nous pouvons mieux comprendre ce texte des Béatitudes dans lequel Jésus nous livre le secret du Bonheur. Jésus ne nous invite pas au masochisme en nous imposant des situations très désagréables et en nous faisant croire que plus ce que nous vivrons sera difficile et nous fera mal plus nous serons heureux ! Non, ceux qui pleurent ne sont pas heureux parce qu’ils pleurent mais parce qu’ils seront consolés … et par qui seront-ils consolés ? Par Dieu lui-même et c’est cela qui les rendra heureux alors qu’ils pleurent sans doute pour de bonnes raisons.

En préparant cette homélie, quand j’ai écrit cette phrase immédiatement est remontée à ma mémoire cette histoire extraordinaire que j’aime citer du pape François s’arrêtant pour embrasser et consoler Vinicio, un homme défiguré par une maladie terrible, c’était le 6 novembre 2013. Si vous voulez relire on homélie en allant sur le site du sanctuaire, vous trouverez le lien pour voir la vidéo si émouvante de cette rencontre. (https://www.youtube.com/watch?v=frnDLYzDRF0)

S’il y a des médecins parmi vous, Vinicio souffrait d’une neurofibromitose de type 1, une maladie terrible qui fait que le corps est recouvert d’excroissances ressemblant à de grosses verrues. Vinicio en avait plein le visage, il était totalement défiguré à tel point que seule une de ses tantes acceptait de l’approcher et de l’embrasser. C’est elle qui l’a conduit à Rome espérant que le pape François s’arrêterait près de lui et c’est ce qu’il a fait. Voilà ce que Vinicio raconte : Je lui ai d’abord embrassé la main, pendant qu’avec l’autre main, il me caressait la tête et les plaies. Puis, il m’a attiré contre lui, en me serrant fort et en m’embrassant le visage. J’avais la tête contre sa poitrine, et ses bras m’enveloppaient. Et il me tenait serré, serré, comme s’il me câlinait, il ne se détachait plus. J’ai cherché à parler, à lui dire quelque chose, mais je n’ai pas réussi : l’émotion était trop forte. Cela a duré un peu plus d’une minute qui m’a paru une éternité. J’ai senti mon cœur sortir de mon corps. C’est comme si j’avais touché le ciel, comme si j’avais été au paradis. 

Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, Vinicio dû comprendre de manière fulgurante cette béatitude. Cette rencontre ne l’a pas guéri, mais, dans les bras du pape, il a été consolé et cette expérience a été tellement forte qu’il s’est cru au paradis alors que sa vie avait si souvent ressemblé à un enfer. Sa tante a témoigné que sa vie avait été transformée par cette expérience. Le bonheur de posséder, vous pouvez le perdre, le bonheur d’être en bonne santé ou de jouir d’une belle réputation, vous pouvez les perdre et tant d’autres bonheurs encore peuvent se perdre. Mais le bonheur d’être serré dans les bras du Seigneur, celui-là ne peut pas se perdre !

Seulement voilà, tout le monde n’a pas la chance de Vinicio, tout le monde ne peut pas être consolé dans les bras du pape ! Alors, le Seigneur nous demande : accepteras-tu d’être mes bras qui consolent ceux qui pleurent ? Accepteras-tu d’être mes mains qui nourrissent ceux qui ont faim ? Accepteras-tu d’être mon cœur qui encourage ceux qui souffrent ? Alors certains diront peut-être : et moi ? Qui s’occupera de moi ? Chacun peut légitimement demander de pouvoir trouver, quand il en aura besoin, quelqu’un qui le consolera au nom du Seigneur et en même temps, nous savons que le chemin le plus court pour être heureux, c’est de rendre les autres heureux.

Je ne dis rien des autres lectures, mais en les relisant, vous verrez vite qu’elles sont dans la même tonalité ! Alors, puisque nous avons mieux compris le secret du bonheur que Jésus nous a partagé, demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, la grâce d’en vivre.