15 août : Fête de l’Assomption … pourquoi cette fête a-t-elle tant de succès ?

Par Père Roger Hébert

Au cœur de l’été, chaque année revient cette fête du 15 août, fête de l’Assomption de la Vierge Marie, une fête qui connait un véritable succès : les églises sont très fréquentées, les processions sont très suivies et les sanctuaires, particulièrement les sanctuaires dédiés à la Vierge Marie, comme le nôtre, accueillent de nombreux pèlerins. Bien des personnes, qui ne sont pourtant pas des pratiquants très réguliers, ne rateraient pour rien au monde cette fête et nous sommes toujours très heureux d’accueillir ces personnes, en espérant que dans ce bain de foi annuel, ils entendent l’appel de la Vierge Marie à se plonger plus souvent dans l’amour bienfaisant du Seigneur.

Pour préparer cette homélie, je me suis interrogé sur les raisons du succès de cette fête et je voudrais donc vous partager ma réflexion. Bien sûr, on pourrait dire qu’en cette période, les gens ont plus de temps puisque cette fête tombe en plein milieu du temps des vacances ou du moins en plein milieu d’un temps moins stressant où les activités sont plus ralenties. Mais cette raison n’est pas suffisante pour expliquer le succès de la fête. J’en suis arrivé à la conclusion qu’il y avait deux raisons essentielles qui pouvaient expliquer ce succès.

La 1° raison, c’est que c’est une fête de la Vierge Marie et le peuple chrétien aime la Vierge Marie, cet amour est inscrit au plus profond de leur cœur. C’est assez étonnant de voir que des personnes qui ont perdu toute mémoire au point de ne plus reconnaître leurs proches, si vous commencez un « je vous salue Marie » à côté d’elles, elles le continuent avec vous ! Chaque année, un sanctuaire, comme le nôtre accueille des dizaines de milliers de personnes qui viennent pour confier à la Vierge Marie leurs difficultés, les difficultés de ceux qu’ils aiment. A l’entrée du cloitre, il y a cette belle icône de la Vierge Marie qui tient son manteau largement ouvert pour que viennent s’y réfugier tous ceux qui, dans leurs épreuves, ont besoin de trouver un abri sûr. Ceux qui s’arrêtent sont invités à écrire les noms de ceux qu’ils veulent placer à l’abri du manteau de protection de la Vierge et leurs noms, à eux aussi, bien sûr. La panière qui recueille ces papiers se remplit très vite avec des listes impressionnantes. Oui, le peuple chrétien aime la Vierge Marie, il se confie à elle facilement c’est sans doute pour cela que tant de personnes viennent honorer le 15 août Celle qu’ils sollicitent si souvent dans le reste de l’année.

Mais je crois qu’il y a une raison encore plus fondamentale même si elle n’est pas forcément consciente, même si les pèlerins du 15 août ne seraient peut-être pas capables de la formuler comme je vais la formuler et cette raison est directement liée au contenu de cette fête de l’Assomption. Certes, ce n’est que le 1° novembre 1950 que le pape Pie XII a officiellement promulgué le dogme qui proclame que Marie a été, à la fin de sa vie terrestre, élevée dans la gloire du ciel, nos seulement avec son âme mais aussi avec son corps. Si le dogme officiel est récent, le 15 août est célébré depuis le VII° siècle et même déjà bien avant, particulièrement dans les Eglises d’Orient. Pour l’Eglise, il a donc été clair, dès le début, que Dieu avait comme percé le ciel pour y accueillir la Vierge Marie, la plus belle de ses créatures. Et je crois que c’est justement ce « ciel percé », c’est-à-dire ouvert qui est à l’origine du succès de cette fête.

Nous avons besoin de savoir que le ciel est ouvert, qu’il reste ouvert parce qu’il me plait de penser que la Vierge Marie maintient cette ouverture depuis qu’elle y a été accueillie. Pourquoi avons-nous besoin de savoir que le ciel est ouvert, pourquoi cette fête de l’Assomption répond-elle comme à un besoin fondamental des hommes ? Eh bien, là encore, je dirai qu’il y a deux raisons.

  • La 1° raison, c’est que cette ouverture du ciel nous permet d’espérer. J’aime bien citer cette parole d’un philosophe qui n’est pourtant pas chrétien, Régis Debray, il dit : « Je vous préviens si vous ne faites pas un trou dans le plafond, vous allez asphyxier. Peu importe ce que vous y mettez, ce qui compte, c’est la bouche d’air. Vous n’échapperez pas à la verticale. » Il a profondément raison, un monde où le ciel n’existerait pas, un monde où le ciel serait fermé provoquerait une asphyxie.

Ceux qui, pendant l’année, vivent dans le train-train d’une vie très horizontale, très matérialiste, viennent à la messe le 15 août pour prendre une bouffée d’oxygène parce qu’ils sentent bien, même s’ils n’osent pas toujours se le dire, que leur vie autocentrée finit par leur faire manquer d’air. Comme le disait le philosophe avec ses mots à lui : ce qui compte, c’est la bouche d’air ! Si nous ne voulons pas tous mourir asphyxiés, nous ne pouvons pas nous passer de la verticale. Et c’est bien la possibilité que nous offre cette fête de l’Assomption.

  • La 2° raison pour laquelle cette fête de l’Assomption répond à un besoin fondamental, une question fondamentale des hommes, c’est que nous savons que nous allons tous mourir … j’espère que je ne vous l’apprends pas. Bien des gens cherchent à évacuer cette réalité de l’horizon de leur passé, mais régulièrement cette vérité nous revient en pleine face. Et cette réalité génère beaucoup d’angoisse en posant le sens même de la vie : à quoi bon tout ce qu’on fait, à quoi bon se démener si tout finit dans un trou qui est l’antichambre du néant ? La fête que nous célébrons aujourd’hui vient nous redire que le ciel existe, qu’il est ouvert et que la Vierge Marie maintient cette brèche ouverte pour que nous puissions y être accueillis. Vous savez une maman, quand elle a de grands enfants qui sortent le week-end, elle ne dort pas vraiment tant qu’elle n’a pas entendu le dernier rentrer, eh bien, notre Maman du ciel, elle est comme ça ! Tant que le dernier de ses enfants ne sera pas entré dans l’éternité bienheureuse de Dieu, elle ne sera pas tranquille ! Elle se tient à la porte du ciel, veillant à ce qu’elle reste bin ouverte pour qu’aucun de ses enfants ne restent dehors ! Comme il nous est bon, chaque année, de pouvoir le réentendre !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de graver en nos cœurs et même en nos esprits cette certitude de foi que le ciel est ouvert et que la Vierge Marie est à la porte qui nous attend.