15 février : 6° dimanche ordinaire : Si tu veux, tu peux … Faut voir !
Il en a de bonnes Ben Sira, vous avez entendu ce qu’il a dit : Si tu le veux, tu peux observer les commandements ! Ce genre de paroles a tendance à me mettre en colère parce qu’on connait bien ce que disent les forts : si tu veux, tu peux ! Quand on veut, on peut ! Oui, ça c’est un bon slogan pour les adjudants de la légion étrangère qui veulent pousser à bout les jeunes recrues pour voir ce qu’elles ont dans le ventre. Mais dans la vie, ça ne marche pas ou, du moins, ça ne marche pas toujours et ça peut même décourager pas mal de personnes. Quand on veut, on peut ! Non, ce n’est pas vrai ! Toutes les personnes qui ont fait une dépression ou un burn-out, toutes les personnes qui ont connu un gros passage à vide ne peuvent plus entendre ce genre de paroles. Comme quand on leur dit : secoue-toi ! Je lisais le témoignage d’une femme qui était tombée dans une dépression très grave et elle disait : secouez un prunier sec, ça m’étonnerait qu’il tombe des prunes ! Oui, il peut y avoir des moments où on se retrouve complètement à sec et il n’y a plus rien à secouer. Alors pourquoi Ben Sira dit-il : Si tu le veux, tu peux observer les commandements !
Pourquoi cette parole a-t-elle été retenue dans la Parole de Dieu alors qu’elle peut culpabiliser tant de personnes qui n’y arrivent pas ? Et, là, il semble inutile de compter sur Jésus pour récupérer l’affaire en adoucissant les propos, ce qu’il demande est encore plus compliqué à observer que les commandements ! Le commandement interdisait le meurtre, Jésus, lui, il interdit aussi la colère, les insultes. Le commandement interdisait l’adultère, Jésus interdit et condamne tout regard qui n’est pas clair. Les paroles de Jésus sont encore plus dures que les commandements ! Comment fait-on pour se sortir de cette impasse ?
D’abord, je voudrais dire que Jésus a eu raison de faire l’éloge de la Loi en disant qu’il n’était pas venu l’abolir. Parce que la loi, donnée par Dieu sur le Sinaï, les 10 commandements ou mieux, les 10 Paroles de vie ont permis aux hommes de faire une véritable avancée dans l’humanisation de la vie et des rapports humains. C’est tellement vrai que, de manière générale, la plupart de ces préceptes de sagesse ont été repris par l’ensemble des civilisations pour que ce ne soit plus la loi de la jungle qui fasse loi ! Oui, mais il n’en reste pas moins vrai que, même si la loi est bonne, elle est difficile à respecter. J’ai beau vouloir faire le bien et rejeter le mal, je n’y arrive pas toujours. C’est l’aveu que fait St Paul, aveu dans lequel nous pouvons tous nous reconnaitre : le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas assez souvent et le mal que je ne voudrais pas faire, je le fais trop souvent ! Rm 7,19. Alors Ben Sira peut repasser avec son affirmation : Si tu le veux, tu peux observer les commandements ! Comme j’aime le dire, la chanteuse Annie Cordy était sûrement plus près de la vérité quand elle nous faisait reprendre en cœur son célèbre refrain : j’voudrais bien, mais j’peux point !
Mais ne nous arrêtons pas à cette 1° phrase de Ben Sira, lisons aussi la 2° : il dépend de ton choix de rester fidèle. Cette 2° parole, elle nous oblige à nous interroger : d’accord, je n’arrive pas toujours à faire le bien, c’est une expérience que nous partageons tous, mais est-ce que je veux vraiment toujours le bien ? Parce que c’est sûr que si je ne veux pas faire le bien, si je ne choisis pas d’être dans la lumière, si je préfère le flou des compromissions, je ne parviendrai jamais au bien. Déjà que je n’y arrive pas toujours que je le veux, si je ne le veux pas, c’est foutu d’avance. Or, reconnaissons que nous ne voulons pas toujours le bien. Quand nous n’arrivons pas à faire le bien, le Seigneur nous regarde avec miséricorde, mais quand nous ne voulons pas le bien, quand, délibérément, nous nous entêtons à faire des choix qui nous tirent vers le bas, c’est plus compliqué. C’est pourquoi Ben Sira avait raison de dire en nous forçant à faire un examen de conscience sérieux : il dépend de ton choix de rester fidèle.
Très bien, nous comprenons qu’il faut déjà renoncer au mal, c’est fondamental pour vouloir le bien, pour choisir de le mettre en œuvre, mais comment on va s’en sortir puisque même en le voulant, on n’y arrive pas toujours ? Il y a une parole de St Augustin, le cher ami de notre pape qui peut nous aider à sortir du dilemme. Il disait : La loi a été donnée pour que soit recherchée la grâce et la grâce a été donnée pour que soit observée la Loi. Cantalamessa p. 157.
Reprenons cette parole pour mieux la comprendre. La loi a été donnée pour que soit recherchée la grâce. Oui, comme j’ai compris que la loi était bonne, mais que je n’arrive pas à l’accomplir, alors je demande la grâce, je demande que Dieu me donne la force et cette force porte un nom, c’est le Saint-Esprit. Mais quand j’ai reçu cette force, quand je suis habité par le Saint-Esprit, alors il me faut observer la loi puisqu’elle me conduit vers le bien. Belle formule, équilibre merveilleux ! La loi a été donnée pour que soit recherchée la grâce et la grâce a été donnée pour que soit observée la Loi. Oui, mais, vous pourriez me dire que nous sommes habités par le Saint-Esprit, que nous l’avons reçu à notre confirmation, alors, comment se fait-il que nous chantions encore comme des déprimés : j’voudrais bien, mais j’peux point ? Oui, nous l’avons reçu, mais vous savez, pour aller mieux, il ne suffit pas d’aller chercher un traitement à la pharmacie quand nous sommes malades. Même le plus puissant des traitements, tant qu’il reste dans sa boite sera inopérant ! Ah si seulement nous pouvions, à chaque fois que nous nous sentons dépassés, à chaque fois que nous sommes tentés, faire appel au Saint-Esprit, je suis sûr que nous ne tomberions pas.
Le Saint-Esprit est en nous, oui, mais il attend que nous le sollicitions, que nous le fassions travailler. Très franchement, combien de fois par jour vous arrive-t-il de faire appel au Saint-Esprit en l’appelant à l’aide ? Si on rajoute le Saint-Esprit, les paroles de Ben Sira sont parfaitement justes : si tu le veux, avec la force du Saint-Esprit, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. De la même façon, les paroles de Jésus dans l’Evangile, ne sont plus inatteignables si, conscients de notre pauvreté, de nos faiblesses, nous nous mettons à compter pour de bon sur le Saint-Esprit.
Que l’intercession de Notre Dame de Laghet, nous obtienne de pouvoir devenir, chaque jour, un peu plus, les amis du Saint-Esprit pour qu’il nous rappelle sans cesse que la loi a été donnée pour que soit recherchée la grâce et la grâce a été donnée pour que soit observée la Loi.



