17 décembre : 3° dimanche de l’Avent, année B

Par Père Roger Hébert

 

Ce 3° dimanche de l’Avent, dans l’Eglise, il a reçu un nom latin, c’est le dimanche du « gaudete » en bon français, ça donne « dimanche de la joie. » C’étaient les 1° mots de la 2° lecture : Frères, soyez toujours dans la joie ! Il y a, comme ça, deux dimanches dans l’année liturgique qui sont des invitations spécifiques à entrer dans la joie. Certes, tous les dimanches devraient être des jours de joie puisqu’ils nous permettent, dans la célébration de l’Eucharistie, de recueillir les fruits du mystère pascal. D’ailleurs, avant, on cherchait à manifester que le dimanche était la joie : on mettait ses habits du dimanche, on faisait un repas de dimanche, on avait un rythme de dimanche, sans travail. Hélas, aujourd’hui, tout cela est un peu passé de mode ! Heureusement, il reste quand même ces deux dimanches d’appel à une joie spécifique, 3° dimanche de l’Avent, dimanche du Gaudete et 4° dimanche de carême, dimanche du Laetare, dont la traduction est sensiblement la même.

Mais, très vite une question va se poser : sommes-nous disposés à entrer dans la joie ? Ce n’est pas évident de répondre ! La situation internationale ne nous conduit pas immédiatement à nous réjouir, la paix mondiale est menacée par tant de conflits dont certains très inquiétants, nous entendons cela tous les jours dans les infos. Les conséquences annoncées du réchauffement climatique ne nous plongent pas non plus dans la joie. La situation économique qui rapproche les fins de mois difficiles des débuts du mois n’arrange rien. Je termine ce sombre panorama en évoquant le climat de violence qui nous montre de jeunes ados prêts à trucider leurs amis et leurs profs. Je pourrais continuer encore un moment, mais j’arrête ! Avec tout ça, comment se réjouir ?

Eh bien, les lectures de ce dimanche apportent une bonne réponse à cette question et s’il fallait leur donner un titre, je choisirai celui-là : les secrets de la joie en temps de crise ! Chaque lecture, finalement, va nous livrer un certain nombre de secrets pour trouver la joie en temps de crise. Je ne pourrai pas tous les retenir ni les commenter, je vais vous partager ceux qui m’ont le plus nourri.

Commençons par la 1° lecture à la tonalité si joyeuse : Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Ces mots d’Isaïe ont inspiré le Magnificat de Marie que nous avons entendu en lieu et place du psaume. Pourtant, je peux vous certifier qu’au moment où Isaïe écrit ces paroles, ce n’est pas la joie. Je n’ai pas le temps de développer, mais nous sommes au retour de l’Exil et les déportés qui sont partis de la terrible déportation en chantant leur joie de retrouver le pays, sont arrivés en déchantant. Rien ne s’est passé comme ils l’avaient espéré. Alors nous comprenons que les paroles d’Isaïe vont nous aider à trouver les secrets pour vivre la joie en temps de crise. De ce texte, je retiendrai un grand secret qui sera le 1° secret à garder dans nos cœurs.

Le 1° secret correspond à la 1° partie du texte qui est une annonce du Messie. Le Messie, c’est Celui qui viendra au nom du Seigneur, qui aura reçu l’onction, c’est d’ailleurs le sens du mot Messie qui est un mot hébreu qu’on traduit en grec par le mot « Chrestos ou Christ » et en français par le mot « Oint », celui qui a reçu l’onction. Et sur lui repose l’Esprit du Seigneur qui le tournera vers les plus pauvres, les plus en difficulté pour, au nom du Seigneur, prendre leur cause en main, s’occuper d’eux. Voilà donc le 1° secret pour vivre la joie en temps de crise, c’est de savoir et plus que savoir, c’est croire que nous sommes dans la main du Seigneur. Même si les événements peuvent se déchainer contre nous, le Seigneur s’occupera de nous. Ça ne veut pas dire que tous nos problèmes vont se régler comme par un coup de baguette magique, mais le Seigneur ne nous laissera pas seul. Jésus a dû traverser les événements de la passion, Dieu n’a pas empêché que ça se passe et de manière si douloureuse pour Jésus, mais il lui a envoyé un ange à Gethsémani pour le soutenir dans sa lutte. Relisons notre vie et nous verrons que, mystérieusement, le Seigneur nous a souvent envoyés des anges chargés de nous soutenir dans les pires moments que nous avions à traverser. C’est un frère, une sœur qui se retrouve sur notre chemin juste quand nous n’en pouvions plus et qui nous fait le sourire qui nous réconforte, qui nous dit la Parole que nous avions besoin d’entendre, qui nous rend le service dont nous avions besoin pour nous relancer dans l’espérance. 1° secret de la joie en temps de crise, c’est donc cette certitude de foi que nous ne serons jamais seuls pour traverser les épreuves de la vie.

Ce 1° secret, il est bien résumé par un chant qui a emprunté sa mélodie au judaïsme : Mets ta joie dans le Seigneur, compte sur lui et tu verras, il agira et t’accordera plus que les désirs de ton cœur. Oui, si tu ne sais trouver la joie que lorsque tu réussis, que lorsque tu gagnes, tu auras parfois des jours, des mois, des années bien tristes à vivre. Mais si tu sais mettre ta joie dans le Seigneur, alors rien, ni personne ne pourra te ravir cette joie.

Le 2° secret pour vivre la joie en temps de crise, il nous est donné par la 2° lecture. En fait, c’est bien plus qu’un secret qui nous est donné, puisque cette lecture après avoir commencé par une invitation à être TOUJOURS dans la joie va livrer une énumération de secrets qui nous permettront de rester TOUJOURS dans la joie, j’en ai compté 10 je les relis rapidement, c’est tellement fort !

  • priez sans relâche,
  • rendez grâce en toute circonstance :
  • N’éteignez pas l’Esprit,
  • ne méprisez pas les prophéties,
  • mais discernez la valeur de toute chose :
  • ce qui est bien, gardez-le ;
  • éloignez-vous de toute espèce de mal.
  • Laissez-vous sanctifier, tout entiers par le Dieu de la paix
  • que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche
  • Le 10° et dernier, c’est sans doute celui qui pourrait résumer tous les autres : Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera. Cet ultime secret renvoie au 1° que j’ai développé précédemment. Il s’agit de nourrir cette certitude de foi que Dieu est fidèle, que jamais il ne nous laissera tomber.

Le dernier secret que je veux souligner pour devenir capables de vivre la joie en temps de crise, je le tire de l’Evangile, de l’attitude de Jean-Baptiste. Ce texte, il nous donne la définition parfaite ou mieux le portrait du témoin authentique. Les juifs veulent savoir qui est Jean-Baptiste parce qu’il a un succès qui étonne tout le monde. Ce qu’il annonce n’est pas facile à faire et pourtant les foules se mettent à courir après lui, il attire de plus en plus de monde. Alors on en vient à se demander s’il ne serait pas le Messie, le Sauveur promis par Dieu, annoncé par Isaïe. Et vous avez entendu, à chaque question posée, Jean-Baptiste répond : non ! Il aurait pu tirer la couverture à lui, chercher à profiter de son succès, mais il n’en fait rien. Il se contente de sa mission de témoin, le texte le disait très bien : Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. 

Le secret de la joie, de la vraie joie, il est donc là : être des témoins, ne pas se prendre pour la lumière, mais conduire à la lumière ! Je crois que nous pouvons simplement vous le partager, c’est le secret de notre joie, ici, à nous l’équipe des chapelains et des sœurs qui animons le sanctuaire de Laghet. Ce qui nous tient dans la joie alors que les journées sont souvent à rallonge, alors qu’au moment où l’on pensait avoir un moment de libre, une sollicitation arrive, alors que de lourds imprévus peuvent être à gérer quotidiennement, c’est d’être là pour vous, pour vous conduire à Jésus. Rien ne nous met plus dans la joie que ces partages de foi que nous pouvons avoir dans lesquels vous nous dites comment ce lieu et les personnes qui l’animent vous aident à vous rapprocher de Jésus, à vivre de lui et à devenir, à votre tour, des témoins pour conduire ceux de votre entourage à Jésus et ainsi connaître, à votre tour, de vraies grandes joies. Car, Jésus qui est venu, il y a 2000 ans, veut encore venir accomplir son œuvre de Salut dans tous les cœurs.

Alors, pour terminer, j’ai envie de vous demander un service, si un jour, vous voyez une sœur ou un chapelain dont la joie ne se lit plus sur le visage, demandez-lui un service de foi, demandez-lui de vous aider à vous approcher un peu plus de Jésus, c’est cela qui ranimera la joie dans son cœur. Que Notre Dame de Laghet veuille bien exaucer cette demande que je lui adresse et qu’elle nous aide à mettre en œuvre tous ces secrets pour vivre la joie en temps de crise.