22 octobre : 29° dimanche ordinaire

Par Père Roger Hébert

 

En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode. C’est par ces mots que commençait l’Evangile et à travers ces quelques mots, on peut sentir une ambiance vraiment dramatique. Avec vous, pour vous, je voudrais réfléchir au drame que représentent ces pièges tendus à Jésus de manière si récurrente, au drame que représente cette coalition qui tend ce piège à Jésus et enfin regarder comment Jésus réagit à ce piège tendu.

Commençons par le piège en lui-même et le drame qu’il représente. Régulièrement ce sont les pharisiens, les docteurs de la loi, les scribes, les prêtres, bref les responsables religieux, qui tendent un piège à Jésus, là, nous le verrons, la coalition du mal est élargie. Mais retenons d’abord le drame que représente cette attitude des responsales religieux qui tendent un piège à Jésus. Ils ont en face d’eux l’Envoyé de Dieu, mieux le Fils de Dieu, Celui dont St Jean nous dit qu’il était tourné vers le Père, contemplant la face du Père éternel. C’est lui que les responsables religieux ont en face d’eux et eux qui sont chargés de guider le peuple dans son chemin de foi, ils ne trouvent rien de mieux à faire que de chercher comment lui tendre des pièges. Quel drame ! Au lieu d’apprendre de Lui qui a tout appris du Père céleste, ils cherchent à lui tendre un piège pour le faire tomber, pour le discréditer parce qu’il ne dit pas ce que, eux, aimeraient entendre, il ne dit pas ce qui pourrait conforter leur discours dominateur. Quel orgueil et quelle suffisance !

On comprend qu’il ne comprenne pas tout ce que Jésus dise, ça vient tellement les bousculer, bousculer tout ce qui se disait sur Dieu. Mais quand on ne comprend pas, on cherche à comprendre, on accepte de se remettre en question, on ne se lance pas, tête baissée, dans une critique apriori ! Tout cela pourrait rester le triste rappel d’un passé douloureux si le scénario ne se rejouait pas de manière assez permanente dans l’Eglise. Les critiques, les pièges ne manquent pas, ils sont lancés aux responsables d’Eglise, parfois par d’autres responsables et c’est bien triste surtout quand ils ont une grande notoriété. Est-ce à dire que tout le monde doit avoir le doigt sur la couture du pantalon et qu’aucune opinion divergente ne puisse s’exprimer ? Evidemment non, et c’est bien pour cela que le pape François a lancé ce synode au titre un peu compliqué : synodalité sur la synodalité. En grec, syn-odos, ça signifie faire un chemin ensemble. Autrement dit, le pape voudrait que l’Eglise ressemble à un pèlerinage que l’on fait à pied, donc un pèlerinage dans lequel on prend son temps de se parler. Et vous savez, dans un pèlerinage tout le monde est mélangé, les ministres ordonnés, les religieux et religieuses et les laïcs, faire un pèlerinage ensemble, c’est toujours vivre une joyeuse fraternité. Forcément, quand on marche ensemble, on parle, on échange et les avis peuvent diverger, mais comme je parle avec des frères et sœurs, je cherche à comprendre pourquoi leur opinion est différente et quelle part de vérité elle comporte qui devrait m’obliger à bouger mes positions. C’est cela une aventure synodale, c’est beaucoup plus constructif que des pièges tendus des tribunes dans la presse !

Je l’ai dit, ce sont les responsables religieux qui tendent des pièges à Jésus, mais, là, la coalition s’est élargie. D’abord vous aurez remarqué que les pharisiens ne sont pas très courageux puisqu’ils ne vont pas, eux-mêmes, voir Jésus mais ils envoient leurs disciples. Et à leurs disciples, ils mêlent les partisans d’Hérode. Quelle coalition hétéroclite ! En effet les pharisiens ne pouvaient pas voir Hérode et ses partisans et la réciproque était également vraie. La lignée des Hérode car ils ont été plusieurs de la même famille à se succéder, était une lignée de rois de pacotille qui n’étaient pas de vrais juifs et qui ne régnaient qu’avec le soutien de l’occupant, et ce soutien, ils devaient le payer par une soumission sans faille à la politique de l’occupant. On comprend qu’ils représentaient tout ce que les juifs pieux, purs pouvaient le plus détester. Eh bien, pour faire tomber Jésus, pour le discréditer, pour le faire taire et même mourir, tous les moyens sont bons, les pharisiens vont s’acoquiner avec leurs pires ennemis, on retrouvera cette coalition maléfique au moment du procès de Jésus ! Quel drame ! On voit bien l’œuvre du Malin derrière ces coalitions, le père du mensonge est prêt à tout pour s’opposer à Jésus qui est la Vérité, il parvient même à unir les forces de ceux qui se détestent. A chaque fois que l’unité se fait contre quelqu’un, on peut être sûr qu’elle sera une unité de façade, obtenue par des compromis quand ce ne sont pas des compromissions. Et vous aurez remarqué qu’ils viennent tous voir Jésus en commençant à l’encenser par une série de compliments, comme pour mieux l’endormir. Comme Jésus, restons toujours prudents vis-à-vis de ceux qui nous encensent trop !

Et le piège tendu à Jésus à travers la question posée est redoutable : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Si Jésus dit Oui, il aura contre lui tous ceux qui sont contre l’occupation romaine et qui paient cet impôt à regret, d’autant plus qu’ils doivent le payer avec la monnaie romaine, cette monnaie qu’ils ont en horreur et dont ils interdisent l’utilisation à l’intérieur du Temple. S’il dit non, il risque d’être arrêté par l’occupant qui estimera qu’il encourage la population à se rebeller et à se libérer. Le piège est donc terrible parce que quelle que soit sa réponse, il est perdu !

Maintenant, voyons donc comment Jésus réagit face au piège qui lui est tendu. Avec la perversité de cette question, on comprendrait que Jésus aie pu chercher à s’en sortir en dénonçant le caractère hétéroclite de la coalition qui cherchait à le piéger, il aurait pu ridiculiser ses adversaires en leur montrant toutes leurs contradictions et les invitant à les régler avant de lui poser une question. En un mot, il aurait pu facilement les ridiculiser, les mettre KO sans avoir à répondre ! Nous, c’est souvent ainsi que nous agissons, mais ce n’est pas ainsi que Jésus va agir car il est venu pour sauver tous les hommes, même ses détracteurs, même ceux qui cherchent à le faire tomber. En agissant ainsi, Jésus va pouvoir déployer une merveilleuse catéchèse que nous n’aurions pas eue s’il avait humilié ses adversaires en les renvoyant à leurs propres contradictions. Jésus a toujours cherché à faire grandir ceux qui venaient à lui qu’ils viennent pour l’écouter ou le piéger. C’est pour cela qu’on disait de lui qu’il parlait avec autorité. Autorité vient du latin « augere » qui signifie faire grandir. Celui qui a une autorité dans l’Eglise, dans la société, dans la famille, il reçoit, par cette autorité, la mission de faire grandir ceux qui lui sont confiés pas de les écraser ! Nous aurions tous intérêts à nous mettre à l’école de Jésus pour apprendre comment faire grandir tous ceux qui nous confiés, même ceux qui nous mettent des bâtons dans les roues.

Pour faire grandir ses auditeurs comme ses détracteurs, Jésus va donc utiliser comme parabole une pièce d’argent, l’objet même du conflit puisque c’est avec cette pièce qu’il faut payer l’impôt. Mais il ne faudrait pas comprendre de manière tordue la réponse de Jésus. En disant : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, Jésus ne veut pas dire qu’il faut trouver un équilibre entre ce qui revient à la société et ce qui revient à Dieu. S’il en était ainsi, comment faire le partage ? 50/50, la moitié de ma vie regarde Dieu et pas l’autre moitié ? Ou alors  2/3-1/3 ? Mais à qui va la plus grosse part ? Non, ça ne va pas car il ne peut pas y avoir des secteurs de ma vie que je refuserai de mettre sous le regard de Dieu. Certains estiment que les affaires sont les affaires et que la religion, c’est la religion, Dieu n’a pas à mettre son nez dans la manière dont on fait des affaires. Et c’est comme ça qu’on a construit un monde de la finance qui devient un ogre complètement fou, dévorant tous les hommes qui l’approchent de près ou de loin. Quand nous refusons de mettre toute notre vie sous le regard bienveillant de Dieu, il y a des passions qui vont devenir des bêtes fauves rapidement indomptables. Quand Jésus dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » je suis donc persuadé qu’il ne nous donne pas une règle de partage qui laisserait entendre que le domaine spirituel concerne Dieu et que le domaine temporel ne le concerne pas. Alors que veut-il dire ?

Pour le comprendre, on peut utiliser une image simple : quand un chien est perdu, on regarde s’il a une médaille sur son collier indiquant le nom du propriétaire. Eh bien, c’est ce que Jésus fait avec cette pièce de monnaie. Puisqu’il y a l’effigie de l’empereur sur les pièces de monnaie, il est normal qu’une partie de cet argent lui revienne, la leçon est claire : l’impôt est juste, chercher à s’y soustraire, c’est profondément injuste ! Mais Jésus veut élever le débat, il le déplace pour le mettre là où il y a un véritable enjeu. Puisqu’il y a son effigie sur la pièce, la monnaie doit retourner à l’empereur. Mais alors, nous, avons-nous déjà réalisé que Dieu a laissé son empreinte en nous ? Puisque nous avons été créés à l’image de Dieu, cela signifie que Dieu a imprimé sa marque en nous. Quand un animal est perdu, on regarde son tatouage pour retrouver son propriétaire. Nous, c’est donc à Dieu que nous appartenons puisque c’est son effigie qu’il a gravé dans notre cœur. Un chien perdu, on peut retrouver son maitre grâce à sa médaille, il y a tant de nos frères qui sont perdus, aidons-les à retrouver leur maître en leur permettant de découvrir que Dieu a imprimé la marque de son amour en eux.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la force de vivre en cohérence avec notre identité profonde et demandons la grâce d’aider nos frères à retrouver leur identité profonde.

ions qui nous dépassent.