24 décembre : messe de la nuit de Noël : la lumière de l’espérance !
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, quand nous entendons ces mots du prophète Isaïe que la 1° lecture a fait retentir pour nous en cette nuit de Noël, nous dressons l’oreille immédiatement ! En effet, nous pourrions croire que ces mots ont été écrits pour nous, aujourd’hui ! Je ne veux pas faire une énumération exhaustive de toutes les situations déprimantes qui nous plongent dans les ténèbres et que tant d’hommes et de femmes vivent de manière encore plus forte que nous de par le monde. Mais, en cette nuit si particulière, comment ne pas penser à tous ceux qui sont dans une angoisse permanente en raison de la guerre, de la violence aveugle, du manque de liberté civile et religieuse, de la sous-alimentation, de la maladie, du deuil, de la solitude et de tant d’autres fléaux. Et, même si la plupart d’entre nous, nous sommes relativement protégés, il reste que l’avenir incertain de notre monde nous inquiète.
Alors, oui, nous dressons l’oreille en entendant : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Parce que, pour ne pas laisser les ténèbres du doute, du pessimisme l’emporter dans nos cœurs, de lumière, nous en avons tous besoin ! Tout au long de cette année jubilaire qui va se refermer dans quelques jours pour nous au sanctuaire de Laghet, en vivant la démarche qui était proposée, nous sommes venus chercher la lumière de l’espérance. Je signale que vous avez encore jusqu’au 4 janvier pour faire cette démarche et recevoir la grâce jubilaire, alors profitez-en ! Mais, cette lumière de l’espérance, que promettait déjà le Seigneur dans les paroles d’Isaïe, je pense que nous l’avons tous compris, elle est une petite lumière bien fragile.
D’ailleurs la suite du texte vient le confirmer en annonçant que cette lumière de l’espérance qui va briser les ténèbres dans lesquels ce peuple est pris comme en étau, cette lumière, elle est apportée par un petit enfant. Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! C’est donc lui qui apporte la lumière de l’espérance, mais qu’y a-t-il de plus fragile qu’un enfant ? D’autant plus que nous savons comment a été accomplie la promesse avec la naissance de Jésus dont l’Evangile de Luc que nous avons entendu rappelait les circonstances. Dieu est venu tellement discrètement que la plupart des hommes sont passés à côté de l’événement qui va pourtant bouleverser l’histoire au point que croyants et non-croyants se sont mis à compter les années à partir de cet événement ! La lumière de l’espérance est venue, apportée par la naissance d’un enfant, arrivant au monde dans l’anonymat le plus complet et le dénuement le plus total.
Je crois que tout cela nous aide à comprendre encore mieux le message de l’année jubilaire que nous avons vécue. Vous connaissez la parole que le pape François avait choisi de mettre en exergue pour ce jubilé : l’espérance ne déçoit pas ! Oui, mais en entendant cette parole, certains pourraient rester sceptiques, notamment tous ceux dont le lot quotidien se trouve résumé dans les situations angoissantes que j’évoquais au début de l’homélie. Ils auraient peut-être envie de dire : l’Espérance ne déçoit pas, mon œil ! Oui, comment peut-on dire cela à tous ceux qui ne savent même pas si eux, leurs enfants, seront encore en vie demain ? Comment dire cela à ceux qui sont tellement au fond du trou que chaque matin, ils se demandent à quoi bon se lever ?
Ce que nous méditons en cette nuit de Noël, nous fait comprendre que l’espérance n’agit pas, comme nous l’aimerions tant, à la manière de la boite d’épinard de Popeye, donnant immédiatement une force qui renverse tous les obstacles ! Ce Noël nous le redit, l’espérance est cette lumière fragile que l’enfant de la crèche nous confie. D’ailleurs la Parole du jubilé ne se contentait pas de dire que l’espérance ne déçoit pas, elle allait plus loin, reprenant la totalité de la citation de l’épitre aux Romains : l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Rm 5,5. Avec ces paroles nous comprenons mieux comment le Seigneur va nous établir dans l’espérance : en remplissant nos cœurs d’amour.
Est-ce que vous vous rendez compte de ce que pourrait devenir le monde si tous les cœurs se laissaient remplir d’amour ? C’est sûr, il n’y aurait plus de guerre, de famine, de violence, de solitude. Certes, il y aurait encore la maladie, le deuil, mais plus personne ne serait seul pour vivre ces situations et la recherche médicale avancerait vite puisqu’il n’y aurait plus d’armes à acheter !
C’est donc bien vrai l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs. Et cet amour, c’est justement l’enfant de Bethléem qui est venu l’apporter, accomplissant parfaitement tout ce qu’Isaïe laissait entendre, étant revêtu de toutes les qualités annoncées par la prophétie. Ne vous étonnez pas si St Paul dit que l’amour est répandu dans les cœurs par le Saint Esprit et si, moi, je dis que c’est l’enfant de Bethléem qui l’apporte. Il n’y a aucune contradiction car un Père de l’Eglise, Saint Athanase, disait, avec ses mots à lui ce que je retranscris avec mes mots à moi, que si le Fils éternel s’est fait homme, c’est pour nous donner le Saint-Esprit. Dans la nuit de Bethléem, l’amour a donc bien été répandu dans nos cœurs, Dieu n’a pas raté son coup !
Mais alors, pourquoi ça ne marche pas mieux ? Pourquoi le monde n’est-il pas un monde de paix, un monde de frères ? La veillée que nous avons vécue avant la messe nous apportait la réponse. Nous avons médité sur 3 grandes conversions ou plutôt illuminations qui ont eu lieu la nuit de Noël : Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, le père Antoine Chevrier et Paul Claudel. Depuis l’enseignement donné aux vêpres, la semaine dernière, par la mère Abbesse de Castagniers, nous savons que nous aurions pu rajouter Saint Bernard qui dans sa jeunesse a vécu, lui aussi une conversion-illumination dans la nuit de Noël.
Je reprends celle du père Chevrier, notamment pour ceux qui n’étaient pas à la veillée. Le père Chevrier, un prêtre lyonnais, qui exerçait son ministère au 19° siècle dans un quartier extrêmement pauvre de Lyon, médite devant la crèche et il se dit à peu près ceci : on affirme que, par la venue au monde de Jésus, l’amour a été répandu dans les cœurs, mais moi, qu’est-ce que je constate ? Rien n’a changé, les pauvres sont toujours plus pauvres ! De ce constat douloureux, il n’en tire pas la conclusion que la venue de Jésus a été comme un coup d’épée dans l’eau, non ! Il se dit : puisqu’il est venu répandre l’amour, cet amour je veux l’accueillir dans mon cœur, je veux même qu’il n’y ait plus que son amour dans mon cœur pour que je puisse le propager. Et c’est ce qu’il a fait !
Si nous, aussi, à la suite du père Chevrier et de tant d’autres, nous décidons d’ouvrir nos cœurs à Jésus venu répandre l’amour, si nous nous décidons à le suivre de plus près, alors, comme le souhaitait Paul dans la lettre à Tite, nous deviendrons ce peuple ardent à faire le bien et la lumière l’emportera sur toutes ténèbres ! C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet. Joyeux Noël à toutes et à tous !



