24 décembre : 4° dimanche de l’Avent, année B

Par Père Roger Hébert

 

Grâce à l’Evangile d’aujourd’hui, ce sont deux prières que nous disons quotidiennement, et même plusieurs fois par jour, dont l’origine et la signification se trouvent éclairées. Vous l’aurez compris, je veux, bien, sûr, parler du Je Vous salue Marie et de l’Angelus. Puisque nous les prions si souvent, profitons de l’occasion que nous offre cet Evangile d’en approfondir la signification.

Commençons par l’Angelus qui est comme un résumé de cet Evangile et qui, 3 fois par jour, nous plonge au cœur de notre foi chrétienne en nous rappelant, qu’en Jésus, Dieu est venu chez nous, partager nos vies, pour que, nous, nous puissions partager éternellement sa vie. Comme le diront, un plus tard, les Pères de l’Eglise, chacun avec son génie propre en utilisant le langage particulier de sa culture : il s‘est fait ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’il est. Quelle belle formule qui dit tout en si peu de mots : il s‘est fait ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’il est. C’est-à-dire, le Fils de Dieu s’est fait homme pour que nous, les hommes, nous devenions Fils de Dieu. Voilà l’originalité de la Foi chrétienne. Etre chrétien, ce n’est pas d’abord bien s’aimer les uns les autres, ça, ce n’est pas propre au christianisme, toutes les religions le disent et tous les hommes de bonne volonté le pensent et essaient de le vivre ! Etre chrétien, c’est croire que Dieu, en Jésus, son Fils s’est fait homme pour que nous les hommes, nous puissions devenir ses enfants bien-aimés de Dieu.

C’est proprement inouï ! Toutes les religions avaient et continueront, plus ou moins, à inculquer une peur de Dieu qui comptabilise nos bonnes actions et nous fera payer cher nos égarements. Le christianisme est la seule religion qui nous dit que Dieu est un Père et que, nous, nous sommes ses enfants bien-aimés et que, s’il faut payer pour le mal, c’est Jésus qui a choisi de payer afin que le chemin qui conduit à pouvoir se blottir dans les bras du Père soit ouvert en permanence pour chaque être humain repentant. C’est proprement inouï !

C’est tellement inouï que, trois fois par jour, dans la prière de l’angelus, nous le rappelons : grâce au Oui de Marie qui a accepté d’être la servante du Seigneur, par la puissance du Saint-Esprit, le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Il a habité parmi nous, c’est bien plus grand que le projet de David que nous avons entendu dans la 1° lecture qui voulait que Dieu habite un temple. Non, ce que Dieu veut, c’est habiter le Temple de nos cœurs et c’est ce qu’il a fait, en Jésus. Oui le Fils de Dieu s’est fait homme pour que nous, les hommes, nous devenions Fils de Dieu.

Et alors, fort logiquement, la prière de l’Angelus se conclut par cette demande adressée à Marie : prie pour nous, Sainte Mère de Dieu, afin que nous soyons rendus dignes d’accueillir toutes ces promesses. La prière ne demande pas que nous devenions enfin dignes, elle demande que nous soyons rendus dignes, c’est-à-dire que la grâce opère en nous, ce qu’elle a opéré en Marie pour que nous menions une vie en cohérence avec notre identité de Filles et Fils de Dieu. Puisque, par Jésus, nous sommes devenus les enfants bien-aimés du Père, qu’avec la grâce de Dieu, nous nous engagions à mener une vie en cohérence avec cette identité. Dieu notre Père est amour, vivons dans l’Amour pour ne pas faire mentir le beau dicton qui dit : tel père, tel fils.

Ce n’est donc pas trop que de répéter 3 fois par jour cette prière de l’angelus pour qu’elle vienne nous aider à reprendre conscience de ce que nous sommes et, par conséquent, de ce que nous avons à vivre. Voilà, ça c’était pour la prière de l’Angelus ! Venons-en maintenant à la prière du Je vous salue Marie, que nous prions bien plus que 3 fois par jour ! Cette prière du Je vous salue Marie, les auteurs spirituels l’appellent la prière angélique car ce sont précisément les paroles de l’Ange à Marie qui l’ont inspirée. Je souligne donc que cette prière, comme le Notre Père, est une prière tirée des Ecritures et pas une prière inventée par des personnes ayant une dévotion mariale trop débordante. Comme Jésus nous a appris à nous tourner vers le Père en nous donnant les mots de la prière, là, c’est l’ange Gabriel qui nous donne les mots pour prier Marie en la mettant à sa juste place dans l’histoire du Salut. Prier Marie avec les mots de l’ange, tels que les Evangiles nous les ont rapportés, c’est l’assurance d’avoir une prière ajustée. Il faudrait beaucoup plus de temps que le temps d’une homélie pour en faire un commentaire sérieux. Je ne donne donc que quelques pistes

La prière, comme les paroles de l’ange, commence par une salutation bien particulière. Marie était une fille du peuple juif, on aurait pu attendre que l’ange la salue comme on se saluait dans le peuple juif en lui disant : shalom, sois dans la paix. Mais non, l’ange ne lui dit pas shalom, il utilise la salutation courante dans le peuple grec : réjouis-toi ! Vous pourriez me dire que c’est dommage que nous, dans la prière, nous disions « je vous salue Marie » alors que l’ange dit : réjouis-toi ! D’abord, aujourd’hui, souvent dans la formule où l’on tutoie Marie, nous disons réjouis-toi Marie. Mais peu importe puisque, je vous l’ai dit, ces mots reprennent la manière grecque de se saluer donc, « je vous salue Marie », c’est parfaitement juste. Mais j’insiste pour dire que ce n’est pas avec les mots des juifs que l’ange salue Marie, il utilise la coutume des grecs comme pour dire que, désormais, Marie sera la Mère universelle, que tous les hommes de tous les peuples, de toutes les cultures trouveront en elle la Mère qui les conduira à son Fils.

Ensuite, l’ange donne la raison profonde pour laquelle Marie peut se réjouir et pour laquelle nous pouvons nous tourner vers elle : elle est « pleine de grâce ». Là encore ce mot de grâce mériterait de longs développements, mais plutôt que de l’examiner en détail, je veux retenir le fait que l’ange souligne qu’elle est PLEINE de grâce. Elle est tellement comblée de grâce, cet amour si bienfaisant du Seigneur, que cette grâce déborde. Et voilà pourquoi nous la prions, voilà pourquoi nous nous approchons d’elle, c’est pour recueillir le débordement de l’amour gracieux et graciant du Seigneur qui jaillit de son cœur.

Et pourquoi donc la grâce l’emplit totalement au point de déborder ? L’ange va répondre à cette question en disant que c’est parce que le Seigneur est avec elle. C’est la présence du Seigneur en elle qui produit cela. Et, comme, Marie a été préservée du péché, elle ne met aucun obstacle à cette présence du Seigneur en elle. Marie ne fait pas comme nous, elle ne dit pas au Seigneur, je t’ouvre telle et telle porte de mon cœur mais il y en a d’autres que je n’ouvre pas parce que je veux continuer dans tel et tel domaine à diriger ma vie comme je l’entends ! Non, tout est ouvert à la présence du Seigneur dans le cœur et le corps de Marie, alors le Seigneur peut donner toute sa mesure en elle. Nous parfois, nous avons peur d’ouvrir trop grand nos cœurs à la présence du Seigneur, nous avons peur qu’il nous prenne tout et qu’il ne nous reste rien ! Mais la vie de Marie nous montre qu’il n’en est rien ! Quand nous laissons toute la place à Dieu, parce qu’il est amour, c’est l’amour qui nous emplit, un amour trop grand pour nos petits cœurs et nous ne pouvons donc que le laisser déborder puisque nous ne pouvons le contenir ! Voilà donc pourquoi nous prions Marie, pourquoi nous nous approchons de Marie, c’est pour recueillir le débordement de la grâce, de l’amour bienfaisant de Dieu. Reconnaissons que nous qui sommes si pauvres en amour, parfois même si radins, nous avons bien besoin de recueillir ce débordement qui jaillit du cœur tout ouvert de Marie.

La suite de la prière u Je vous salue Marie n’est plus directement inspirée par les paroles de l’ange mais par celles d’Elisabeth, lors de la visitation, je ne vais donc pas les commenter même si elles ne manquent pas de saveur et vous comprenez bien qu’elles restent tirées des Ecritures. Enfin, la prière se termine par une invocation à Marie qui synthétise la foi de l’Eglise définie au cours des siècles, elle est Mère de Dieu et, première parmi les saints et saintes, elle passe tout son ciel à faire du bien sur la terre en priant pour nous, en intercédant pour nous qui ne sommes que de pauvres pécheurs. Et nous pouvons être sûrs qu’elle est et sera à nos côtés à ces deux moments les plus décisifs de notre vie : maintenant et à l’heure de notre mort !

Que Notre Dame de Laghet nous obtienne cette grande grâce de pouvoir habiter un peu mieux les mots de notre prière pour qu’ils nous conduisent à faire toujours plus de place à Jésus. Car son grand désir, c’est que nous puissions accueillir Jésus qu’elle nous tend comme le montre la statue que nous avons sous les yeux. Elle veut que, à sa suite, le Seigneur soit toujours avec nous et que ce soit la raison profonde de notre joie. Cette joie, elle a éclaté dans la nuit de Bethléem et elle envahit le cœur de tous ceux qui accueillent Jésus et qui lui font une vraie place.