Dans la liturgie, les prêtres agissent, comme le dit une formule latine, « in persona Christi » c’est-à-dire qu’ils agissent au nom du Christ, comme les représentants du Christ, c’est-à-dire ceux qui rendent présents le Christ. Ils ne le font pas parce qu’ils seraient meilleurs que les laïcs ni même plus saints, ils le font parce qu’ils y ont été appelés par l’Eglise et que, par leur ordination, ils ont été configurés au Christ prêtre.

C’est pour cela que, dans la lecture de la passion, ce sont eux qui prêtent leur voix à Jésus en lisant toutes les paroles que prononce Jésus. Et alors, l’année où nous lisons la passion dans l’Evangile de St Marc, c’est-à-dire cette année, comme toutes les années B, le prêtre est celui qui a le moins de texte à lire ! Et, comme ce prêtre, qui a si peu lu, doit aussi préparer l’homélie, son attention est forcément attirée par ce fait : Pourquoi Jésus parle-t-il si peu dans l’Evangile de Marc ? Et, même, pourquoi Jésus ne parle plus du tout à partir de la question posée par Pilate, sinon pour prononcer l’ultime parole sur la croix, parole étonnante sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir au cours de l’office de vendredi en début d’après-midi ?

Puisque la lecture de la passion a été longue, il faut que l’homélie soit courte ! Je propose donc de donner une réponse qui ne retienne que l’essentiel. Jésus ne dit pas grand-chose et même, très vite, il ne dira plus rien parce qu’il veut manifester que, dans sa passion, ce ne sont pas les paroles qui seront les plus importantes.

En effet, ce dimanche, nous l’appelons, comme dans un raccourci, dimanche des Rameaux, mais la liturgie lui a donné un nom plus développé : dimanche des Rameaux et de la passion. C’est pour cela que nous avons lu le récit de la passion. Or, avez-vous déjà réfléchi au sens de ce mot « passion » ? Dans le cadre de la semaine sainte, le mot passion évoque toutes les souffrances endurées par Jésus sur lesquelles nous méditerons plus particulièrement jeudi dans la nuit et vendredi. Mais dans le langage habituel, le mot passion, il évoque plutôt ce que nous aimons. Pour certains, leur passion, c’est la natation, pour d’autres le bricolage et il y en a tant d’autres !

C’est donc très significatif que le même mot désigne à la fois les souffrances de Jésus et ce que noua aimons. C’est-à-dire que Jésus a choisi de nous aimer avec passion en acceptant sa passion, c’est-à-dire en acceptant de souffrir. Et c’est grâce à cet amour vécu jusqu’au bout que nous avons été sauvés. Ce ne sont pas les souffrances de la passion, seules, qui nous sauvent mais la passion avec laquelle Jésus nous a aimés dans les souffrances qu’on lui a fait subir.

Or nous le savons, l’amour, l’amour vrai, il ne se dit pas uniquement dans des mots, ni même d’abord dans des mots, mais dans des actes. C’est pour cela que Jésus dira : il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Jn 15,13. Jésus n’a pas dit que l’amour se prouverait par la beauté des mots qu’on sera capable de prononcer. Non ! Il a dit que l’amour se prouvait en actes, par le don de soi, un don sans limite. Eh bien, voilà pourquoi Jésus parle si peu au cours de la passion dans l’Evangile de Marc. Bien sûr, il faudrait expliquer pourquoi c’est la particularité de l’Evangile de Marc, mais, dans le cadre d’une homélie courte, je n’ai pas le temps de le faire ! Retenons que ce silence ou quasi-silence de Jésus nous rend plus attentifs à ce qu’il fait. Et ce qu’il fait, dans sa passion, c’est justement de nous offrir la plus belle preuve de son amour en donnant sa vie pour nous.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce d’ouvrir nos cœurs pour recueillir la puissance d’amour contenue dans ce don afin que nous devenions, nous-mêmes, capables de prouver notre amour, au Seigneur et aux autres, non pas d’abord dans des mots mais dans des actes.