28 septembre : 26° dimanche du temps ordinaire : Bien fait pour lui !

Par Père Roger Hébert

Quand on entend ce texte d’Evangile, on retrouverait presque un de nos mauvais réflexes d’enfant. Je suis à peu près sûr que ça vous est arrivé, comme ça m’est arrivé d’ailleurs ! Un autre enfant vous a fait du mal ou vous a pris quelque chose qui vous appartenait, vous lui avez couru après et en cherchant à courir très vite, il tombe, la réaction est immédiate : bien fait pour toi ! Très honnêtement, avez-vous eu beaucoup de compassion pour le riche de la parabole qui, à la fin de sa vie, s’est retrouvé dans de sales draps ? N’avez-vous pas senti monté en vous ce : bien fait ! Comme vous êtes bien élevés et que vous êtes dans un sanctuaire, vous avez sûrement cherché à le réprimer en vous disant : ça ne se fait pas d’avoir de telles pensées … mais il vous est peut-être venu un moment à l’esprit ce bien-fait !

Alors, Jésus aurait-il raconté cette histoire pour nous déculpabiliser à chaque fois que nous avons envie de dire « bien-fait » à celui qui semble puni par ce qu’on appelle une justice immanente, c’est-à-dire qui paie cash ses mauvaises actions ? Ou encore, en punissant ce riche par une éternité de supplices, Dieu serait-il du côté de ceux qui sont sans pitié à l’égard de tous ceux qui font le mal en leur disant, comme nous : bien-fait pour toi ? Evidemment, non ! Jésus n’a pas raconté cette histoire pour nous dire que Dieu serait un peu comme nous, car Dieu n’est pas comme nous ! Jésus n’a pas raconté non plus cette histoire pour nous décrire l’au-delà et nous faire peur.

Quand on lit une parabole, les spécialistes des Ecritures nous invitent à chercher la pointe de cette parabole. Une parabole, c’est un peu comme une fable, pas tout à fait, mais ça ressemble quand même et, quand on apprenait par cœur les fables de La Fontaine, on nous expliquait que toute la fable était au service de la leçon finale. Pour le corbeau et le renard, la leçon c’était : Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ; pour le lièvre et la tortue : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Alors quelle est la pointe de cette parabole ? Qu’est-ce que Jésus a voulu nous faire comprendre en racontant cette parabole, quelle est la pointe de cette parabole ?

Eh bien, je crois que Jésus veut nous rendre être vigilants quant à notre manière de vivre en attirant notre attention sur les conséquences de nos actes car tous nos actes ont des conséquences. Ce riche, en soi, il n’était pas mauvais, il n’a jamais fait de mal à Lazare, mais son problème, c’est qu’il n’a jamais vraiment fait de bien. Il y a des gens, comme ça, qui se vanterait presque en disant : moi, je n’ai jamais fait de mal, ils veulent parler de mal très grave. Oui, mais la seule question qui mérite de leur être posée, la seule question que le Seigneur nous posera quand nous arriverons devant lui, ça ne sera pas : n’as-tu pas fait de mal ? Mais ça sera : as-tu fait du bien ? As-tu ouvert les yeux sur ceux qui t’entouraient en ne te préoccupant pas seulement de ceux qui étaient dans ton 1° cercle de relations ? As-tu osé porter un regard sur ceux qui vivent quotidiennement dans de grandes difficultés, as-tu cherché à recueillir des informations ? Ton cœur a-t-il été ouvert et compatissant ?

Ce riche, son grand péché, c’est de ne jamais avoir ouvert les yeux sur ce qui se passait à deux pas de chez lui, là où le pauvre Lazare s’était réfugié, espérant de temps en temps que les poubelles du riche déborderaient pour pouvoir se nourrir et espérant sûrement encore plus que quelqu’un s’intéresserait à lui, pourrait lui adresser un sourire, une parole pour le sortir de sa solitude infernale encore plus terrible à vivre que sa pauvreté. Mais, le texte nous dit qu’il n’y avait que des chiens pour s’intéresser à lui et lui faire du bien en léchant ses plaies. Voilà à quel drame conduit l’égoïsme

Et Jésus explique que, fort logiquement, les barrières que le riche avait dressé autour de sa maison pour que rien ni personne ne vienne troubler sa quiétude, pour ne jamais avoir mauvaise conscience quand il faisait bombance avec les siens, ces barrières, elles se sont transformées en gouffre infernal dans l’au-delà.

Mais là, la parabole nous dérange quand même un peu. En effet, ce riche, il semblerait que son cœur s’ouvre enfin dans l’au-delà, il se met à penser aux autres, à ses frères à qui il veut éviter de subir un tel sort. Mais à regarder le texte de près il n’y a pas de véritable conversion, en tout cas, il n’y a aucune expression de repentir.

A aucun moment, il ne se tourne vers Lazare pour lui parler enfin, pour lui demander pardon. Il ne parle qu’à Abraham, le seul qui lui semble à sa hauteur et, comble de tout, il donne des ordres pour que Lazare vienne lui apporter à boire, il est toujours dans le surplomb, pas dans l’humilité. Si Lazare existe enfin, pour ce riche, il ne peut exister que comme boy à son service ! Et quand il pense aux autres, il ne pense pas à tous les riches à tous ceux qui font du mal et qui auraient besoin de se convertir, il pense juste ses frères ! Décidément, il reste dans l’égoïsme, il ne manifeste aucun repentir, aucune vraie conversion et c’est ainsi qu’il empêchera la miséricorde de Dieu de s’exercer à son égard. Car Dieu est toujours prêt à faire miséricorde à ceux qui ouvrent leur cœur … oui, mais voilà, ce qui ouvre un cœur à la miséricorde, c’est un repentir sincère, la capacité de pleurer sur les conséquences de nos actes mauvais.

Oui, Jésus a raconté cette parabole pour nous dire l’importance de nos actes qui ont toujours des conséquences sur nous et sur les autres, conséquences positives ou dramatiques. L’insouciance de ce riche a conduit Lazare à vivre une vie qui ressemblait à un enfer et son égoïsme était tellement ancré en lui qu’il n’a même pas pu imaginer qu’il pourrait s’en libérer dans l’au-delà. La leçon est donc claire, c’est ici et maintenant qu’il nous faut décider de vivre en frères pour que notre égoïsme ne nous sclérose pas et ne nous fasse pas passer à côté de l’essentiel de la vie qui consiste à partager gratuitement l’amour que nous avons reçu gratuitement.

Certes, nous pourrions reconnaître que, naturellement, comme marque du péché originel, nous avons propension à l’égoïsme qui remonte très loin, à notre enfance où nous ne faisions pas que dire : bien-fait, nous disions aussi : moi d’abord ! Mais la grâce, toujours offerte peut nous aider à inverser la vapeur. La grâce peut rendre possible ce qui serait impossible si nous ne pouvions compter que sur nos pauvres forces. St Vincent Depaul que nous avons fêté hier aimait dire : l’amour est imaginatif à l’infini. Seigneur, dans cette Eucharistie, que nos cœurs s’ouvrent largement pour que nous nous laissions envahir par ton amour qui nous rendra imaginatifs à l’infini pour faire le bien ! C’est bien cette grâce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.