28 décembre : Fête de la Sainte Famille : En s’incarnant, le Seigneur n’a pas choisi de traverser l’existence en Rolls-Royce climatisée !

Par Père Roger Hébert

Célébrer la Sainte Famille, au cœur de l’Octave de Noël, c’est une invitation, pour nous, à voir comment cette fête va nous aider à approfondir encore le mystère de l’Incarnation, célébré à Noël. En effet, vous savez que la fête de Noël, comme celle de Pâques, d’ailleurs, est suivie de ce qu’on appelle une Octave. C’est-à-dire que le mystère célébré est tellement grand que nous avons besoin de 8 jours pour déballer le cadeau ! Je crois qu’il nous faut vraiment vivre cette fête de la Sainte Famille dans cette perspective, c’est-à-dire qu’elle va nous aider à mieux entrer dans le mystère de l’Incarnation qui nous dit ce que les hommes n’auraient jamais pu imaginer, même s’ils le désiraient : En Jésus, Dieu est venu parmi nous, il a habité avec nous, il a totalement partagé nos vies, épousé notre humanité en tout, à l’exception du péché.

Du coup, je vous avoue que je n’aime pas les développements mielleux sur la Sainte Famille nous expliquant tout ce qui se passait entre eux, à Nazareth, alors que l’Evangile n’en dit rien ! Ces présentations, la plupart du temps, sont parfaitement déprimantes parce que, c’est sûr, aucune de nos familles ne pourra ressembler à cette famille composée du Fils de Dieu, lui-même, d’une mère sans péché et d’un père au cœur parfaitement ajusté à Dieu. Mais, je le redis, si l’Eglise nous propose de célébrer la Sainte Famille au cœur de l’Octave de Noël, ce n’est pas pour nous présenter un modèle inimitable, c’est pour nous aider à plonger au cœur du mystère de l’Incarnation, comprendre, un pu mieux, ce que ça signifie que Dieu soit venu épouser notre humanité. Pour cela, plutôt que d’imaginer la vie rêvée de cette sainte famille à Nazareth, je vous propose que nous nous en tenions à l’Evangile pour recueillir ce qu’il nous dit de la vie éprouvante de la Sainte Famille.

La vie de cette Sainte Famille a commencé avec la conception de Jésus, l’Ange vient annoncer la nouvelle à Marie puis à Joseph, c’est merveilleux ! Oui, sauf que ça ne correspondait sûrement pas à leurs projets et il va falloir faire le premier pas d’un réajustement au projet de Dieu. Ce premier pas, comme nous allons le voir sera suivi de tant d’autres !

Et ensuite, il va y avoir ce départ forcé pour Bethléem, à cause de cette décision absolument imprévisible de l’empereur qui ordonne de recenser la terre entière comme le précise St Luc. On peut penser que Joseph, travaillant le bois, avait achevé un joli berceau pour cet enfant hors du commun. Evidemment, ils ne peuvent rien emporter de tout ce qu’ils avaient préparé. Et à Bethléem, tout est plein ; oh, il reste sûrement de la place dans la salle commune du caravansérail, mais mesdames, vous vous imaginez accoucher au milieu de la place Massena ? Non, pas possible, il faut une certaine intimité, ça sera donc une étable … et personne qui est là, juste des bergers. Le Roi du monde arrive dans le plus parfait anonymat. Il faut une sacrée dose de foi pour croire que Dieu reste aux commandes !

D’autant plus que ce n’est pas fini ! Quelques jours après la naissance, juste après ce signe positif de la visite de sages venus d’Orient, il y a cette décision du tyran-fou qu’est Hérode de massacrer tous les premiers-nés. Au cas où la prédiction des mages serait vraie, Hérode veut nettoyer le terrain, il n’y aura pas d’autre Roi que lui ! C’est donc la fuite vers l’Egypte, la Sainte Famille vit la difficile condition des réfugiés qui partent sans rien, comptant uniquement sur le bon cœur des habitants du pays d’accueil.

Enfin, ils peuvent rentrer et vont passer des années tranquilles, partageant le quotidien de toutes les familles dans lesquelles les jours succèdent aux jours sans événements extraordinaires avec des jours de grande joie et des jours plus difficiles. La grande fête du pèlerinage de la Pâques se prépare, effervescence dans les maisons et particulièrement dans celle de la Sainte Famille puisque, cette année, Jésus a 12 ans, c’est le pèlerinage qui le fait basculer dans la maturité. Grande joie partagée, à n’en point douter ! Seulement au retour, la joie est vite oubliée, Jésus a disparu, vent de panique ! Finalement Marie et Joseph le retrouvent à Jérusalem dans le Temple, mais ce que Jésus leur dit pour justifier son choix de ne pas rentrer avec eux et de ne pas les en avoir prévenus les laisse absolument sans voix !

Mais pourquoi donc cette famille si bonne collectionne-t-elle les galères ?

D’autant plus que ce n’est pas fini ! Je vais aller plus vite pour continuer l’énumération afin ne pas trop allonger cette homélie. Mais comment ne pas évoquer les 30 ans de la vie cachée, 30 ans c’est long dans la vie d’un homme, surtout à l’époque ! Les parents ont dû se demander quand il allait enfin commencer sa mission. Et, enfin, quand il commence son ministère, rien ne semble se passer comme les prophètes l’avaient annoncé. Les plus grands succès de Jésus sont auprès d’une foule de traine-savates, par contre auprès des autorités tant religieuses que politiques, il ne rencontre que de l’opposition. Joseph finira par mourir, c’est ce qu’on pense puisqu’on n’en parle plus, mais on ne sait pas quand. Toujours est-il que cette famille a connu les grandes joies et les profonds chagrins que connaissent toutes les familles. Enfin, il y aura sa mort, il n’y a plus que sa mère qui est là avec une poignée de fidèles : quelle épreuve de le voir finir quasiment seul et si défiguré.

J’ai bien conscience que le portrait que je viens de faire ne ressemble pas beaucoup à celui que la littérature pieuse aime nous offrir. Je posais la question : mais pourquoi donc cette famille si bonne collectionne-t-elle les galères ? Eh bien, nous pouvons esquisser une double réponse :

  • Pour qu’aucune famille qui est en galère puisse penser qu’elle est abandonnée de Dieu, La Sainte Famille y est passée avant vous, elle peut vous tenir la main !
  • Et pour qu’aucune famille en galère, pensant à la Sainte Famille ne dise : oui, mais pour eux c’était facile ! Non, ça n’a pas été facile pour eux !

Dans les moments de grande détresse familiale, nous pouvons donc la prier, elle entendra forcément notre cri qui résonnera profond en elle puisqu’elle est passée par là. Dans le mystère de l’Incarnation, Dieu a épousé notre humanité en totalité, excepté le péché, mais il a aussi accepté d’épouser nos galères. En s’incarnant, notre Seigneur n’a pas choisi de traverser l’existence en Rolls-Royce climatisée ! Il n’a pas fait semblant ! Appuyons-nous sur cette proximité dans les moments trop difficiles pour nous. C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.