30 novembre : 1° dimanche de l’Avent année A … Noé, Tik Tok et un appel à se réveiller !

Par Père Roger Hébert

Si Tik Tok avait existé à l’époque de Noé, on peut facilement imaginer les vidéos qu’auraient posté les voisins de Noé quand il a commencé la construction de son arche ! Ils auraient sans doute parlé d’un vieux qui était devenu complètement cinglé ! Oui, parce que nous ne savons pas exactement quel âge avait Noé quand il a construit son arche, mais on sait qu’il avait 500 ans quand il a eu ses 3 fils. Bon, là, vous aurez compris que les rédacteurs de la Bible étaient un peu de Marseille ! Ce qu’ils voulaient dire, c’est que Noé était déjà âgé quand il a eu ses fils et encore plus quand il a commencé ce chantier titanesque. Parce que ce n’est pas une barque qu’il a construit, mais un véritable paquebot capable d’abriter un couple de chaque espèce d’animaux de la terre.  C’est pour cela que je disais que ses voisins auraient posté des vidéos disant que le vieux était devenu fou ! D’autant plus que les voisins, eux, ils ne passaient pas leur temps à travailler, ils savaient profiter de la vie : ils mangeaient, ils buvaient, les hommes se trouvaient des copines et les femmes des copains. Pourquoi donc Noé se donnait-il tant de peine ? Pourquoi ne faisait-il pas comme eux ?

Si Noé s’était attelé à cet énorme travail qu’était la construction de cette arche, ce n’était pas parce qu’il aurait eu une âme de bricoleur, c’est juste parce que Dieu lui avait fait une confidence ; il lui avait expliqué qu’il n’en pouvait plus du comportement des hommes parce qu’ils tournaient trop souvent le dos à ce que, lui, Dieu leur avait demandé, à ce qu’il avait comme projet quand il a créé le monde. Alors, Dieu n’en pouvait vraiment plus et cela, il l’avait partagé à Noé, lui expliquant que ça allait mal finir. Est-ce à dire que Dieu allait punir toute la terre en envoyant un terrible déluge qui engloutirait tout et tout le monde, sauf ceux qui auraient pu se réfugier dans l’arche ? Personnellement, j’aime bien expliquer le déluge, ces flots ininterrompus qui sont tombés du ciel, comme les larmes de Dieu. Parce que Dieu est infiniment grand, son chagrin est infini, ses larmes sont infinies. Il a tellement pleuré devant son projet créateur qui avait été saccagé, que ses larmes sont devenues un véritable déluge. Mis dans la confidence, Noé avait compris qu’il lui fallait faire quelque chose pour que, lorsque le chagrin de Dieu serait calmé, il ne se réveille pas devant un no man’s land, une terre sans plus aucune vie. Alors Noé, a décidé de construire l’Arche, il la voulait grande pour que le meilleur de la création puisse être sauvé et faire à nouveau la joie de Dieu.

Evidemment, occupés à tant d’autres choses futiles, ses voisins, ils n’avaient pas pu le comprendre, eux ils n’étaient pas dans la confidence. Oh ce n’est pas parce que Dieu aurait eu un chouchou, Noé, à qui il disait tout et rien aux autres ! Non, les voisins de Noé, ils étaient anesthésiés par le ronron de leur vie quotidienne. Ils étaient tellement englués dans leur quotidien qu’ils ne pouvaient plus entendre Dieu qui aurait aimé leur faire à eux aussi la même confidence qu’il avait faite à Noé. Du coup, ils ont été tous engloutis, victimes, non pas d’une punition de Dieu mais de leurs choix de vie qui ne laissaient plus aucune place à Dieu dans leur quotidien. Tout semblait tellement bien fonctionner pour eux sans Dieu, qu’ils avaient fini par l’oublier et même pire par l’éjecter de leurs préoccupations, de leur vie, de leur monde. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations actuelles n’est pas fortuite, ni le fruit du hasard !

Alors, rien d’étonnant à ce que l’Eglise, en ce 1° dimanche de l’Avent, nous ait fait entendre cet Evangile dans lequel Jésus se réfère explicitement à Noé et à tout ce qui s’est passé en son temps. Aujourd’hui, il y a tant de personnes qui sont complètement anesthésiées par le quotidien de leur vie, un quotidien qui semble largement leur suffire : manger, boire, profiter de la vie, attendre le week-end, ça devient le seul horizon qui puisse les intéresser. Mais nous le savons bien, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ; nous pourrions, nous aussi, marcher vers la catastrophe. Parce qu’un jour viendra où les pauvres se révolteront, refusant que les riches continuent à vivre en leur confisquant le minimum nécessaire pour s’octroyer toujours plus de superflu. La planète se révoltera, et elle a déjà commencé, refusant qu’on surexploite ses ressources pour des projets qui ne cherchent pas à servir le bien commun. Toutes les armes construites pourraient finir par se retourner contre leurs fabricants qui sont comme autant d’apprentis sorciers. Savez-vous qu’il suffirait que 5% seulement des bombes nucléaires existant explosent pour que la vie ne soir plus possible, 5% qui explose et c’est fini or, malgré tout, on continue à en fabriquer !

Rassurez-vous, je n’ai pas mal dormi cette nuit, je n’ai pas le moral dans les chaussettes pour vous partager tant de choses si négatives. Simplement, je voudrais qu’aujourd’hui, nous entendions les confidences de Dieu qui nous dit, avec déjà quelques sanglots dans la voix, ce qu’il disait à Noé : ça risque de mal finir, je pourrais bien me remettre à pleurer devant tout ce que vous saccagez et quand je pleure, il y a toujours beaucoup, beaucoup de larmes. Pour autant rien n’est écrit, le pire n’est pas la seule solution. Tout peut encore changer et c’est pour nous encourager que l’Eglise nous a fait entendre les lectures d’aujourd’hui. Isaïe nous invitait à prendre de la hauteur : montons à la montagne du Seigneur. Arrêtez de rester avec le nez collé à vos smartphones en ne vous préoccupant que de vous, de vos vêtements à acheter au plus bas prix et à revendre en en tirant un maximum de bénéfice ! Prenez de la hauteur, c’est-à-dire faites un peu silence pour écouter le Seigneur ! St Paul, de manière vigoureuse, nous invitait à nous réveiller en nous disant que lorsqu’il y a le feu, ce n’est plus le moment de dormir et il y a le feu ! Et Jésus, lui aussi, avec des paroles tout aussi fortes nous invitait à sortir du train-train de la vie qui sait si bien nous endormir pour nous faire passer à côté de l’essentiel.

Le rêve de Dieu pour le monde n’a pas changé, Isaïe nous le rappelait en disant qu’il est encore temps de transformer toutes les épées du monde en socs de charrue qui pourront labourer la terre pour lui permettre de nourrir tout le monde ; il est encore temps de transformer toutes nos lances, toutes nos armes en faucilles pour récolter ce que la terre, toujours généreuse, est prêtre à nous offrir. Mais cela ne se fera pas sans nous, alors réveillons-nous, prenons de la hauteur et mettons le meilleur de nous-mêmes au service de la réalisation du grand rêve d’amour de Dieu. Puisque vous êtes nombreux les jeunes, aujourd’hui, à cette messe, le monde, l’Eglise comptent sur vous, réveillez-vous et réveillez-nous, réveillez l’amour qui s’éteint dans notre monde !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de vivre à fond ce temps de l’Avent pour que nous soyons en mesure d’accueillir le Seigneur qui ne cesse de venir et qui compte sur nous pour redresser la barre !