4 janvier : Fête de l’Epiphanie … non, ce n’est pas un conte !

Par Père Roger Hébert

En entendant ce texte, il se peut que les esprits très rationnels se posent la question de la vraisemblance. Ce que raconte l’Evangile de Matthieu concernant la visite des mages est-ce une histoire inventée pour transformer la naissance de Jésus en un beau conte ou est-ce vraiment ce qui s’est passé ? Il n’est jamais interdit de se poser ce genre de questions, mais il faut aussi faire très attention pour que ce type de questionnement ne nous fasse pas passer à côté du message essentiel. Pour les esprits sceptiques ou pour ceux qui ont besoin d’appuyer leur foi sur des éléments fondés je donnerai 2 éléments qui nous font réfléchir.

1° élément qui montre que ce récit n’est pas invraisemblable, c’est d’abord la possibilité pour des personnes du lointain Orient de faire un tel voyage. Nous savons par plusieurs historiens romains qu’en l’an 66, c’est à dire quelques années plus tard, les conditions de voyage n’avaient donc pas dû s’améliorer à ce point en 60 ans, qu’un mage du nom de Tiridates vint de l’Orient pour adorer Néron. Ce sont notamment Suétone et Pline qui en parlent, ce voyage était donc possible.

2° élément qui montre que ce récit n’est pas invraisemblable, il concerne l’étoile. Le pape Benoît XVI, nous le savons, était un très grand théologien, soucieux de donner à la foi des garanties de sérieux. Alors, dans son excellent livre « Jésus de Nazareth », il explique que des scientifiques, des astronomes, ont cherché, en faisant des calculs savants, si, à l’époque de Jésus, il avait pu y avoir un phénomène particulier dans le ciel. De fait, ils ont trouvé qu’il y avait eu quelque chose. Moi je ne suis pas un spécialiste des étoiles, je ne peux donc pas vous expliquer exactement ce qu’ils ont trouvé. Mais, je fais confiance à ces spécialistes, surtout quand leurs travaux sont repris par un pape aussi savant que le pape Benoît !

Comme vous le voyez, ces deux indices ne donnent aucune garantie absolue quant à l’historicité de l’événement, mais ils attestent qu’il n’y a rien d’invraisemblable. Maintenant, comme je le disais, il ne faudrait pas que cette recherche d’indices historiques nous fasse passer à côté de l’essentiel du message. Je retiens 4 enseignements qui nous montrent que cet Evangile n’a vraiment pas pour but de transformer l’histoire de la naissance de Jésus en un conte.

1° enseignement : Avec ce voyage des mages venus d’Orient, quelque chose du drame qui se déploiera dans toute l’histoire de Jésus nous est déjà dévoilé : il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli. C4est St Jean qui a eu cette formule dans son prologue, mais elle convient tout à fait pour résumer le 1° enseignement du texte. Bravant la distance, des chercheurs sont venus du lointain Orient alors que personne, parmi les responsables religieux du peuple ne fera la démarche pour aller s’incliner devant l’enfant. Mais, comme toujours, de ce drame, Dieu saura tirer un bien : l’offre du Salut ne sera plus réservée au seul peuple juif qui en était le destinataire premier, il sera aussi proposé aux païens et c’est pour cela que nous sommes là ! En effet, pour la Bible, nous sommes des païens, c’est-à-dire des non-juifs. L’Epiphanie, comme son nom l’indique, est la fête de la manifestation universelle de l’amour salvateur de Dieu révélé en Jésus. Voilà ce que nous dit le 1° enseignement.

2° enseignement : Cette étoile que les Mages ont suivie, elle avait une signification très précise pour les juifs. D’ailleurs, de manière très étonnante, ces chercheurs païens disent qu’ils ont compris qu’elle annonçait la naissance du Roi des juifs. En effet, pour les juifs, depuis l’oracle de Balaam, il était clair que la naissance du Messie serait annoncée par une étoile, un signe dans le ciel. Voilà ce que disait cet oracle rapporté par le livre des Nombres : Je le vois, mais non pour maintenant, je le contemple, mais non de près : un astre est issu de Jacob et un sceptre a surgi d’Israël. Nb 24,17 Vous allez me dire : mais comment ces chercheurs pouvaient-ils le connaitre ? Rappelons-nous qu’une partie du peuple des hébreux, surtout ceux qui appartenaient à l’élite de ce peuple, avait été déportée à Babylone, qu’on imagine être la patrie de ces mages. En déportation, les savants du peuple des hébreux ont forcément cherché à fréquenter les savants de ce peuple de Babylone et des échanges ont eu lieu sur les grandes traditions de chacun de ces deux peuples. Quel drame ! Seuls, des païens ont été capables d’interpréter les signes des Ecritures, pas les chefs religieux !

Et quand il devient clair, avec le récit des Mages, que l’oracle de Balaam est accompli, ces responsables ne bougent toujours pas ! Pourtant l’accomplissement de l’oracle de Balaam annonçait l’accomplissement de l’ensemble des promesses concernant le Messie. Ce qu’attendaient les croyants depuis si longtemps est enfin arrivé et, eux, ça ne leur fait ni chaud ni froid, ils ne veulent pas y croire ! Sûrement, pensaient-ils, Dieu aurait eu la délicatesse de les prévenir de la venue du Messie, or rien n’était venu, donc ce n’était pas possible ! C’est vrai, Dieu a préféré prévenir les bergers plutôt que les responsables religieux parce qu’il était sûr qu’avec les bergers, son fils serait accueilli par des hommes au cœur ouvert. Ce sont d’autres hommes, eux aussi, au cœur ouvert qui étaient venus du lointain Orient ; en effet, pour être savant, un véritable savant, il faut être chercheur et les vrais chercheurs sont des hommes au cœur ouvert. Ainsi donc le 2° enseignement de cette fête, c’est que, seuls des personnes au cœur ouvert, pourront accueillir le Seigneur et le reconnaître même quand il vient de manière bien déconcertante.

Pour parler du 3° enseignement, je voudrais parler des cadeaux si étonnants que les mages apportent, de l’or parce qu’ils reconnaissent en cet enfant un roi, de l’encens parce qu’ils reconnaissent en lui un Dieu et de la myrrhe parce qu’un jour, son corps mort devra être oint par cette huile si spécifique. L’or, au départ, Marie et Joseph n’ont pas dû savoir qu’en faire ! Mais je les imagine volontiers distribuer, peu à peu, toutes les pièces en récompense pour les familles d’Egypte qui les avaient accueillis quand ils ont dû fuir. L’encens, quant à lui, il a dû brûler dans la maison de Nazareth pour soutenir les prières familiales, particulièrement lors du Shabbat. Quant à la myrrhe, Marie a dû garder précieusement, et douloureusement, la fiole et, peut-être, faisait-elle partie de ces huiles que les saintes femmes avaient prises avec elles quand elles étaient parties embaumer le corps de Jésus au tombeau. En tout cas, le cadeau de la myrrhe était comme une annonce qui venait confirmer la prophétie de Syméon : la vie de Jésus ne serait pas facile et sa fin encore moins ! Vous le voyez cet Evangile de l’Epiphanie n’est pas un conte merveilleux, il annonce la dure réalité de la passion qui viendra sceller le grand processus du Salut inauguré dans la crèche de Bethléem.

4° et dernier enseignement : les Mages repartent par un autre chemin. Ainsi en va-t-il pour tous ceux qui ont rencontré le Seigneur, on dit souvent qu’il y a un avant et un après. Pour les Mages, c’est clair et c’est ce que signifie leur départ par un autre chemin. Ils deviennent ainsi les prototypes de ceux qui se convertissent en vérité. La conversion véritable nous fait quitter nos anciens chemins, qui nous conduisaient dans des impasses pour emprunter des chemins nouveaux.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce, à la manière de Marie de garder tous ces enseignements dans notre cœur pour qu’ils nourrissent notre foi.