6 avril : 5° dimanche de carême : quand Jésus veut ressusciter en toi ce que tu as laissé mourir ou ce que les autres ont tué.
Comme les deux dimanches précédents, en raison de la présence des catéchumènes qui vivront un nouveau scrutin, nous avons lu les textes de l’année A. Je rappelle que le mot « scrutin » vient du latin « scrutinium » qui signifie « fouiller », « visiter. » C’est-à-dire qu’à l’approche de leur Baptême, Dieu veut continuer de visiter le cœur des catéchumènes, les aider à fouiller dans le tréfond d’eux-mêmes pour qu’ils puissent faire advenir à la lumière ce qui ne serait encore pas très net afin de le purifier et de le guérir. Et bien sûr, nous tous qui les entourons, nous sommes invités à fouiller aussi en nous et à nous laisser visiter par la miséricorde du Seigneur.
Lors du 1° scrutin, avec l’Evangile de la Samaritaine, nous étions invités à débusquer les sources trompeuses auxquelles nous allons nous abreuver pour étancher notre soif d’amour infinie alors que c’est Dieu et Dieu, seul, qui peut répondre à cette soif infinie d’amour. Dimanche dernier avec la guérison de l’aveugle-né, nous demandions d’être guéris de tous nos regards si peu ajustés et parfois carrément tordus. Aujourd’hui, vous l’aurez compris en écoutant les lectures, il était beaucoup question de mort, de tombeau. Alors peut-être vous demandez-vous en quoi ça peut vous concerner puisque vous êtes vivants !
Eh bien, comme souvent avec l’Evangile, ce texte, on peut le lire à deux niveaux. Un premier niveau serait un niveau historique dans lequel nous apprenons ce que Jésus a fait pour son ami Lazare qui était mort. On pourrait explorer ce niveau historique qui serait riche d’enseignements. Mais, aujourd’hui, je préfère m’attarder sur le second niveau, le niveau symbolique qui nous rejoindra toutes et tous, vous les catéchumènes et nous qui vous entourons.
Il y a une parole qui a plus particulièrement retenu mon attention, c’est quand Jésus dit : « Enlevez la pierre » et que Marthe, la sœur du défunt, lui répond : « Mais, Seigneur, il sent déjà ! » Il me semble que c’est à chacune et chacun de nous que Jésus dit : si tu enlèves la pierre qui ferme l’entrée de ton cœur, j’entrerai chez toi et je m’occuperai de tout ce que tu as laissé mourir en toi. Car nous avons tous, en nous, des choses que nous avons laissé mourir. Certains ont laissé mourir l’amour vis-à-vis de telle ou telle personne ; d’autres ont laissé mourir leur décision de vivre dans la justice et l’honnêteté ; d’autres encore ont laissé mourir leur respect à l’égard de telle ou telle catégorie de personnes ; peut-être que certains sont en train de laisser mourir leur relation au Seigneur en faisant le strict minimum pour que leur entourage ne s’en rende pas compte … bref, c’est à chacun de nous de voir ce qu’il a laissé mourir en lui, ce qu’il est en train de laisser mourir en lui. Ne nous arrêtons pas là car nous ne sommes pas toujours responsables quand il y a des choses mortes en nous. En effet, il peut arriver que ce soient les autres qui les ont tuées. Ceux qui sont victimes d’abus, de harcèlement, de moqueries vivent souvent à l’état de morts-vivants.
Aujourd’hui, Jésus nous propose d’accueillir en nos cœurs sa puissance de vie pour qu’il puisse ressusciter tout ce que nous avons laissé mourir en nous, tout ce que les autres ont tué en nous et qui sent déjà. Du coup, tout cela nous pourrit la vie, pourrit la vie de notre entourage et pourrit notre relation au Seigneur. Seulement, voilà, comme Marthe, nous hésitons et nous répondons à Jésus : mais ce n’est pas possible, jamais nous n’oserons rouler la pierre et te montrer tout ce qui nous fait tellement honte que nous l’avions soigneusement caché, enfermé dans un recoin de notre cœur devenu nauséabond ! En ce jour de scrutin, comme je l’ai dit, selon l’étymologie du mot, Jésus nous demande la permission d’entrer, de visiter, de restaurer tout ce qui nous empêche d’être véritablement vivants et de semer la vie. Allons-nous le laisser faire ? Ou serons-nous paralysés, incapables de lui rouler la pierre, par manque de courage et de détermination, par peur de remuer ce qui nous a fait si mal ?
Car vous comprenez bien que si Jésus a été capable de ressusciter un mort qui était son ami, il sera tout à fait capable de ressusciter ce que nous avons laissé mourir en nous, ce que les autres ont tué en nous puisque nous sommes aussi ses amis. Car nous croyons que Jésus n’a rien perdu de sa puissance et donc, que ce qu’il a fait, il y a 2000 ans, il peut le faire encore aujourd’hui.
Pour rendre la vie à Lazare, il a demandé et attendu que la pierre soit roulée, il fera de même pour nous aujourd’hui, car jamais Jésus ne rentre jamais par effraction dans un cœur même pour y faire du bien, il attend notre collaboration, c’est pourquoi il nous demande de rouler la pierre.
Il y a encore un point intéressant dans le texte : lorsque la pierre a été roulée, lorsque Jésus a pu exercer sa puissance et ramener Lazare à la vie, il demande à ceux qui sont là de le délier pour qu’il puisse être totalement libre. On se demande pourquoi Jésus ne l’a pas fait lui-même. Il avait fait le plus difficile, pourquoi n’est-il pas allé jusqu’au bout ? Ce dont nous ne sommes pas capables, Jésus le fera toujours pour nous, l’impossible, c’est son affaire, mais le possible, il nous le confiera toujours. C’est donc pour cela qu’il demande à l’entourage immédiat de Lazare de parachever son action à lui. C’est ce qu’il fait aujourd’hui encore et, pour cela, il nous donne des frères, des sœurs, chargés de prendre soin de nous. C’est ce qu’il a fait pour vous, chers catéchumènes en vous donnant des accompagnateurs, un parrain, une marraine qui ont pris soin de vous tout au long de votre cheminement. Et, après votre Baptême, tous les membres de l’Eglise recevront la responsabilité de veiller sur vous.
Que Notre Dame de Laghet intercède pour nous afin que nous osions rouler la pierre de nos cœurs afin que le Seigneur manifeste sa puissance de vie en nous. Qu’elle nous envoie aussi des frères et sœurs qui veilleront sur nous pour collaborer à l’action salvifique du Seigneur.



