8 septembre : nativité de la Vierge Marie. La préparation du débarquement une très grande « petite aventure » à côté de la préparation de « l’opération Salut. »

Par Père Roger Hébert

Je suis toujours fasciné par l’ampleur des préparatifs qui ont été nécessaires pour permettre le débarquement en Normandie. Il fallait un port qui puisse accueillir tous les engins militaires et les munitions qui permettraient la libération de la France. Et en fait, ce n’est pas un port, mais deux ports que les alliés ont construit de l’autre côté de la mer, acheminant secrètement tous les éléments qui seront assemblés pour être prêts le jour J.  C’est ainsi que, dans le plus grand secret, 45 000 ouvriers, répartis dans 400 entreprises britanniques, ont commencé la fabrication des différents éléments. Il a fallu des cerveaux très aiguisés pour concevoir l’opération et une volonté farouche pour surmonter tous les obstacles. Mais le résultat a été à la hauteur de cette préparation titanesque : la France et, au-delà d’elle, l’Europe a été libérée.

En méditant sur cette fête de la nativité et en relisant, une fois de plus le texte de la généalogie de Jésus que nous venons d’entendre, c’est cette image de la préparation du débarquement qui s’est imposée à moi. Car, finalement, c’est bien ce que ce texte veut nous faire comprendre. Aux non-initiés, il apparait comme la répétition lassante de noms parfaitement inconnus pour la plupart d’entre eux. Mais à ceux qui ont un peu de culture biblique et qui prennent un peu de hauteur, ce texte nous montre la préparation de la plus grande opération de l’histoire, opération à côté de laquelle la préparation du débarquement semble dérisoire, je veux parler de l’opération « salut » que Dieu a déclenché.

Et Dieu ne l’a pas déclenché seulement après le péché de l’homme pour réparer un projet qui avait capoté. Non, cette opération était dans le projet de Dieu dès la création. Dieu voulait que les hommes soient non seulement les plus belles de ses créatures, il voulait qu’ils soient ses fils, et pour cela, il fallait qu’il envoie son Fils. C’est Lui qui leur permettrait de devenir Fils selon la belle parole de St Irénée reprise par tant de Pères de l’Eglise : il s’est fait ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’il est ; c’est-à-dire, le Fils de Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Fils de Dieu. Mais c’est vrai que cette opération Salut, opération divinisation, comme aiment le dire nos frères orientaux, a dû prendre une autre forme à cause du péché initial de l’homme et des péchés répétés de tous les hommes. Cette grande et belle opération Salut va devoir prendre la forme de la Rédemption et elle se déroulera de manière bien plus douloureuse.

La généalogie de Jésus, cette succession de noms qui remonte à Abraham dans le texte de Matthieu que nous avons entendu et à Adam dans le texte de St Luc nous fait partager, étape après étape la mise en place de la grande opération Salut. Chaque personne citée étant un maillon indispensable dans cette grande chaine humaine qui conduira à la naissance de Jésus qui correspond, si je reprends la métaphore du débarquement, au D-day, au jour J si vous préférez le français. Dans cette succession de noms, il n’y a pas que des héros, loin s’en faut, cette chaine générationnelle est tissée de pécheurs dont certains ont même gravement failli à leur mission ou se retrouvent là de manière tellement improbable. Le fait qu’ils soient cités montre la détermination de Dieu de faire réussir son opération Salut quoiqu’il en coûte. Si les alliés ont mis en œuvre un tel processus, c’est que l’enjeu était grand : il fallait supprimer l’Ennemi pour apporter la Libération. Si Dieu a eu une telle détermination, c’est que l’enjeu était encore plus grand : il fallait, en Jésus, apporter la libération à l’humanité captive du péché.

Évidemment, en lisant cette généalogie, nous connaissons la fin de l’histoire, mais si ce n’était pas le cas, on se retrouverait comme à retenir son souffle en se demandant : est-ce que Dieu va y arriver avec tous les obstacles que les hommes ne cessent de mettre ? Et voilà qu’à un moment donné, la succession généalogique de noms s’arrête comme pour nous dire que ça y est la réussite est assurée, celle qui vient, cette femme, brisant l’énumération de noms d’hommes, n’est plus dans la succession des pécheurs. Avec elle, Dieu n’a plus de soucis à se faire, elle sera le dernier maillon et quel maillon dans cette chaine qui a rendu possible la grande opération Salut. C’est sa naissance que nous célébrons aujourd’hui qui a dû correspondre au grand « ouf » de Dieu ; l’opération Salut allait bien pouvoir se dérouler et aller jusqu’au bout.

En cette année jubilaire qui nous tourne vers l’espérance, cette espérance qui, selon les mots de St Paul, ne déçoit pas, nous faisons bien de chanter comme nous l’avons fait, ce matin, à l’office des Laudes : avec toi, Vierge Marie, l’espérance renait. Oui, nous le croyons la naissance de la Vierge Marie et son Oui ont réorienté le monde qui ne va plus à sa perte puisque l’opération Salut lancé depuis les origines a été accomplie et que le Salut reste proposé à tous ceux qui, lucidement, sont capables de se reconnaître pauvres. Goûtons à la joie de ce jour qui fait basculer l’histoire du monde, qui le fait sortir de son côté obscur. Certes les ténèbres du mal n’ont pas disparu et ne disparaitront pas tant que tous les cœurs ne s’ouvriront pas au Salut apporté par le Christ, mais je le redis : grâce à la nativité de la Vierge Marie, le monde est réorienté et nous croyons que le dernier mot reviendra à l’amour.

Ce n’est pas le blocage de la société qui nous sauvera mais le déblocage de tous les cœurs s’ouvrant au Salut. : Le dernier mot de l’histoire sera à l’amour, l’histoire s’achèvera par la victoire définitive de l’amour même si pour y parvenir il nous faut encore traverser bien des tribulations, mais plus vite les cœurs s’ouvriront au Salut et plus vite la victoire sera acquise. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de devenir des disciples-missionnaires, chaque jour un peu plus crédibles, qui annoncent cette bonne nouvelle aux hommes fatigués, lassés, désabusés.