25 mars : Fête de l’Annonciation : il y a un « hic » !

Par Père Roger Hébert

Vous savez que, dans le langage populaire, quand on dit : « il y a un hic » c’est pour dire qu’il y a un problème et si vous voulez être branchés, vous dites carrément qu’il y a un blême ! Eh bien, figurez-vous qu’il y a un lieu au monde où le « hic » évoque tout sauf un blême ! C’est à Nazareth. Ceux qui y sont allés visualiseront facilement ce que je vais décrire et les autres, peut-être avez-vous vu des photos ! Les fouilles qui ont été faites à Nazareth montrent que les maisons étaient des maisons de type troglodyte, l’ange est donc apparu à Marie dans une de ces maisons-grottes. C’est pour cela qu’on peut d’ailleurs dire qu’à Lourdes, Marie est un peu comme chez elle, la grotte de Massabielle lui rappelle tellement sa maison-grotte de Nazareth ! Sur la maison-grotte de Nazareth qui est, aujourd’hui, enchâssée dans la basilique de l’Annonciation, on peut lire cette inscription : Verbum caro HIC factum est. Même si vous n’avez pas suivi de cours de latin, vous pouvez comprendre puisque ce sont les paroles du Credo qu’on disait en latin, paroles qui reprenaient le prologue de St Jean : Verbum caro factum est = Le verbe s’est fait chair … mais à Nazareth, on a donc rajouté un petit mot « HIC », c’est-à-dire « ici » et c’est pour cela que je disais qu’il y a un « HIC » dans notre foi, mais ce « HIC » n’est pas un problème, au contraire ! Ce n’est pas rien de pouvoir dire avec précision où tout a commencé.

Au cours d’un des nombreux pèlerinages en Terre Sainte que j’ai eu la chance d’accompagner, une pèlerine m’a demandé : mais pourquoi ce n’est pas à Bethléem qu’on a écrit cette phrase ? Eh bien, on l’a écrite à Nazareth parce que c’est vraiment là qu’elle devait être écrite ! On l’a écrite sur la grotte de Nazareth parce que c’est là qu’a commencé cette histoire dont personne, même ceux qui avaient l’imagination la plus féconde, n’aurait osé concevoir le scénario : Dieu s’est fait homme, Dieu a pris un corps et c’est pour cela qu’on a lu en 2° lecture le passage de la lettre aux Hébreux.

Le grand mystère de la Foi chrétienne, c’est donc le mystère de l’Incarnation ; la grande originalité de la foi chrétienne ne se situe pas au niveau des préceptes de morale qui seraient différents des autres religions, le cœur de la foi chrétienne, c’est que, en Jésus, Dieu a pris corps. Et c’est à Nazareth que tout a commencé : « Verbum caro HIC factum est. » Il y a un « HIC » dans notre foi et ce HIC n’est pas un problème, bien au contraire, c’est la plus grande marque d’amour de Dieu pour les hommes. Et, bien sûr, tout cela a été rendu possible grâce au Oui de Marie dont le cœur et le corps avait été préparés pour cette grande mission. Vous comprenez donc qu’il faut vraiment donner à la fête de l’Annonciation toute son ampleur.

On pourrait presque dire que, aujourd’hui, c’est l’une des plus grandes fêtes des chrétiens puisqu’elle lance tout le processus du Salut qui va se réaliser dans un scénario absolument inouï : le Verbe s’est fait chair. La plus grande aventure de l’histoire de l’humanité a commencé « HIC », dans cette insignifiante maison-grotte de ce minuscule village de Nazareth par le oui de Marie. Nous sommes vraiment dépassés par tout ce que peut induire cette affirmation qui est l’une des plus centrales de notre foi : c’est ici que Verbe s’est fait chair !

Nous avons souvent tendance à spiritualiser à l’extrême quand nous méditons sur l’Annonciation, or l’Incarnation exige que nous ne spiritualisions pas tout, pas trop vite, et que nous nous restions bien dans le réalisme. C’est « HIC » « ICI » que Dieu a pris corps en Marie qui s’est rendue totalement disponible. Je me rappellerai toujours, pour la fête de l’Annonciation vécue au cœur du confinement, ce mail qui m’avait été envoyée par une ancienne paroissienne avec qui je travaillais beaucoup, dans ma paroisse, pour l’aumônerie des jeunes. Ce message était d’un réalisme étonnant, il y avait un très beau dessin qui avait été réalisé par une collègue et, elle, elle avait imaginé le texte qui disait : Fils de Dieu recherche entrailles accueillantes pour 9 mois de confinement. Vous vous rendez compte, le Fils du Dieu tout-puissant est passé par toutes les étapes de vie de l’embryon puis du fœtus, étapes auxquelles nous pouvons repenser avec réalisme pour mieux nous en émerveiller. Réalisons bien que Jésus, à la fin du premier mois de grossesse de Marie, mesurait environ 1/4 de pouce, c’est à dire plus petit qu’un grain de riz ! Vous vous rendez compte ? Le Fils du Dieu tout-puissant plus petit qu’un grain de riz ! Et je vous laisse continuer l’émerveillement en repensant à la suite de son développement fœtal.

L’autre sujet d’émerveillement, c’est justement de réaliser que le Fils du Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible ait accepté ces conditions pendant 9 mois dans le ventre de Marie. C’est inouï ! Parce que le Verbe de Dieu, il était plutôt habitué aux grands espaces, l’univers visible et invisible ça représente quand même de très très grands espaces ! Alors vous imaginez 9 mois dans le ventre de Marie, quel abaissement ! En plus, Marie habite Nazareth qui était un tout petit bled de rien du tout, les fouilles l’ont montré. Et le village de Nazareth était en Israël, ce pays si minuscule ! Oui, quel abaissement ! Et cet abaissement continue encore, il accepte d’habiter nos tabernacles, nos ostensoirs et même nos cœurs, si souvent très étroits ! Mais surtout, n’oublions pas de nous poser la question la plus essentielle : pourquoi le Fils de Dieu a-t-il accepté un tel abaissement ? Pour toi, pour moi, pour nous sauver ! Et tout cela a été rendu possible par le Oui de Marie que nous célébrons aujourd’hui. Alors, on comprend mieux le sens de ce si beau sermon de St Bernard qui explique que toute la création était comme suspendue en attendant que Marie prononce ce oui. Permettez-moi d’en citer une partie en conclusion.

« L’ange attend ta réponse, Marie, il est temps pour lui de retourner vers celui qui l’a envoyé. Nous aussi, nous attendons, ô Notre Dame. Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié. … Consens, et aussitôt nous serons libres… Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte que nous soyons rappelés à la vie. Ta réponse, ô douce Vierge, Adam l’implore tout en larmes, exilé qu’il est du paradis avec sa malheureuse descendance. Il l’implore aussi, Abraham, il l’implore également, David, ils la réclament tous instamment, les autres patriarches, tes ancêtres, qui habitent eux aussi au pays de l’ombre de la mort. Cette réponse, le monde entier l’attend, prosterné à tes genoux. Et ce n’est pas sans raison, puisque de ta parole dépendent le soulagement des malheureux, le rachat des captifs, la délivrance des condamnés, le salut enfin de tous les fils d’Adam, de ta race entière. Ne tarde plus, Vierge Marie ! Vite, réponds à l’ange, ou plutôt, par l’ange réponds au Seigneur. Pourquoi tarder ? Pourquoi trembler ? Crois, parle selon ta foi et fais-toi tout accueil … Heureuse Vierge, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres à l’assentiment, ton sein au Créateur. Voici qu’au dehors le Désiré de toutes les nations frappe à ta porte… Lève-toi, cours, ouvre-lui : lève-toi par la foi, cours par l’empressement à sa volonté, ouvre-lui par ton consentement. Voici, dit-elle, la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole. » Ouf, Marie a dit oui ! Mais ce ouf … il n’est pas de St Bernard !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet que la grâce nous soit donnée de goûter à la grandeur de ce mystère du Salut qui s’inaugure aujourd’hui.