La fête de Saint Joseph est toujours célébrée au sanctuaire avec beaucoup de solennité.

Le matin Père Roger a fait un enseignement sur Saint Joseph (voire à droite). Par cette méditation, inspirée par le texte du Pape François, il nous a encouragé à nous confier plus souvent à l’intercession de ce grand saint si discret et si efficace !

La Messe solennelle de 11h30 a été présidée par Monseigneur Antonio Suetta, évêque de Ventimiglia-San Remo, nous étions nombreux, en ce jour de la semaine à honorer ainsi Saint Joseph.

Après un bon déjeuner à l’hôtellerie plusieurs pèlerins sont partis vers l’oratoire Saint Joseph avec en tête le Père Marcel et les soeurs…

L’ambiance bon-enfant, le soleil radieux et la ferveur simple et profonde voici le résumé de ce pèlerinage !

Enseignement du Père Roger Hébert, recteur

Introduction : Nous avons un pape qui aime St Joseph !
Avec le titre que j’ai donné à l’introduction, je ne veux surtout pas dire que les autres papes n’aimaient pas St Joseph, mais il y a, chez le pape François, une vénération particulière qui lui a fait prendre des décisions particulières. Je vais faire un petit historique des décisions des papes concernant St Joseph, comme cela nous pourrons mieux nous rendre compte qu’il y a quelque chose de particulier dans la relation du pape François avec St Joseph. Et bien évidemment, le but sera que, nous aussi, nous puissions entrer dans cette relation particulière car il y a au moins une bonne raison qui nous rejoint tous de prier St Joseph, c’est que la tradition nous le fait invoquer comme « patron de la bonne mort. » De même que nous demandons à la Vierge Marie de nous accompagner « maintenant et à l’heure de notre mort » nous pouvons nous tourner vers St Joseph pour qu’il nous obtienne « une bonne mort. » Regardons le lien des papes à St Joseph.

  • Instituée au 15e siècle, la fête de saint Joseph le 19 mars est devenue obligatoire dans toute l’Église en 1621 sous le pontificat de Grégoire XV.
  • En 1870, Pie IX déclare Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle.
  • En 1889 Léon XIII Consacre le mois de mars à saint Joseph.
  • En 1955 Pie XII institue la mémoire de saint Joseph artisan au 1er mai, le nommant « Patron des travailleurs »
  • En 1962 Jean XXIII confie le Concile Vatican II à saint Joseph.
  • Rien sous Paul VI, même s’il a écrit de très beaux textes, mais il n’y a pas eu de décisions fortes concernant la place de St Joseph sinon le 21 novembre 1964 où, dans la constitution Lumen Gentium, le pape Paul VI ratifie l’insertion du nom de saint Joseph dans le Canon eucharistique n°1.
  • Le 15 août 1989 Jean-Paul II fait paraitre l’exhortation apostolique Redemptoris Custos sur la figure et la mission de St Joseph dans la vie du Christ et de l’Eglise. Il lui a donné ce beau titre de « Gardien du Rédempteur ».
  • Rien sous Benoit XVI même s’il parlera souvent de St Joseph … et pour cause, c’est son Saint Patron (Joseph Ratzinger). L’une de ses plus belles interventions ayant justement été prononcée en Afrique, à Yaoudé, c’était le 19 mars 2009.
  • Mais, c’est vraiment avec le pape François, qu’il va y avoir le plus d’éléments à noter.
    • Il y a d’abord cette décision d’inaugurer son pontificat un 19 mars, jour de la fête du Chef de la Sainte Famille.
    • Ensuite, le Pape François a choisi de mettre dans son blason une fleur de nard. Le nard, c’est une plante aromatique de la même espèce que le romarin par exemple ou la lavande. On l’appelle communément « le bâton de St Josep. » En mettant une représentation de cette fleur sur son blason, il est clair, qu’il voulait mettre tout son pontificat sous le patronage de St Joseph. Ce qu’il avait déjà exprimé en choisissant le 19 mars comme date d’inauguration de son pontificat.
    • Le 19 juin 2013, il a validé le décret de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, qui place désormais saint Joseph au cœur de chaque messe dans la prière Eucharistique.
    • Le 5 juillet 2013, il va consacrer au patron de l’Eglise universelle le petit territoire du Vatican qui constitue le centre de gravité de l’Eglise universelle.
    • Le 8 décembre 2020, il a annoncé l’ouverture d’une année St Joseph.

C’est donc assez manifeste que ce pape aime St Joseph et qu’il ne veut pas que ça reste une dévotion personnelle. C’est toute l’Eglise qu’il veut conduire sur le chemin d’une plus grande vénération à St Joseph et c’est pour cela qu’il a écrit ce texte « Patris Corde » qui va guider mon intervention.

Dans cette lettre, le pape prend soin de préciser dès le début que cette lettre n’est pas le fruit de réflexions sorties de sa tête mais de son cœur : « je voudrais – comme dit Jésus – que « la bouche exprime ce qui déborde du cœur » (cf. Mt 12, 34), pour partager avec vous quelques réflexions personnelles sur cette figure extraordinaire. » Et il va livrer un secret de sa vie spirituelle qui nous permet de comprendre ce lien qui l’unit à St Joseph. Ce n’est pas dans le corps du texte qu’il livre ce secret, mais dans une note, la note n°10 :

Tous les jours, depuis plus de quarante ans, après les Laudes, je récite une prière à saint Joseph tirée d’un livre français de dévotions des années 1800, de la Congrégation des Religieuses de Jésus et Marie, qui exprime dévotion, confiance et un certain défi à saint Joseph :  

« Glorieux Patriarche saint Joseph dont la puissance sait rendre possibles les choses impossibles, viens à mon aide en ces moments d’angoisse et de difficulté. Prends sous ta protection les situations si graves et difficiles que je te recommande, afin qu’elles aient une heureuse issue. Mon bien-aimé Père, toute ma confiance est en toi. Qu’il ne soit pas dit que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir. Amen ». 

Regardons maintenant rapidement ce texte et comment il peut nourrir notre relation spirituelle à St Joseph.

1 Une belle introduction pour situer la place de St Joseph
Cette lettre commence, comme il se doit par une introduction, qui situe rapidement la place de St Joseph dans le mystère du Salut avec quelques citations de l’Ecriture et quelques brefs rappels d’interventions de papes.

Et c’est juste après qu’il explique, toujours dans cette introduction comment l’idée lui est venue de dédier une année à St Joseph. Il dit que l’idée lui est venue au cours de la pandémie. Il explique que, pendant la pandémie, on a découvert le rôle primordial d’un certain nombre de personnes dont on ne parlait pas beaucoup avant. Nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Evidemment, ces personnes de l’ombre, qui ont une place déterminante, elles font immédiatement penser à St Joseph nous dit le pape : Nous pouvons tous trouver en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficultés. Saint Joseph nous rappelle que tous ceux qui, apparemment, sont cachés ou en « deuxième ligne » jouent un rôle inégalé dans l’histoire du salut.

2 Le corps du message : Joseph est Père
Dans la suite du texte, le pape, comme un peintre qui réalise un tableau, va brosser le portrait de St Joseph en 7 points, je vais les énoncer à la suite, ensuite je ferai une remarque puis, je reprendrai chacun de ces 7 points pour essayer de vous faire partager le meilleur de ce que dit le pape. 1. Père aimé 2. Père dans la tendresse 3. Père dans l’obéissance 4. Père dans l’accueil 5. Père au courage créatif  6. Père travailleur 7. Père dans l’ombre.

Je pense que vous n’avez pas eu de peine à repérer que ce qui unifie ces 7 points, c’est le mot de Père. Dans le portait de Joseph que nous livre le pape, ce qu’il veut particulièrement souligner, c’est sa paternité. On pourrait presque dire que c’est étonnant comme angle de présentation parce que nous, lorsque nous parlons de la paternité de Joseph, nous rajoutons tout de suite un qualificatif qui semble la diminuer. C’est ainsi que nous parlons de Joseph comme père « adoptif » ou pire comme père « putatif ». Je ne sais pas si vous connaissez ce mot qui n’est pas très employé en français, en tout cas jamais employé dans le français courant, mais qui l’a été dans la théologie ! Putatif signifie celui qui est père légalement mais qui ne l’est pas vraiment, en tout cas pas biologiquement. Et ce qui est terrible, c’est que ce mot de putatif est encore utilisé pour désigner un mariage nul ! Ce mariage a été contracté de bonne foi mais il se révèle nul parce que les conditions n’étaient pas remplies. Ce mot de putatif, il est tiré du verbe latin « putare » qui signifie « calculer » ou du terme juridique « putativus » qui signifie « imaginaire ». Dans ces conditions, la paternité de Joseph serait-elle une paternité imaginaire, nulle, calculée ?

En parlant à 7 reprises de la paternité de Joseph, c’est sûr que le pape François veut balayer les arguments de tous ceux qui pensent que Joseph était juste un père au rabais.

  • Qu’il était juste un père de remplacement, ce pauvre enfant, il lui fallait bien un papa, il aura tout le temps d’apprendre plus tard que Joseph, en fait n’était pas son papa !
  • Qu’il était juste un père pour sauver les apparences. Comme les gens ne pourraient jamais comprendre que Marie a été enceinte par l’action du Saint-Esprit, on a sauvé les apparences en lui donnant un semblant d’époux qui serait aussi un semblant de père pour l’enfant !

Non, le pape, a décidé de souligner que c’est la dimension de paternité qui est l’élément essentiel de la vocation de Joseph. Je n’ai pas pu retrouver le texte, mais je me rappelle avoir lu sous la plume du pape François que, lorsque Jésus était enfant, quand il appelait Joseph, il ne lui disait pas : père adoptif ou père putatif, il lui disait du fond de son cœur : père, papa ! Alors suivons ce que le pape nous dit dans ces 7 points dont l’un au moins sera repris tout à l’heure dans la méditation du chapelet.

3. Le portrait en 7 points

3.1     Père aimé
Dans ce paragraphe, le pape commence par rappeler que, pour remplir cette mission de Père, Joseph a accepté de renoncer à tout projet personnel. L’Evangile le présente comme « juste » précisément parce qu’il a accepté de se laisser ajuster au projet de Dieu ce qui exigeait des renoncements. Et c’est pour cela, dit le pape, que Joseph est aimé. En raison de son rôle dans l’histoire du salut, saint Joseph est un père qui a toujours été aimé par le peuple chrétien comme le démontre le fait que, dans le monde entier, de nombreuses églises lui ont été dédiées. Plusieurs Instituts religieux, Confréries et groupes ecclésiaux sont inspirés de sa spiritualité et portent son nom, et diverses représentations sacrées se déroulent depuis des siècles en son honneur. De nombreux saints et saintes ont été ses dévots passionnés, parmi lesquels Thérèse d’Avila qui l’adopta comme avocat et intercesseur, se recommandant beaucoup à lui et recevant toutes les grâces qu’elle lui demandait ; encouragée par son expérience, la sainte persuadait les autres à lui être dévots. 

Et le pape rappelle un événement du Premier Testament dans lequel il est question d’un autre Joseph qui va sauver ses frères de la famine. La confiance du peuple en saint Joseph est résumée dans l’expression « ite ad Joseph » qui fait référence au temps de la famine en Égypte quand les gens demandaient du pain au pharaon, et il répondait : « Allez trouver Joseph, et faites ce qu’il vous dira » Gn 41, 55

Le pape reprend donc cette histoire dans laquelle le pharaon répond à ceux qui viennent lui demander de quoi ne pas mourir de faim et il souligne la réponse de Pharaon : « Allez à Joseph et faites tout ce qu’il vous dira. » Eh bien, dit le pape, tous ceux qui sont en grande difficulté, on peut leur dire la même chose : « Allez à Joseph et faites tout ce qu’il vous dira » mais cette fois, c’est de St Joseph dont il est question ! Ainsi donc, dans la spiritualité, il y a Marie qui défait les nœuds et Joseph qui arrange tout !

3.2     Père dans la tendresse
Cette dimension de la tendresse est une dimension que le pape souligne souvent, il trouve que nous manquons souvent de tendresse, de manifestations de tendresse. Alors, il aime présenter Dieu comme celui qui nous apporte sa tendresse, il aime parler des caresses de Dieu. Dans ce 2° point du portait de Joseph, il parlera aussi de nos difficultés avec la tendresse vis-à-vis de nous-mêmes. Le Malin essaie de nous faire porter sur nous-mêmes, sur nos faiblesses des jugements négatifs, des jugements enfermants qui ne déboucheront sur rien, la mésestime de soi n’est pas un sentiment chrétien, elle est aussi négative que l’orgueil qui est une sur-estime de soi.

Je le cite : Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif. Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse. La tendresse est la meilleure manière de toucher ce qui est fragile en nous. Le fait de montrer du doigt et le jugement que nous utilisons à l’encontre des autres sont souvent un signe de l’incapacité à accueillir en nous notre propre faiblesse, notre propre fragilité. Seule la tendresse nous sauvera de l’œuvre de l’Accusateur.

Et il nous donnera ces quelques lignes qui sont justement attendrissantes, c’est-à-dire qu’elles nous donnent de la tendresse. Joseph a vu Jésus grandir jour après jour « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52). Tout comme le Seigneur avait fait avec Israël, « il lui a appris à marcher, en le tenant par la main : il était pour lui comme un père qui soulève un nourrisson tout contre sa joue, il se penchait vers lui pour lui donner à manger » (cf. Os 11, 3-4).

Parce qu’il est ce père plein de tendresse, Joseph peut nous inviter à la foi courageuse. Il a raison de lier tendresse et appel au courage parce que nous ne pouvons accepter d’entendre des paroles exigeantes qui nous invitent au dépassement que de la part de ceux qui nous aiment tendrement. Joseph nous enseigne ainsi qu’avoir foi en Dieu comprend également le fait de croire qu’il peut agir à travers nos peurs, nos fragilités, notre faiblesse. Et il nous enseigne que, dans les tempêtes de la vie, nous ne devons pas craindre de laisser à Dieu le gouvernail de notre bateau. Parfois, nous voudrions tout contrôler, mais lui regarde toujours plus loin.

3.3     Père dans l’obéissance
Dans ce 3° point, le pape va souligner ce que j’évoquais dans le 1° point en disant que Joseph s’était laissé ajuster au projet de Dieu. Et, là, le pape va braquer le projecteur sur les 2 grands songes que Joseph a eus, deux songes par lesquels le Seigneur lui a parlé. Le 1° songe, c’est ce qu’on appelle souvent l’annonciation à Joseph dans lequel l’Ange lui demande de la part de Dieu de ne pas avoir peur de prendre chez lui Marie et donc de ne pas la renvoyer, comme il avait prévu.

Le 2° songe, c’est celui par lequel l’ange lui demande de partir en Egypte pour mettre à l’abri la mère et l’enfant. Ces 2 songes exigent des renoncements. En prenant Marie chez lui, il renonce à une vie de couple qu’on pourrait qualifier de « normale ». En allant en Egypte, il accepte de vivre cette difficile condition des réfugiés dans laquelle les hommes ont un rôle protecteur déterminant. Ça ne sera pas simple, mais Joseph l’accepte car la vie de l’enfant qui lui a été confié est en jeu et la vie de l’épouse qui lui a été confiée aussi. Il ne regarde donc pas les risques qu’il devra assumer, pour protéger ces vies, il accepte de partir.

Puis le pape va évoquer toutes les autres occasions dans lesquelles Joseph va se retrouver obéissant au Seigneur. Notamment quand il faut revenir d’Egypte, mais sans retourner dans sa région d’origine qui était Bethléem. Encore un sacrifice à vivre de la part de Joseph ! La manière dont Joseph a accompli sa mission durant tout le temps de la vie cachée à Nazareth est la manifestation de son obéissance à Dieu. Joseph pourra donc nous aider à vivre cette obéissance, à nous laisser ajuster surtout quand ces ajustements nous coûteront beaucoup.

3.4     Père dans l’accueil
Ce 4° point va permettre au pape d’approfondir la réflexion qu’il a commencé dans le 3° point pour montrer que Joseph a accepté de vivre tous les événements, même et surtout ceux qu’ils ne comprenaient pas comme une invitation à accueillir la volonté de Dieu en étant persuadé que Dieu ne peut vouloir que du bon pour nous. Je vais le citer parce qu’il y a là de très belles lignes.

Joseph accueille Marie sans fixer de conditions préalables. Il se fie aux paroles de l’Ange … Bien des fois, des évènements dont nous ne comprenons pas la signification surviennent dans notre vie. Notre première réaction est très souvent celle de la déception et de la révolte. Joseph laisse de côté ses raisonnements pour faire place à ce qui arrive et, aussi mystérieux que cela puisse paraître à ses yeux, il l’accueille, en assume la responsabilité et se réconcilie avec sa propre histoire. Si nous ne nous réconcilions pas avec notre histoire, nous ne réussirons pas à faire le pas suivant parce que nous resterons toujours otages de nos attentes et des déceptions qui en découlent.

La vie spirituelle que Joseph nous montre n’est pas un chemin qui explique, mais un chemin qui accueille. C’est seulement à partir de cet accueil, de cette réconciliation, qu’on peut aussi entrevoir une histoire plus grande, un sens plus profond … Joseph n’est pas un homme passivement résigné. Il est fortement et courageusement engagé. L’accueil est un moyen par lequel le don de force qui nous vient du Saint Esprit se manifeste dans notre vie. Seul le Seigneur peut nous donner la force d’accueillir la vie telle qu’elle est, de faire aussi place à cette partie contradictoire, inattendue, décevante de l’existence.

Ce que Dieu a dit à notre saint : « Joseph, fils de David, ne crains pas » (Mt 1, 20), il semble le répéter à nous aussi : « N’ayez pas peur ! ». Il faut laisser de côté la colère et la déception, et faire place, sans aucune résignation mondaine mais avec une force pleine d’espérance, à ce que nous n’avons pas choisis et qui pourtant existe. Accueillir ainsi la vie nous introduit à un sens caché. La vie de chacun peut repartir miraculeusement si nous trouvons le courage de la vivre selon ce que nous indique l’Évangile. Voilà vraiment de très belles paroles qu’il nous sera bon de réentendre et de méditer dans le chapelet qui va suivre et qui précèdera la messe.

3.5     Père au courage créatif
Dans ce 5° point, le pape va montrer que la figure de Joseph est emblématique pour comprendre comment Dieu intervient de manière habituelle dans l’histoire. Nous nous plaignons souvent que Dieu n’intervienne pas, mais il intervient … seulement, il n’intervient pas forcément comme nous, nous le souhaitons.

Bien des fois, en lisant les “Évangiles de l’enfance”, on se demande pourquoi Dieu n’est pas intervenu de manière directe et claire. Mais Dieu intervient à travers des évènements et des personnes. Joseph est l’homme par qui Dieu prend soin des commencements de l’histoire de la rédemption. Il est le vrai “miracle” par lequel Dieu sauve l’Enfant et sa mère. Le Ciel intervient en faisant confiance au courage créatif de cet homme. Si quelquefois Dieu semble ne pas nous aider, cela ne signifie pas qu’il nous a abandonnés, mais qu’il nous fait confiance, qu’il fait confiance en ce que nous pouvons projeter, inventer, trouver … Il s’agit du même courage créatif démontré par les amis du paralytique qui le descendent par le toit pour le présenter à Jésus.

Soyons donc attentifs car Dieu intervient souvent dans nos vies par les autres, par des frères qu’il met sur nos routes et qui deviennent comme des anges gardiens qui viennent nous secourir dans nos moments de détresse.Le pape va développer ensuite un point intéressant dans lequel il montre que ce courage créatif, Joseph l’a mis en œuvre, selon l’expression de l’Evangile, en toutes circonstances, pour « protéger l’enfant et sa mère. »

Eh bien, dit le pape, si Joseph est appelé gardien de l’Eglise, c’est parce qu’il veut aujourd’hui encore « protéger l’enfant et sa mère. » L’Eglise est le corps du Christ, Marie est la Mère de l’Eglise, comme gardien de l’Eglise, Joseph protège donc bien la mère et l’enfant. De la même manière Joseph est dit protecteur des pauvres parce que Jésus s’est identifié à eux : « Tout ce que vous faites à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites. » Mt 25,40. Je cite le pape : Ainsi chaque nécessiteux, chaque pauvre, chaque souffrant, chaque moribond, chaque étranger, chaque prisonnier, chaque malade est “l’Enfant” que Joseph continue de défendre. C’est pourquoi saint Joseph est invoqué comme protecteur des miséreux, des nécessiteux, des exilés, des affligés, des pauvres, des moribonds. Et c’est pourquoi l’Église ne peut pas ne pas aimer avant tout les derniers, parce que Jésus a placé en eux une préférence, il s’identifie à eux personnellement. Nous devons apprendre de Joseph le même soin et la même responsabilité : aimer l’Enfant et sa mère ; aimer les Sacrements et la charité ; aimer l’Église et les pauvres. Chacune de ces réalités est toujours l’Enfant et sa mère.

3.6     Père travailleur
Ce point nous est plus familier puisqu’il est développé chaque 1° mai à l’occasion de la fête de St Joseph travailleur. Je cite juste cette parole du pape reliée à l’actualité que nous vivons :

Le travail de saint Joseph nous rappelle que Dieu lui-même fait homme n’a pas dédaigné de travailler. La perte du travail qui frappe de nombreux frères et sœurs, et qui est en augmentation ces derniers temps à cause de la pandémie de la Covid-19, doit être un rappel à revoir nos priorités. Implorons saint Joseph travailleur pour que nous puissions trouver des chemins qui nous engagent à dire : aucun jeune, aucune personne, aucune famille sans travail !

3.7 Père dans l’ombre
Dans ce dernier point, le pape va souligner une belle qualité de la paternité de Joseph, c’est la chasteté. C’est un mot qui est souvent mal compris, on pense que la chasteté, c’est l’absence de relations sexuelles, non, ça, c’est la continence sexuelle. La chasteté, c’est la qualité de l’amour de celui qui veut aimer sans mettre la main sur ceux qu’ils aiment. Je cite le pape parce que ses paroles sur le sujet sont assez lumineuses :

Etre père signifie introduire l’enfant à l’expérience de la vie, à la réalité. Ne pas le retenir, ne pas l’emprisonner, ne pas le posséder, mais le rendre capable de choix, de liberté, de départs. C’est peut-être pourquoi, à côté du nom de père, la tradition a qualifié Joseph de “très chaste”. Ce n’est pas une indication simplement affective, mais c’est la synthèse d’une attitude qui exprime le contraire de la possession. 

La chasteté est le fait de se libérer de la possession dans tous les domaines de la vie. C’est seulement quand un amour est chaste qu’il est vraiment amour. L’amour qui veut posséder devient toujours, à la fin, dangereux, il emprisonne, étouffe, rend malheureux. Dieu lui-même a aimé l’homme d’un amour chaste, en le laissant libre même de se tromper et de se retourner contre lui. La logique de l’amour est toujours une logique de liberté, et Joseph a su aimer de manière extraordinairement libre. Il ne s’est jamais mis au centre. Il a su se décentrer, mettre au centre de sa vie Marie et Jésus.

… La paternité qui renonce à la tentation de vivre la vie des enfants ouvre toujours tout grand des espaces à l’inédit. Chaque enfant porte toujours avec soi un mystère, un inédit qui peut être révélé seulement avec l’aide d’un père qui respecte sa liberté. Un père qui est conscient de compléter son action éducative et de vivre pleinement la paternité seulement quand il s’est rendu “inutile”, quand il voit que l’enfant est autonome et marche tout seul sur les sentiers de la vie, quand il se met dans la situation de Joseph qui a toujours su que cet Enfant n’était pas le sien mais avait été simplement confié à ses soins.

Chaque fois que nous nous trouvons dans la condition d’exercer la paternité, nous devons toujours nous rappeler qu’il ne s’agit jamais d’un exercice de possession, mais d’un “signe” qui renvoie à une paternité plus haute. En un certain sens, nous sommes toujours tous dans la condition de Joseph : une ombre de l’unique Père … c’est pourquoi Jésus dira : « N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23, 9).

Conclusion : Demander plus souvent l’intercession de St Joseph
Cette méditation, inspirée par le texte du Pape, nous encourage donc à nous confier plus souvent à l’intercession de St Joseph. Nous pouvons le faire tout de suite avec les mots que le Pape nous propose à la fin de son texte : Salut, gardien du Rédempteur, époux de la Vierge Marie. À toi Dieu a confié son Fils ; en toi Marie a remis sa confiance ; avec toi le Christ est devenu homme. O bienheureux Joseph, montre-toi aussi un père pour nous, et conduis-nous sur le chemin de la vie. Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage, et défends-nous de tout mal. Amen.