16 mars : 2° dimanche de carême année C
Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu !C’est ainsi que se terminait cet Evangile de la Transfiguration que nous lisons chaque année pour le 2° dimanche de carême et cette année, nous l’avons lu dans la version de St Luc. Si Luc a pu raconter cet événement, c’est parce que l’un des 3 témoins, lui a raconté, par la suite, ce qui s’était passé. Nous savons, en effet, que Luc qui ne faisait pas partie des 12, a mené un sérieux travail d’historien pour écrire son Evangile à partir du témoignage de tous ceux qui ont pu lui apporter des éléments sûrs. C’est ce qu’il dit au début de son Evangile : Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passédepuis le début, d’écrire cet exposé suivi. Les Evangiles, ce ne sont donc pas des contes de fée ou des propos délirants, ce qui est écrit l’a été par ceux qui ont été témoins, Matthieu et Jean, ils nous livrent un témoignage de 1° main ; quant à Marc, lui, il a été secrétaire de Pierre, il a donc écrit en racontant les souvenirs de Pierre ; et Luc, nous venons de le voir, il a écrit au terme d’une enquête minutieuse. J’insiste parce que ça signifie que cet événement de la Transfiguration, il est un événement historique, pas une composition littéraire.
Puisque, cette année, nous avons lu ce récit dans l’Evangile de Luc, autant s’intéresser aux particularités de Luc. Certes Matthieu, Marc et Luc rapporteront bien le même événement, mais chacun le rapportera en soulignant des points particuliers sur lesquels il a décidé d’insister. Dans cet Evangile de Luc, il y a deux points qu’on ne trouve pas chez les autres ; je voudrais maintenant les commenter.
1° point, pour Luc, la Transfiguration a lieu alors que Jésus priait, c’est ainsi que commençait le récit : Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. En méditant sur ce point, je me suis dit que, peut-être, à chaque fois que Jésus priait, il y avait une transfiguration. L’Evangile de Luc mentionne à plusieurs reprises, le fait que Jésus passe une nuit à prier à l’écart ou qu’il se lève de grand matin pour aller prier. Mais, ordinairement, Jésus était seul quand il priait, il n’y avait donc pas de témoins pour se rendre compte de ce qui se passait. Mais oui, pourquoi pas, Jésus pouvait bien être transfiguré à chaque fois car la prière le plongeait dans un intense dialogue d’amour avec le Père vécu dans l’Esprit. Ce moment d’intimité trinitaire devait le transfigurer, peut-être est-ce pour cela qu’il choisissait d’être seul dans ces moments-là. Mais ce jour-là, Jésus a choisi d’emmener avec lui Pierre, Jacques et Jean, les trois à qui il demandera aussi de se tenir au plus près de lui à Gethsémani. Il a voulu les rendre témoins de cet événement qui a dû profondément les marquer ; il a voulu que, avant que ses apôtres ne le voient défiguré par la souffrance, ils puissent le contempler transfiguré par la prière.
Vous pourriez me dire que ça n’a pas eu un effet extraordinaire puisqu’à Gethsémani, Pierre et Jacques et Jean dormiront alors que Jésus leur avait demandé de veiller. Vous remarquerez d’ailleurs que ça devait être une habitude chez eux puisque le texte d’aujourd’hui nous dit que Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil, mais, là, ils avaient pu dominer leur sommeil. Oui, c’est vrai, sans doute que Jésus attendait autre chose d’eux à Gethsémani, mais on peut se dire que ça aurait pu être encore bien pire s’ils n’avaient pas vécu l’événement de la Transfiguration. Peut-être se seraient-ils carrément enfuis ! Toujours est-il que Jésus, dans son immense délicatesse a voulu les préparer, les armer intérieurement pour qu’ils ne soient pas complètement ravagés au moment de l’épreuve finale. Il en va toujours ainsi aujourd’hui, ceux que Jésus appelle à une mission, il les prépare toujours, il les arme intérieurement. Jamais il ne nous demandera quelque chose sans, en même temps, nous donner la force de l’accomplir. C’est ce que St Augustin avait si bien résumé dans cette formule choc : Dieu donne toujours ce qu’il ordonne !
Je termine ce 1° point qui développait le fait que la transfiguration a eu lieu alors que Jésus priait. J’en tire la conclusion que la prière transfigure, elle a transfiguré Jésus, elle nous transfigure aussi, on ne peut pas faire une plongée dans la Trinité, et c’est bien ça la prière, sans être transfiguré.
Alors, peut-être me direz-vous que vous n’avez jamais eu cette expérience d’être transfiguré par la prière ou si peu souvent que ça ne peut pas être une loi générale. Pourtant je maintiens, si Dieu est Dieu, on ne peut pas faire une plongée dans la Trinité sans être transfiguré. Mais, sans doute que, chez nous, en dehors de quelques situations extraordinaires et rares, cette transfiguration est intérieure. Ce qui change, ce n’est pas notre visage, mais notre cœur, c’est lui qui est transfiguré. Alors, là encore, vous pourriez penser ou ceux qui vous entourent pourraient penser que cette transformation n’est pas évidente à constater ! Eh bien, si vous vouliez vérifier que ce que je dis est vrai, mais je ne vous le recommande pas, coupez-vous du Seigneur pendant quelques temps et vous verrez ce qui se passe ! J’en suis sûr, nous serions bien pires en étant loin de lui, la preuve est donc faite : la prière, la messe, le lien au Seigneur nous transfigurent intérieurement.
Enfin, très rapidement, je voudrais aborder le 2° point d’originalité du texte de Luc. C’est le fait que Luc rapporte ce que se disaient Jésus, Moïse et Elie, le texte dit : Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. En grec, le terme grec qui a été traduit par « départ », vous le connaissez puisque c’est celui d’exodos, exode. Ce que Jésus s’apprête à vivre à Jérusalem et dont nous ferons mémoire au cours de la semaine sainte, c’est un remake de l’exode. Sa passion, sa mort, sa résurrection, son ascension et le don de l’Esprit sera pour les chrétiens, ce que fut l’exode pour les juifs, c’est-à-dire une expérience de libération. De fait, il a vécu tout cela pour que nous puissions être libérés de l’engrenage infernal dans lequel le péché cherche à nous maintenir. Par sa vie donnée, il nous a obtenu la liberté et nous a ouvert les portes du ciel, c’est là que les bras du bon Père du ciel nous attendent.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de croire en la puissance transfigurante de la prière et de vivre dans une gratitude permanente à l’égard de Jésus qui, tel Moïse, nous entraine dans son exode pour que nous passions de l’esclavage à la liberté.



