3 août : 18° dimanche du temps ordinaire : ne pas vivre comme des insensés accrochés à de la buée inconsistante !

Par Père Roger Hébert

Ce brave Qohèleth dont nous avons entendu quelques paroles dans la 1° lecture, s’était-il levé du pied gauche le matin où il a écrit ces versets ? Traversait-il un épisode dépressif inquiétant pour tenir des propos si négatifs ? Voilà des questions que nous pouvons légitimement nous poser sans compter que nous pourrions aussi nous demander pourquoi lire un tel texte à la messe le dimanche. En effet, si vous venez à la messe, c’est pour faire le plein d’énergie afin de pouvoir mieux vivre la semaine qui s’ouvre et voilà qu’on vous sert un plat pas très appétissant avec ces mots qui résument la teneur générale : Vanité des vanités, tout est vanité ! J’ai envie de dire : heureusement, l’extrait qui a été choisi est court, nous n’avons lu qu’un seul verset du 1° chapitre mais il continue dans une tonalité encore plus déprimante, je vous cite juste un autre verset : Ce qui a existé, c’est cela qui existera toujours ; ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera toujours ; rien de nouveau sous le soleil. J’ai vu tout ce qui se fait et se refait sous le soleil. Eh bien ! Tout cela n’est que vanité et poursuite du vent. Si, par curiosité, vous vouliez en lire un peu plus, ouvrez vos bibles au livre de l’Ecclésiaste. Alors l’Eglise a-t-elle décidé de plomber le moral de ceux qui commencent leurs vacances en août et de déprimer un peu plus ceux qui les ont finies en juillet ?

Evidemment non ! Qohèleth se présente comme étant un roi, il ne l’était pas, mais il veut donner de l’autorité à ses écrits en les mettant sous le patronage du roi le plus sage, Salomon. Qohèleth a-t-il existé en tant que personne ? Nous n’en savons rien car ce nom, en hébreu, signifie orateur devant l’assemblée, disons donc qu’il était un sage qui cherchait à faire progresser en sagesse ses contemporains. J’espère que nous voulons tous progresser en sagesse ! Si c’est le cas, alors, peut-être faut-il décrypter les paroles de Qohèleth pour qu’elles nous aident à devenir plus sages.

Que veut donc dire Qohèleth quand il dit : Vanité des vanités, tout est vanité ! Pour comprendre ces paroles, il faut chercher la signification du mot vanité. Le mot hébreu, littéralement, il faudrait le traduire par buée ; Qohèleth dit donc : Buée de buée, tout est buée ! Ça devient très intéressant car la buée, c’est le symbole-même de l’inconsistance ; la buée de votre parebrise, avec un peu d’aération disparait immédiatement. Comme sage, la mission que s’est donnée Qohèleth est donc de chercher ce qui ne sera pas inconsistant, ce qui donnera de la consistance à la vie. Or au terme de son enquête, il conclut que, rien de ce qui fait courir les hommes ne donne vraiment de consistance à leur vie. Qohèleth va donc évoquer ce moment critique, que nous connaitrons tous, qui sera celui de notre mort et il suggère que, là, l’opération vérité se fera puisque tout ce qui a été inconsistant, il faudra le laisser. Peut-être bien que, si tant de gens sont angoissés à l’idée de la mort, c’est parce qu’ils réalisent qu’ils ont donné trop d’importance à l’inconsistant, à la buée, à la vanité, délaissant ou, en tout cas, faisant passer au second plan ce qui, seul, passera les portes du paradis, l’amour.

Arrivé à ce point, il nous faut vite reprendre l’Evangile avec la parabole que Jésus a racontée et qui est dans la droite ligne de cet enseignement. Soyons clairs, Jésus n’a rien contre ceux qui réussissent ! Je me rappelle avoir animé un week-end sur l’ambition et j’avais expliqué qu’avoir de l’ambition c’était très compatible avec la foi … tout dépend de ce qu’on met sous le mot ambition ! Jésus n’a rien contre ceux qui réussissent, ce n’est vraiment pas le sens de la parabole. L’homme dont il est question dans la parabole, il devait être admiré par ses contemporains, justement parce qu’il réussissait et cela, soyons clairs, Jésus ne le condamne pas. Mais la question que pose Jésus c’est de savoir ce que l’on fait de sa réussite.

Ecoutons ce qui va déclencher le principal reproche de Jésus : Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence. Cet homme, il ne réussit pas dans le but de mettre sa réussite au service de projets altruistes. Il réussit pour en avoir toujours plus, pour se gaver davantage, comme on dit aujourd’hui. D’ailleurs quand on lit le texte en grec, c’est encore plus terrible ! La traduction française disait : Alors je me dirai à moi-même mais le grec dit : Alors je dirai à mon âme : mange, bois, jouis de l’existence. Comme si c’était cela que l’âme attendait ! Cet homme, on peut le dire, son aveuglement lui a littéralement fait perdre son âme. Tout en lui n’est plus tourné que vers la consommation jouissante, même son âme qui est donc bel et bien morte.

En le traitant de fou, Jésus ne condamne pas cet homme, il le plaint et il veut mettre en garde tous ceux qui agissent comme lui, c’est pourquoi il conclut la parabole par ces mots : Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. J’ai eu la chance de connaître quelques personnes qui ont très bien réussi mais qui ne sont pas tombés dans le piège que décrit la parabole ; ils ont choisi de ne pas amasser pour eux-mêmes, même si, évidemment, ils profitent bien naturellement de leur réussite. Et de manière pas très étonnante, il se trouve que ces personnes sont des chrétiens.

Je pense particulièrement à ce couple qui a bien réussi et qui, entre autres choses, a décidé de fonder « les cafés joyeux » vous connaissez peut-être le concept : ce sont des établissements de restauration rapide dans lesquels il n’y a que des personnes trisomiques qui travaillent. Et ils les ont appelés des cafés joyeux car les personnes trisomiques, quand elles sont dans un univers positif, sont très joyeuses. Je ne crois pas qu’il y en ait à Nice, mais ils sont toujours à la recherche de personnes motivées pour en ouvrir de nouveaux. Si vous voulez les aider et si vous buvez du café Nespresso, achetez les capsules qu’ils produisent, capsules jaunes, le café est très bon et ça les aide à vivre ! Si vous avez des bons moyens financiers et que vous ne savez pas comment éviter d’amasser pour vous-mêmes, si vous connaissez des personnes qui ont de gros moyens et que vous voulez les aider à ne pas rester accrochés à de la buée, venez me voir, je peux vous suggérer bien des pistes et je ne pense pas immédiatement aux dons qui pourraient être faits pour Notre Dame de Laghet !

Au début de la 2° lecture, Paul disait : recherchez les réalités d’en haut ! C’est un bon résumé ! Nous pourrions aussi graver en nos cœurs la parole que mère Térésa avait fait graver à l’entrée de sa maison de Calcutta : tout ce qui n’est pas donné est perdu ! Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons pour nous et pour tous les hommes la grâce de ne plus vivre comme des insensés accrochés à de la buée inconsistante.