8 février : 5° dimanche ordinaire A. Vous êtes la lumière du monde … j’ai dit : vous êtes, pas vous devez être !
Je pense que vous avez déjà tous vu ces bougies d’anniversaire, bougies magiques, qui ne s’éteignent pas. Vous avez beau souffler, elles ne s’éteignent pas ou plutôt, elles s’éteignent mais se rallument presque instantanément. C’est toujours à ces bougies que je pense quand j’entends Jésus nous dire dans cette parole de L’Evangile d’aujourd’hui : vous êtes la lumière du monde. Attention, lisons correctement cette parole. Nous, trop souvent, nous entendons : chrétiens, si vous voulez être de vrais chrétiens, vous devez devenir la lumière du monde ; mais ce n’est pas ce que Jésus dit ! Ecoutez bien, il dit : vous êtes la lumière du monde. Ce n’est ni une invitation, ni un souhait, ni même un ordre, c’est un constat.
Pourquoi est-ce si important de bien comprendre cette parole ? Tout simplement parce que, dans cette parole, Jésus explique ce que le Baptême réalise en nous. Au jour de notre Baptême, la lumière de la foi a été allumée dans nos cœurs et c’est parce que nous sommes porteurs de cette lumière de la foi que Jésus peut dire : vous êtes la lumière du monde. Dans quelques instants, je développerai les conséquences missionnaires de cette affirmation de Jésus, mais j’aimerais rester encore un moment sur la puissance de cette déclaration. En revenant à ma comparaison avec les bougies magiques d’anniversaire, nous comprenons que cette lumière de la foi, allumée dans nos cœurs à notre Baptême, rien, ni personne ne pourra jamais l’éteindre. Pourquoi en suis-je aussi sûr ? Tout simplement parce que St Paul l’affirme dans la lettre aux Romains : les dons de Dieu sont sans repentance. Rm 11,29 C’est-à-dire que ce que Dieu a donné, il ne le reprend jamais. La lumière de la foi qu’il a allumée dans nos cœurs à notre Baptême, elle brûlera donc toujours.
Quelle bonne nouvelle ! Elle concerne tous ceux que nous aimons et qui se sont éloignés de la foi. Nous pourrions parfois désespérer en pensant que leurs négligences ou les épreuves de la vie ont fini par éteindre la lumière de la foi dans leur cœur. Eh bien non ! Rien, ni personne ne pourra jamais éteindre cette lumière de la foi qui pourra toujours se rallumer à un moment ou à un autre. Et nous assistons actuellement à tant de réveils de la lumière de la foi dans le cœur de si nombreuses personnes qui s’étaient éloignées. Le nombre de confirmations demandées, après un long temps de désert, à l’âge adulte ou pour des étudiants, l’atteste. Et cette lumière de la foi ne fait pas que se réveiller, elle s’éveille aussi dans le cœur de nombreuses personnes qui demandent le Baptême à l’âge adulte. Ne désespérons donc jamais ; si la lumière de la foi nous parait éteinte chez tel ou tel, rappelons-nous cette parole de Jésus qui nous dit que c’est impossible. La lumière de la foi peut sembler éteinte, recouverte par beaucoup de cendres, mais il suffira que le cœur s’ouvre ou même s’entrouvre pour que le vent de l’Esprit vienne la faire repartir !
Maintenant, cette parole de Jésus, elle dit aussi la responsabilité des chrétiens. Puisqu’ils sont habités par cette lumière qui rend leur vie lumineuse, ils ne doivent pas mettre cette lumière sous le boisseau, comme le dit Jésus ! Je n’ai pas besoin de vous faire de dessin, notre monde semble, à certains moments, étouffé par tant de zones de ténèbres, ténèbres qui semblent s’épaissir de plus en plus. Pour ne parler que des deux événements les plus noirs de cette semaine : un collégien poignarde sa professeure, les plus hauts dirigeants de nombreux pays sont éclaboussés par cette sordide affaire de pédocriminalité organisée à coups de millions. Face à ces ténèbres qui nous inquiètent, Jésus nous supplie : ne rêvez pas de constituer des réserves de chrétiens dans lesquelles on filtrerait les entrées pour être sûr de se retrouver juste entre gens bien ou qui se prétendent comme tels !
Cette parole de Jésus, finalement, celui qui aura su en déployer ses exigences, de la manière la plus percutante, c’est François d’Assise qui dira dans sa célèbre prière : Là où il y a la haine, que je mette l’amour. Là où il y a l’offense, que je mette le pardon. Là où il y a la discorde, que je mette l’union. Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité. Là où il y a le doute, que je mette la foi. Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance. Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière. Là où il y a la tristesse, que je mette la joie. La parole de Jésus sur laquelle j’insiste depuis le début de mon homélie est bien citée, mais François a voulu la décliner à d’autres situations négatives pour que nous comprenions bien l’importance d’oser vivre en chrétiens dans ce monde qui ne l’est plus.
Seulement, vous l’aurez compris, pour cela, encore faut-il que notre foi soit solide. Vivre dans les ténèbres, ça peut vite devenir oppressant si la lumière de la foi qui nous habite est fragile parce que mal entretenue ! Notre rayonnement sera minimum nous n’aiderons pas la lumière à l’emporter sur les ténèbres, nous n’offrirons pas au monde ce qu’il est en droit d’attendre de chrétiens authentiques.
Tous les lieux et situations difficiles qu’évoque St François peuvent vraiment mettre notre foi à rude épreuve si nous ne prenons pas bien soin de la fortifier. Et c’est pour cela que nous venons à la messe au moins chaque semaine, le dimanche. Mais venir à la messe, ne suffira pas, il nous faut vivre accrochés au Seigneur pour ne pas être anéantis par les premières contrariétés que nous vivrons. Dans le prophète Isaïe, Dieu nous met en garde, il dit : si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas. (Is 7,9) Et la prière ne suffira encore pas, comment deviendrons-nous capables de rendre compte de notre foi auprès de tous ceux qui nous interrogent, qui nous critiquent et parfois qui cherchent à nous déstabiliser si nous ne nous formons pas sérieusement. Aujourd’hui, avec internet, nous avons tellement de moyens simples et accessibles qui sont mis à notre disposition, j’essaie de prendre ma part avec toutes les vidéos postées par le sanctuaire sur les réseaux sociaux.
Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, mais si les 2,5 milliards de chrétiens prenaient vraiment au sérieux la foi, osaient laisser transparaitre la lumière qui les habite et l’entretenaient pour qu’elle brille de plus en plus, les ténèbres passeraient un sale quart d’heure !
Tout ce que je viens de dire sur la lumière, avec les transpositions nécessaires, pourrait être dit du sel. Il y a tellement de personnes dont la vie est fade que nous n’avons pas le droit de rester entre nous, le sel dans un pot de sel n’apporte rien ! Je le dis souvent à propos des jeunes qui attendent toute la semaine que le week-end arrive pour aller s’éclater en boite ! Vous entendez les mots ? S’éclater dans une boite : quel horizon ! Comment voulez-vous que de tels objectifs puissent leur donner de l’enthousiasme ? Vu mon âge et mon look, ce n’est pas moi qui peux aller les rejoindre directement, mais, vous, les jeunes chrétiens, c’est aussi à vous que s’adressent ces paroles de Jésus : vous êtes la lumière de la jeunesse, vous êtes le sel qui pouvez redonner le goût de la vie à tant de jeunes de votre génération qui l’ont perdu. Vous l’aurez compris la situation difficile que nous vivons ne doit pas nous faire peur, mais, au contraire, booster notre désir d’apporter au monde la lumière que nous avons reçue, booster notre désir de redonner à la vie sa vraie saveur. Dans un grand rêve, les mots de la 1° lecture nous laissaient entendre ce qui pourrait se passer si tous les croyants vivaient vraiment en croyants.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de croire que nous sommes vraiment lumière du monde, sel de la terre.



